GYMNASTIQUE ET ÉQUITATION
Fortifier son corps et exercer ses membres est le devoir qui s'impose en premier lieu au gentilhomme, et c'est en outre une diversion salutaire aux études ou à d'autres préoccupations. « Il est (( juste de donner à l'ardeur juvénile un débouché a honnête ; les exercices violents de la chasse et du {( manège conserveront votre jeunesse. » Fernan Nunez, au reste, ne parle que très en courant des exercices physiques, pour lesquels il n'avait peutêtre, comme ses contemporains, que peu de penchant. Il n'insiste même pas sur l'équitation, cet art si extraordinairement négligé en- Espagne qu'un auteur compétent de l'époque pouvait dire « qu'on « trouverait à peine cinq ou six seigneurs de la « Grandesse qui eussent une demi-douzaine de « chevaux à leur usage (grâce au noble exemple de « notre prince des Asturies qui favorise cette ance cienjie dextérité des Espagnols pour améliorer et c( conserver les races) et que, parmi les autres titrés « et gentilhommes, bien rares sont ceux qui possè- « dent un cheval pour leur service *. » Et cependant Don Carlos avait pu juger par lui-même de l'état florissant de l'équitation dans les pays étrangers et reconnaître la grande supériorité de leur cavalerie sur celle d'Espagne. N'est-il pas étrange qu'ayant à traiter d'exercices corporels, il n'ait pas noté cette lacune de l'éducation de la noblesse et ne l'ait pas signalée à l'attention de ses fils?
1. Pedro Pablo PDmar, Memoria en que se traia de los ca- ^allos de Espana, Madrid, 1789, p. 46.
GRANDS D ESPAGNE
D'études, il n'en faut pas trop. <c II ne s'agit pas de a faire de vous des érudits hargneux qui rendent « insupportables l'érudition et la vertu. » Puis, on évitera les collèges. Fernan Nunez ne se montre pas partisan de l'éducation publique ni de l'internat; peut-être parce qu'il avait lui-même passé dans un collège les plus belles années de sa jeunesse et en avait gardé un fâcheux souvenir. « Les collèges pour « la jeunesse sont comme les hôpitaux pour les « pauvres malades : excellents pour ceux qui n'ont (( pas d'autres ressources. Mais le père qui peut (c élever ses enfants à la maison, sous ses yeux, (( réussira beaucoup mieux — Cela, sans parler de ce quelques vices très communs dans -les collèges n dont on a à déplorer les conséquences toute la « vie et qui sont plus faciles à éviter dans l'éduca- « tion domestique. » Ces réflexions lui en suggèrent d'autres sur un sujet non moins délicat. Don Carlos se souvient de certain « voyage » qu'il a fait, à ses dépens, étant jeune et fort dissipé ; il voudrait épargner à ses fils Tennui et le danger de le refaire dans les mêmes conditions. « Si vous vous abandonnez (c de bonne heure à l'oisiveté et au plaisir, sans « cultiver et augmenter les notions que vous aurez
« acquises, vous oublierez tout même votre
« santé, qui, une fois altérée et compromise dans « Tadolescence, ne se recouvre plus ou se recouvre « difEcilement. Et si, par malheur, vous deviez être « menacés de la perdre, ne vous abandonnez pas; « ayez recours à un remède radical, non apparent: « c'est le seul moyen de conjurer un grand mal poui