‹ Etudes sur l'Espagne (volume 5)Chapitre 175 sur 212 · FONDATIONS LAÏQUES · texte numérisé non relu

FONDATIONS LAÏQUES

accuse plus que d'autres rhomme ilustrado qui, tout en respectant TÉglise, lui fait sa place en dehors de la société civile et combat ou restreint son ingérence dans l'éducation publique. « Une maison « d'éducation destinée aux filles orphelines pauvres « de l'endroit, où on les élèvera pour en faire des « mères de famille, sans habit religieux, chapelle, ic réfectoire ni rien qui sente l'éducation des reli- (c gieuses, qui, elles, ont des couvents où elles « peuvent entrer. Toutes les maîtresses seront <c laïques et les élèves seront destinées à le rester « et à apprendre, outre les travaux d'aiguille, à (( cuisiner, à laver et autres choses concernant « l'économie domestique. » Voilà qui, aujourd'hui, passerait presque pour une petite manifestation anticléricale. Au xviii® siècle, les grands seigneurs étaient plus intelligents ; ils ne croyaient pas offenser la religion ni lui causer aucun préjudice en excluant le clergé de certaines entreprises qui peuvent réussir sans lui. En ce qui concerne Fernan Nunez, l'Église d'ailleurs n'y perdit rien, car en même temps qu'il concevait le plan de cette maison laïque, il achevait de construire une belle chapelle, mise sous l'invocation de sainte Scholastique et dédiée à la mémoire de sa sœur si tendrement aimée.

On n'attendra pas dé nous que nous fassions suivre ce simple récit de considérations générales sur l'état de la Grandesse espagnole au xviii® siècle.

GRANDS D ESPAGNE

La Grandesse, au temps de Charles III, a-t-elle mieui ou moins bien que précédemment rempli ses devoirs et exercé ses droits, maintenu son prestige de classe privilégiée et coopéré au bien public, conseillé le souverain et inspiré sa politique ? Pour répondre convenablement à ces questions, il faudrait entrer dans des développements qui ne sont pas de ce lieu et que ne comporte guère un livre dont Tunique objet a été de faire voir comment ont vécu quelques-uns de ces Grands qui représentent les principales variétés de la classe, mais en aucune manière d'étudier cette classe dans son rôle politique et social. Toutefois de ce qui a été exposé ressort, à notre avis, assez nettement que nous n'avons pas eu tort de prétendre, au commencement de cette étude, que la Grandesse du xviii® siècle ressemble beaucoup à celle de l'âge précédent, que ses qualités et ses vices sont assez sensiblement les mêmes sous les rois Bourbons et sous les rois autrichiens et que le changement de dynastie n'a, somme toute, influé ni en bien ni en mal sur la condition de cette haute noblesse.

Ce qu'il serait vrai d'ajouter, c'est que, sous ce nouveau régime, mais non pas par sa faute, s'est encore accentuée la décadence politique et militaire de la caste, en même temps que se sont certainement relevés et améliorés plusieurs individus qui la composent. A rencontre en effet de ce qu'ont avancé divers écrivains, nous ne pensons pas que la diminution d'influence, dans les affaires publiques, de 1 Grandesse au xviii® siècle dépende de principes soi

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lantés en Espagne : entre le gouver- .u triche, celui des ïtisme éclairé de pas de différences ' les rapports des du pays. Il a été tntré que l'Espagne ;nt parier, d aristoses Grands, comme : on les a nommés j ^ , ^ Dais formé qu'une

caste ; qu'à aucun moment, non pas même au moyen âge et dans des temps où le pouvoir royal était affaibli, ils n'ont figuré dans les assemblées comme ordre, état, ou comme bras, pour employer l'expression aragonaise, et qu'ils n'ont réclamé d'aucun souverain de la dynastie nationale ou des dynasties étrangères ce droit de représentation collective ; bien plus, qu'ils l'ont à diverses reprises combattu comme contraire à leurs intérêts. Aussi les rois, pour maintenir intact leur pouvoir, eurent-ils souvent à châtier l'insolence de certaines familles ou à déjouer les plans ambitieux de quelques Grands conjurés, mais non point à résister aux revendications d'un véritable corps. Philippe V et ses descendants suivirent simplement à l'égard de la Grandesse les errements des derniers monarques autrichiens et n'eurent pas de peine à le faire; s'ils innovèrent, ce ne fut que sur m point du territoire où les institutions parlementaires avaient un autre caractère qu'en Castille et

GRANDS D'ESPAGNE

assuraient à l'ordre de la noblesse une représentation eflTective, c'est-à-dire dans les pays de l'ancienne couronne d'Aragon. La conduite des Catalans, qui unirent le sort de leurs institutions à la cause du rival autrichien de Philippe V et firent de la Principauté le centre de résistance au nouveau régime, contraignit le vainqueur à étendre à ces pays en révolte ouverte contre son autorité légitime le système de gouvernement et d'administration de la monarchie centrale. Seule donc la haute noblesse catalane a perdu par la volonté des Bourbons un pouvoir politique dont on a d'ailleurs exagéré l'importance.

La part que les Grands pouvaient prendre au gouvernement dans les conseils du Roi n'est guère, au XVIII* siècle, plus restreinte que par le passé ; ce n'est point Charles III qui a imaginé le premier d'appeler des golillas à la direction des affaires et de confier des emplois considérables à des gens sans naissance : Philippe II et même ses successeurs plus soumis à l'influence des Grands lui en avaient donné l'exemple. Tout au plus pourrait-on prétendre que le souverain « éclairé » a été encore plus loin dans cette voie, non pas tant, semble-t-il, parce qu'il préférait commander à des agents dociles que parce que, vraiment, il ne trouva pas dans les rangs de la Grandesse des talents très supérieurs et reconnus. Si luimême, pour le malheur de son pays, fut loin d'être un Frédéric, on chercherait vainement parmi tous les Grands qui entourent son trône quelqu'un qui eût les qualités d'un Kaunitz, d'un Turgot ou même

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donc tout aussi puéril de d'avoir énervé et afiaibli la 3, en ne l'invitant pas à parti-

^ ^ ernement, que de reprochera

l'Espagne même de n'avoir pas enfanté au xvin° siècle, comme à d'autres époques de son histoire, de grands génies politiques.

