‹ Etudes sur l'Espagne (volume 5)Chapitre 162 sur 212 · NUNEZ · texte numérisé non relu

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et jugèrent, aa dire du chargé d'affaires de France, qoe Feraan Nunez avait rendu un ^rand service à son pays en apportant ces changements au premier teste de la déclaration'. Néanmoins l'opinion de Floridablanca prévalut et le rappel de l'ambassadeur fut décidé en principe dès la fin de juillet. A Paris, l'on s'attendait à le voir partir d'un moment à l'autre ; certaines correspondances annoncent même sa disgrâce qu'elles attribuent à l'attachement de Fernan Nufiez au a système des économistes' ». Mais ce grief, k supposer qu'il fût fondé, n'avait pas d'importance alors, car ce qui inquiétait Charles IV et son premier ministre, ce n'étaient pas les opinions plus ou moins avancées de Fernan Nuflez, c'était uniquement son attitude en tant qu'ambassadeur.

En tout cas, la conduite de Fernan Nuiiez était condamnée, et Floridablanca, qui voyait dans le comte, sinon un ennemi personnel, tout au moins le représentant influent d'un parti politique hostile au sien, n'attendait plus que la goutte qui ferait déborder le vase, un prétexte quelconque qui lui permettrait de faire signer au Roi ce rappel jugé indispensable. Le prétexte se trouva facilement à quelque temps de là. Le li septembre 1791, Fernan Nuiiez commit l'imprudence d«assister officiellement à la séance de l'Assemblée Nationale où Louis XVI prêta serment k la Constitution ; de cette façon, il com'-

1. Urtubisc àMonHnorio,28juilletl791 (AIT. Etr.; Espagne, Tol. 630. fol. 417 T")-

2. De Lescure. Correspoiedance secrète, t. II. p. 542 ; 13 août 1791.

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promettait son gouvernement, le rendait pour ainsi dire complice d'un acte tenu par Floridablanca et son maître pour une véritable abdication de Tautorité royale \ Il n'en fallait pas davantage. Aussi, malgré le désir exprimé par Louis XVI qu'on laissât auprès de sa personne Fernan Nunez dont l'appui pouvait lui être utile dans ces graves circonstances, Floridablanca obtint ce qu'il désirait. Il triompha des der* niers scrupules de Charles lY, qui s'était laissé ébranler un peu par la demande de son cousin, et réussit à lui faire signer, avant la fin de septembre, l'ordre qui prescrivait à son ambassadeur de quitter le territoire de la France et de laisser la gérance de l'ambassade au secrétaire D. Domingo de Iriarte.

Soit qu'il ne tînt pas à rentrer en Espagne où il pouvait s'attendre à être froidement accueilli, soit que, d'accord avec sa cour, il ne voulût pas s'éloigner beaucoup de Paris, afin d'y reprendre, le cas échéant, ses fonctions, Fernan Nunez fit connaître à Montmorin qu'il se proposait de se rendre à Nice, où s'était alors réfugié son oncle de Rohan. Un passeport pour cette destination lui avait été en eflFet délivré dès le 16 septembre 1791*. Mais, comme nous l'apprend son intendant et homme d'affaires, le sieur Alexandre Le Cointre, que la Convention arrêta au mois d'avril 1793, Fernan Nunez, au lieu de prendre la route d'Italie, se rendit directement en Belgique, sous pré-

1. H. Baumgarten, Geschichte Spaniens zur Zeit der franzusischen Révolution, p. 333.

2. Lettre de Le Brun au ministre de l'Intérieur Roland, 24 décembre 1792 (Afi. Etr.; Espagne, vol. 634, pièce 166).

I huit mois, ne voulut pas traverser toute*la France. Après un très court séjour à Bruxelles, l'ambassadeur d'Espague vint se fixer à Louvain (13 octobre 1791) et ce fut dans cette ville qu'un mois plus tard (18 novembre) la comtesse accoucha*. La mort du due de Rohan, survenue précisément à la même époque (28 novembre 1791), détourna son neveu du projet qu'il avait formé d'aller à Nice par le Rhin ,et la Suisse ; Don Carlos resta donc à Louvain où il assista à la prise de possession de la Belgique par Dumouriez et ses lieutenants, après Jemmapes (novembre 1792), puis, à quelques mois de là, en fut chassé par la même armée, non plus victorieuse, mais en pleine déroute après la levée du siège de Maestricht (mars 1793). Le comte se retira alors en toute hâte avec sa femme à Dusseldorf. L'armée très débandée que commandait le fameux général Miranda s'étant repliée sur Louvain, tout ce qui appartenait à Fernan Nunez fut saisi par ordre des « commissaires nationaux du pouvoir exé- « cutif de France et de Belgique », et un valet de chambre que le comte avait chargé de la garde de ses biens eut à souffrir des chefs de cette armée et particulièrement du général Miranda les traitements les plus durs. Deux commissaires de la Convention, aidés de républicains du lieu, se transportèrent au domicile du ci-devant ambassadeur et, après avoir examiné tous les ballots et les caisses qui s'y trou-

1. Protestatioa d'Alexandre Le Cointre, chargé des aDaîres de la maison du comte de Fernao NuAez, 15 mai 1793 (AET. Etr. ; Espagne, toI. 636, fol. 198).

