NEVEU
vous aunes voulu qu'un . oncle fit hommage à son neveu régnant et devint son lieutenant : c'est ce que je n'ai pas jugé à propos de faire. Au reste, mon neveu, vous vous faites de mauvaises affaires pour longtemps avec les cours de Vienne et de Versailles. Mon frère Guillaume se charge de la première ; je me charge de la seconde. Prenez garde qu'entre ces deux puissances la votre ne s'écroule' b.
Comme il avait fait précédemment avec sa tante, Constantin de Salm ne laissa pas le dernier mot à son oncle Emmanuel; il lui signifia très haut qu'il défendrait son bon droit et que, bien loin de craindre les cours de Versailles et de Vienne, il saurait implorer la justice et la protection de l'une et de l'autre'. C'était se payer de mots et s'engager dans une voie dangereuse, car il allait de soi que le prince de Starhemberg à Vienne, comme le prince Emmanuel à Paris, sauraient bien, grâce aux influences dont ils disposaient, obtenir gain de cause contre un neveu révolté. En effet, la cour impériale, saisie de l'affaire, répondit par un arrêt du Conseil aulique du 25 juillet 1783 qui cassait la « déclaration » de Constantin, et rétablissait la tutelle de la princesse douairière et de l'évêque de Tournay. Si M"" de Starhemberg triompha, pas n'est besoin de le dire ; mais elle, qui avait dirigé la campagne.
1. Lettre datée de Bruxelles, le 30 juin 1783 |Aroli. Nal. T 1541-3).
2. Lettre du prÎDce Constantin à son oncle Emmanuel, datée de Senones, le 8 juillet 1783 (Arch. Nat. T 1541-3).
GRAIfDS D ESPAGNE
entendait la mener jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu*à contraindre le coupable à s'avouer vaincu : elle ne transige ni ne pardonne. Ecoutons-la raconter à son frère de Tournay les malencontreuses démarches du prince Constantin à Vienne et dicter à ce tuteur trop bénin les mesures qu'il doit prendre pour réduire son pupille :
Ce 17 aoust 1783.
a Je ne crois pas que Constantin revienne de si tôt à Vienne. Vous saurez à présent que non seulement il n'a trouvé d*appui nulle part, mais que les agens même ont refusé de le servir. Après s'être conduit comme un sot, il s'est introduit chez le prince de K... * sans aucune présentation, exactement comme un aventurier. Oblig'é de décliner son nom, il a débuté chez ce ministre par lui demander sa protection vis à vis de l'Empereur pour une affaire sur laquelle ont l'avoit surpris en le faisant signer ce qu'il ne pouvoit comprendre, puisqu'il ne savoit pas l'allemand. « Comment, a répondu M. de K..., vous êtes « un prince allemand et vous vous vantez de ne pas savoir « votre langue ! Ou donc avez vous été élevé ? » Le jeune homme a répondu : « A Strasbourg, mais jamais on a « voulu me faire apprendre Tallemand. » Le Prince Ministre a répété toute cette conversation, en disant qu'il avoit dit encore au jeune homme : « Mais vous avez ici le « prince de S...*, votre oncle, que vous avez vu appau remment. » L'autre a dit à cela : « Non, parce que je « suis mal avec ma tante, qui s'est déclarée pour la « tutelle et absolument contre moi. » — « Dans ce cas, « répartit de nouveau M. de K..., je vous suis parfaitece ment inutille, cette affaire n'est point de mon ressort,