Dans d'autres sphères, comment la Grandesse a-t-elle tenu son rôle et conservé ses traditions ? Si le militaire et les exercices chevaleresques sont négligés par elle, cela tient avant tout aux circonstances, aux nouvelles conditions de la guerre qui exigent moins de bravoure personnelle, à la politique pacifique et prudente de Ferdinand VI et de Charles 111, dont on ne saurait d'ailleurs nier les bienfaits, et enfin, comme il a été dit, à l'absence d'esprit militaire chez les souverains qui se sont succédé sur le trône. Au moins cette décadence regrettable des aptitudes guerrières d'une noblesse jadis encore si belliqueuse est-elle, à certains égards, compensée par une culture supérieure, des niosurs souvent moins relâchées et de généreux efforts tout à fait inconnus au siècle précédent. Il est facile de railler après coup les essais de colonisation, les fabriques, les écoles et les sociétés d'amis du pays de ces aristocrates idéologues, leur gouvernement paternel et leur sensibilité. Certes, nous nous y prenons bien plus adroitement et nul n'ignore qu'aujourd'hui tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais quand ils se seraient trompés, en principe, quand leurs tentatives auraient été le plus

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souvent vaines et quand ils n'auraient soulagé des misères qu'en en créant d'autres, de tels desseins, si on les considère d'un peu haut, ne témoi^ent-ils pas de plus d'intelligence et de valeur morale que le genre de vie et les occupations habituelles de leurs prédécesseurs du xvii® siècle ou de leurs descendants actuels ?

Quoi qu'on dise, la Grandesse de la fin du xviii* siècle, individuellement, mérite quelque estime, et, parmi ses membres, plusieurs ont mieux servi leur pays que beaucoup de gros bourgeois ou de très prétentieux philanthropes de nos jours. Peut-être les certes de Cadix, en supprimant si légèrement le régime seigneurial et quelques droits féodaux dont les abus, même la fameuse luitosa de Galice, étaient en somme peu de chose et pouvaient être facilement réformés, ont-elles commis une faute politique grave. Qui sait si, en détruisant quelques privilèges, elles n'ont pas éteint du même coup, dans une partie de la nation, le désir de se vouer, par point d'honneur et esprit de corps, au bien public et à l'accroissement des forces de la patrie ? Nous ne tranchons pas cette question délicate ; nous la livrons aux méditations des esprits indépendants et plus amplement informés.

KUNEZ

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prouve que ce qu'il possédait en France n'ait pas été

rendu, après la paix du 2'2 juillet 1795, à ses héritiers;

en tout cas les quelques manuscrits du comte qui sont

restés en France proviennent, non pas des saisies faites

dans son hôtel à Paris ou à Louvain, mais évidemment

des liasses recueillies chez Salm à qui le comte avait ou

prêté ou donné ces manuscrits.

De passages déjà cités de la correspondance de Salm résulte que ses u pauvres livres », ses papiers et ses meubles furent séquestrés en 1792. Les livres, on tes porta au dépôt de la rue de Lille, et l'on en dressa trois ans plus tard un inventaire détaillé que nous possédons encore : <i Description des livres trouvés dans la

maison de Cicé ^ émigré, occupée par feu Bernard et Salm, émigrés. Commissaires: Verrier, du bureau du « domaine ; Joseph-Balthazar Vuez et P. Piai, commiss. a ad hoc de la section du bonnet de la liberté, le 27 prai- « rial an III '. » Cette collection, composée de deux à trois mille bons livres de littérature espagnole, française et allemande, d'ouvrages relatifs à Tart militaire et de quelques manuscrits, représentait une véritable valeur. L'on conçoit qu'elle ait paru bonne à prendre, et Ton s'explique non moins bien que Salm ait beaucoup insisté pour la récupérer. Onze ans après Tévénement, il réclamait encore ses livres, qui, si Ton en juge par cette lettre du ministre de l'Intérieur Portalis à d'Aigrefeuille, administrateur des dépôts littéraires, furent peut-être, en tout ou en partie, rendus au prince injustement dépossédé : <( Je vous invite, Monsieur, à <c vouloir bien faire rechercher dans les dépôts littéraires « les livres que le prince Emmanuel de Salm Salm « réclame comme sa propriété. Vous voudrez bien « m'adresser la note de ceux que vous aurez retrouvés.»^

Mais si l'on rendit les livres, — et cela même n'est pas sûr — l'on garda les papiers qui se trouvent aujourd'hui, soit à la Bibliothèque Nationale, soit aux Archives Nationales.

La part attribuée à la Bibliothèque, après être longtemps demeurée dans les Résidus, a été il y a quelques années classée dans le fonds des manuscrits espagnols. Elle comprend, sous les numéros 405 à 407 *" de ce fonds, les archives du régiment d'infanterie de Brabant, de 1759 environ à 1775, puis des lettres adressées au

1. Le garde des sceaux, plus tard archeTêque d'Aix, Jérôme-Marie Champion de Cicé.

2. Bibliothèque de l'Arsenal, Archives des dépôts littéraires, t. X, fol. 85 à 110.

3. Paris, 7 fructidor an XII (Bibl. de l'Arsenal, Archiw des dépôts littéraires, t. XII, fol. 284).

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