‹ Etudes sur l'Espagne (volume 5)Chapitre 21 sur 212 · Affaires Etrangères; Espagne, vol. 573, fol · texte numérisé non relu

Affaires Etrangères; Espagne, vol. 573, fol

GRANDS D SSPAGNE I soldats et les chefs étant ce que nous venons de que doit-an penser de l'esprit militaire de l'armée la nation espagnole ? Sans doute, la nation aime >upe, la gloriole, le plumet: «la troupe avant I, dit une saynète : Z.a tropaes lo primera en todas t. ' A ses heures même, elle est guerrière ; elle m prouvé à la fin du siècle et plus tard. Mais d'esnilitaire, pas l'ombre ; ni la classe moyenne ni aple ne savent ce que c'est. La partie la plus du peuple, le paysan, a horreur du service, que la quinta, qui vient l'arracher à sa terre, tribue au hasard dans des régiments où il coucontrebandiers, vagabonds, souvent- de pires ns, que le gouvernement, périodiquement, raî sur les routes ou dans les rues et enrôle de , L'homme de la classe moyenne, exempté du ;e, n'a pas à s'occuper des choses de l'armée ; a connaît du reste que les inconvénients : depuis illets de logement jusqu'aux jolis cadets sîgisde sa femme. Quant aux gens de naissance, on dégoûtés d'offrir leur épée au roi, en rendant te, intolérable la carrière d'officier par le mauihoix et la mauvaise condition des garnisons, par 'oritisme éhonté qui préside à tout et rend inin l'avancement le plus légitime. Seuls quelques ds ont intérêt à servir, parce que leur situation nnelle peut leur assurer une plus brillante for- Mais ceux-là même manquent d'entrain ; ils ne pas soutenus, ils sentent trop que le souverain

U larao, de Ramon de la Cruz.

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n'a pas le goût du militaire et que ce n'est pas un bon moyen de lui faire sa cour que de lui parler soldats ou de lui présenter une belle troupe à l'attitude martiale et rompue à la discipline. Philippe V, par moments, aima les camps et connut l'ivresse de la bataille ; il fut guerrier, sinon franchement militaire. Ses fils et petit-fils Ferdinand VI, Charles III, Charles IV ne furent ni l'un ni l'autre. Et pourtant les qualités physiques, qui, chez ces deux derniers Bourbons surtout, l'emportaient tellement sur les capacités intellectuelles, auraient dû en faire des soldats, rien que des soldats. Charles III, ce chasseur intrépide et infatigable, au corps durci par toutes les fatigues, au visage tanné par toutes les intempéries, put s'amuser un instant des parades d'O'Reilly, mais ne sut jamais ni parler à ses troupes, ni les commander, ni montrer qu'il s'intéressait à leurs progrès. Son fils, sorte de colosse ou d'Hercule de foire, passionné dans sa jeunesse pour les exercices violents, à ce point qu'il aimait, dit-on, à éprouver ses forces en luttant avec les plus robustes gars de son royaume, bon cavalier et non moins chasseur que son père, manqua toutes les occasions qui s'offrirent à lui, dans diverses circonstances critiques, de montrer un peu de valeur et de tempérament militaire. « Passer des « revues, avoir des régiments à soi, établir un camp, « commander en persone, voilà ce qui ne vient à « l'esprit ni d'un roi ni d'un prince espagnol. Pence dant tout mon séjour ici, je n'ai jamais vu un « membre de la famille royale porter l'uniforme. » Et le voyageur allemand qui écrit cela, vers 1792,

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conclut que « l'esprit militaire a presque entièrement « disparu de l'armée^ ». Comment donc les Grands, en présence de cette abstention des personnes royales, auraient-ils réussi à maintenir les belles traditions de leurs ancêtres ? Quelques-uns se distinguèrent pendant les guerres d'Italie, les ducs d'Arcos par exemple, pour n'en pas nommer d'autres ; mais le gouvernement de la reine Barbe et les économies à outrance du marquis de La Ensenada découragèrent le plus grand nombre et étouffèrent « cet esprit militaire qui honorait les Espagnols * » et qui ne reprit un peu de vigueur qu'au cours de la lutte de la monarchie contre la Révolution française. Vers le milieu du règne de Charles III, un juge très compétent a pu écrire ceci qui résume bien l'opinion qu'on doit se faire des deux éléments de l'armée espagnole à cette époque : « l'espèce de l'officier est encore plus « rare que celle du soldat, naturellement patient, « soumis et brave, quoique sans chaleur et sans <c gaîté ' ».

La première missive de Fernan Nunez à Salm, datée de Madrid, 27 janvier 1768, étant en français (quel français !), nous la transcrirons presque iqté-

1. Spanien wie es gegenwàrtig ist, Gotha', 1797, t. I, p. 591.

2. Souvenirs de Charles-Henri baron de Gleichen, Paris, 1868. p.. 8.

3. Mémoire de Favier (1773), dans la Correspondance se^ crètè inédite de Louis XV, publ. par Boutaric, Paris, 1866, t. II, p. 232.

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