CLASSES OUVRIERES
(( paysan, père d'un conscrit de mon régiment, s'il (c était content que son fils servît. Le bonhomme « me répliqua en ces termes qui se trouvent rap- « portés dans mon voyage de Paris à Carthagène : a Pour quant à moi, je le lui ai déjà dit qu'il ne peut « rien faire de mieux que de servir le Roi, parce « que celui qui sert le Roi sert tout le monde, parce (( que, à mon avis, le Roi est Roi pour tous, car « autrement il serait seulement un homme comme (c nous autres. »
Afin de réagir contre le mépris qu'inspiraient encore aux Espagnols de son temps les arts mécaniques et ceux qui les exercent, Fernan Nunez recommande instamment à ses fils de bien traiter les artisans, de ne pas leur faire perdre leur temps et de les payer avec exactitude. «,11 ne faut pas les « appeler et les faire attendre des heures entières (( dans les antichambres ou interrompre leur travail (( chez eux. Parce que si l'ouvrier n'y prend pas « garde, il perd son temps, c'est-à-dire son argent « et, au bout de l'année, découvre un déficit qu'il « ne sait à quoi attribuer. S'il y prend trop garde, (c il fera payer à chacun le temps qu'il a perdu ou « répartira le déficit en gros entre tous ses clients, « surtout entre ceux qui figurent dans le livre des « arriérés. »
Ces conseils, Don Carlos les mettait en pratique et sa sollicitude pour les classes ouvrières, industrielles ou agricoles, ne se bornait pas à des écrits I ' à des discours, comme c'était le cas pour tant c autres; il la prouvait par des actes. L' « état » et la
336 GRANDS d'eSPAGNK
ville de Fernan Nunez, dont le gouvernement et Tadministration avaient déjà été mis sur un bon pied par le comte Don Francisco, reçurent aussi de son petitfils de notables améliorations. Ce comté devint on champ d'expériences où Don Carlos essaya d'appliquer peu à peu les idées qui formaient son credo économique. Beaucoup étaient justes, et, malgré les vicissitudes des temps, font peut-être encore sentir leur bonne influence. En tout cas, quelque chose des réformes matérielles, travaux de voirie, création d'un cimetière, répartition des maisons de Fernan Nunez en îles et leur numérotage au moyen de carreaux de faïence, écoles pour les deux sexes, et enfin dots fondées au bénéfice des « filles honorables et orphe- « lines de l'endroit qui s'y marient et continuent à « y demeurer », quelque chose de tout cela a dû subsister sous une forme ou une autre ^
Parmi les projets de fondations que le comte, à l'époque de son départ pour l'ambassade de Paris, se proposait d'exécuter dans un avenir plus ou moins éloigné et en vue desquels il avait, nous dit-on, pris des mesures très ingénieuses qui en assuraient la réalisation, on en remarque un surtout dont l'énoncé
1. Sur ces diverses entreprises de Don Carlos, voyez la description de la ville de Fernan Nunez dans V Atlante espd' nol de D. Bernardo Espinalt y Garcia (Madrid, 1787, t. XII, p. 1 à 63), où se trouvent aussi reproduites des vues de la ville de Fernan Nuûez et du palais du comte tel qu'il fut restauré en 1783. De cette description il a été fait une édition à part : Descripcion particular de la nlla de Fernan Aune* sacada del Atlante espanol, por su autor D. Bernar Espinalt, Madrid, 1792.