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vaient, saisirent divers papiers politiques ou personnels et, dans le nombre, une Hasse contenant nue correspondance en langue espagnole entre Re^llagigedo et Fernan Nunez relativement à des affaires politiques, puis une autre liasse où se trouvaient réunis un abrégé de la situation d'Oran, divers manuscrits du comte de Revillagigedo sur le même sujet, des « réflexions » sur la question de savoir s'il conveniat d'établir une infante d'Espagne comme souveraine dans l'Amérique du Sud, un manuscrit de la main de Fernan Nunez, une correspondance entre lui et l'abbé O'Sullivan, etc. *.

Pendant que les généraux de la Convention faisaient ainsi main basse, à Louvain, sur la propriété privée de Fernan Nunez, à Paris, le gouvernement révolutionnaire ne traitait pas avec plus d'égards les biens et le domicile du ministre espagnol. Dès le mois d'octobre 1792, l'hôtel de l'ambassade était visité et fouillé, sous prétexte d'y saisir ce qui appartenait aux domestiques français que Fernan Nunez avait emmenés avec lui en Belgique : abus de pouvoir qui motiva une réclamation du chevalier d'Ocariz, chargé alors de gérer les affaires de l'ambassade d'Espagne^. Pour y répondre, le ministre de Tlnté-

1. Procès-verbal delà saisie, à Louvain. le 16 mars 1793, des objets mobiliers appartenant au comte de Fernan Nufiez, et lettre du sieur Brunel, valet de chambre du comte. Copies faites à Dusseldorf, le 12 avril 1793, et certifiées conformes par le comte (Aff. Etr. ; Espagne, vol. 635, pièce 280).

2. Le chevalier d'Ocariz à Le Brun, 8 décembre 1792 (Aff. Etr. ; Espagne, vol. 634. fol. 124).

.'ambassa.de UR 301 rieur, Roland, dut se renseigaer auprès de son collègue des A£fatr«s Étrangères sur les motifs du départ de Fernan Nunez, « car, si l'ambassadeur est « sorti sans en prévenir le pouvoir exécutif d'une « manière oiHcielle et amicale, j'aurai, dit le miu nistre, à me décider bien autrement que si cet « ambassadeur s'étoit retiré fraternellement de la u République et pour le simple motif, comme on « l'annonce, d'aller offrir au roi de Hongrie, de la « part de sa cour, les félicitations d'usage sur son s avènement a l'Empire '. » Le Brun ne put donner d'autres informations à son collègue sinon que Fernan Nunez, après avoir été officiellement autorisé par sa cour, dès le mois de mai 1791, à s'absenter pendant six mois et à retourner en Espagne afin de vaquer à ses affaires, avait usé, au mois de septembre suivant, de cette permission, non pour se rendre en Espagne, mais pour s'établir en Belgique*.

L'enquête n'aboutit à faire respecter ni la demeure ui les biens, ni tes gens de l'ambassadeur, puisque, le 24 avril 1793, son hôtel fut à nouveau envahi, ees gens appréhendés et ses papiers mis sous le scellé'. Parmi les personnes arrêtées, se trouvaient en premier lieu Alexandre Le Cointre, puis un vieux prêtre irlandais, nommé O'Sullivan, qui, après avoir

1. Roland à Le Brun, 9 décembre 1792 (A.!!. Eu-,; Espagne, ïol. 63%, fol. 126).

2. Le Brunà Roland, 24 décembre 1792(Â[r. Etr.; Espagne, Tol. 634, pièce 166).

3. ProUiUtion de Le Cointre, 15 mai 1793 (Aff. Etr. ; Espagne, vol. 636, fol. 198>

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servi comme aumônier du ministre d^Espagne à Saint-Pétersbourg, vivait k Paris d'une pension du Roi Catholique et habitait Thotel de son ambassadeur. Le malheureux fut écroué à la prison de l'Abbaye*. Fernan Nunez protesta vivement, dans une lettre adressée à Le Brun, de Cologne, le 6 mai 1793, contre la violation de son hôtel, Tarrestation de ses domestiques et de Tecclésiastique irlandais son protégé, comme aussi contre la saisie de ses papiers : toutes choses qu'il tenait pour une atteinte formelle au droit des gens*. Mais il protesta sans succès.

La Convention, qui avait déclaré la guerre k l'Espagne dès le 7 mars 1793, mit naturellement pet d'empressement à examiner les réclamations de Fernan Nunez ; elle ne consentit à s'en occuper que deux ans plus tard. Le 4 février 1795, c'est-à-dire peu de temps ayant la cessation des hostilités et les préliminaires de la paix de Baie, la Commission des relations extérieures présenta au Comité de salut public un rapport concluant qu'il n'y avait pas lieu d'accueillir une « réclamation que forme cet ex-am- « bassadeur et qui résulte de l'apposition des scellés (c qui fut faite sur ses effets dans la maison qu'il (c occupait à Paris, rue de l'Université, et de l'incar- « cération de plusieurs personnes attachées à son « service. » Pour appuyer son avis, la Commission alléguait qu'avant d'opérer cette saisie, le 24 avril

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