DE BOUILLON
ruerre de l'iDdépeiiilaDce i commandait, perdit cette bonne réputation dans le it com plaisamment Marie- Antoinette.
Demeuré en France, et plus souvent en congé à Paris qu'en Bretagne ou en Alsace à la tète de son régiment, le prince Emmanuel nous est, en cette année 1781, signalé par son ami le comte de Grillon — qui alors assiégeait Mahon sous les ordres de son père — comme hôte de M"" d'Epinay : « Ma femme, « écrit le comte, me mande dans une lettre du 15 que u vous partez pour la Chevrette * ». Nous ne pensons pas néanmoins que Salm fut du nombre des botes habituels de cette résidence et de ce salon : ni l'abbé Galiani, dans ses lettres, ni Grim ne citent son nom. Serait-ce aussi à cette époque que commencèrent ses relations avec la duchesse de Bouillon qui devaient se continuer dans l'exil, traverser l'ouragan révolutionnaire? Amoureux de M"* de Bouillon, Emmanuel de Salm l'aurait été k toute sa vie », si l'on en croit l'auteur d'une Vie de la princesse de Poix': c'est beaucoup dire. Mais quand sont nés cette passion si vive, cet attachement si profond? On le voudrait savoir; par malheur les informations font défaut. Marie Edwige de Hesse Rheinfels Rothembourg, née en 1748 et mariée,
t. Mabon, 26 décembre 1781 {Mémoires de Malauet, éd. de 1868, t. II, p. 454).
2. La vicomtesse Alfred de Nonilles ; voir les Mémoires de Malouet, éd. de 1868. t. II. p. 449.
GRANDS D ESPAGNE
en 1766, à un de ces « hommes que les infirmités « humaines ont condamné à une éternelle solitude (( et à une végétation stérile », plaisait surtout, à défaut d'une grande beauté, par un naturel exquis, une franchise absolue : » Son secret fut de se mon- « trer telle qu'elle étoit. . . Briséis n'a eu de prétention « ni à la vertu sévère ni à l'économie outrée,... elle « a donné de la grâce à ses défauts, à ses foiblesses ». Cette libre allure, qui froissait les uns et charmait les autres, ne la mit pas à l'abri de la médisance ni de l'envie, ce On lui a prêté des goûts mieux excusés (( chez le peuple Hébreu que dans nos mœurs », dit un écrit du temps auquel nous avons emprunté les citations précédentes \ a elle a plaint les organes « de la calomnie sans rien changer à sa marche (( philosophique. On lui a donné plus d'un amant, (( elle a souri des propos de l'envie et a continué le « système paisible de ses plaisirs ». Les soupers de femmes qu'elle donnait dans son hôtel du quai Malaquais, et où l'on voit figurer la duchesse de Lauzun, la princesse d'Hénin, et deux princesses allemandes, la duchesse de la Trémoille, une Salm- Kirbourg, et la marquise de la Jamaïque, une Stolberg, ces joyeuses agapes attiraient l'attention précisément au moment qui nous occupe. Un grossier et sale libelle, œuvre de quelque laquais, venait de les désigner à la curiosité malsaine du public; il est à remarquer que Salm n'y est pas mentionné.
1. La galerie des dames françoises, Londres, 1790, p- 108 à 112.
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alors que le pamphlétaire anonyme énumère complaisamment d'autres amants supposés de la duchesse, et par exemple ce chevalier de Jerningham, dont il a été question plus haut et qu'il qualifie : « l'étalon en titre, actuellement, de M"*® de Bouillon* ». Doit-on en conclure que le prince Emmanuel n'avait point encore pris auprès de la duchesse la place qu'il tint par la suite ? Possible. Mais il serait oiseux de vouloir pénétrer les origines de cette liaison délicate et tendre.
L'année 17Ç3 fut marquée pour Salm par un événement qui eut une grande influence sur sa carrière et consolida singulièrement sa situation d'officier étranger au service de France. Elevé déjà, le 5 décembre 1781, au grade de maréchal de camp, il obtint deux ans après une faveur plus signalée et plus avantageuse : la propriété du régiment qu'il commandait jusque-là au nom du prince d'Ânhalt. Kn vertu d'une convention passée entre le Roi Très Chrétien et les régents des états de Salm Salm, le 22 février 1783, il fut décidé que le régiment d'infanterie allemande, ci-devant Ânhalt, porterait désormais le nom de Salm Salm et continuerait d'être au service de la France, comme précédemment, et aux ordres du Roi ou de ses successeurs. En outre, la convention portait : que le prince régnant de la maison de Salm Salm serait propriétaire de ce régi-
1. Les petits soupers et les nuits de l'hôtel Bouillon. A. Souillon, 1783. L'auteur prétend avoir fait imprimer son factum une première fois en 1782.
Grands d'espagne
ment, mais que Sa Majesté, daignant agréer les arrangements faits par cette noble maison en faveur du prince Emmanuel, permettait que ce dernier conservât, sa vie durant, la qualité et les prérogatives de mestre de camp propriétaire dudit régiment*. Un tel traité était des plus honorables pour la maison de Salm Salm et surtout pour le prince Emmanuel qui en bénéficiait le premier ; il assurait en effet à cette famille princière la propriété du plus ancien régiment allemand au service de France, régiment levé pour la première fois en 1667 parle prince Guillaume de Fùrstemberg, évêque de Strasbourg ; et, qui plus est, la concession avait lieu en forme de capitulation. Or, trois maisons d'Allemagne seules étaient traitées aussi favorablement : Hesse-Darmstadt, Deux- Ponts et Nassau; les autres régiments de maisons n'avaient point de capitulation. Grâce ainsi à la faveur dont jouissait à la cour de Louis XVI le prince Emmanuel, les Salm Salm rehaussaient leur prestige, devenaient nominalement les égaux de princes souverains d'une bien autre importance : tout était pour le mieux. Mais voici qu'un incident imprévu faillit compromettre l'heureuse négociation qui venait
1. Ordonnance du Roi pour mettre le régiment d'Anhall sous le nom de Salm Salm, et expliquer ses intentions relativement à ce changement. Du 13 mars 1783. Paris, 1783, in4'». Un exemplaire de cette ordonnance se trouve, avec le texte de la convention, dans le carton T 1541-3 des Archives Nationales. Diverses objections faites à ces arrangements par Vergennes sont consignées dans une lettre de ce ministre au marquis de Ségur, du 11 février 1783 (Aff. Etr. ; France, Mémoires et documents, vol. 1461, fol 284}.