CARNAVAL DE
Ferdinand YI parD. Sébastian Eslava, ministre de la guerre, le marquis de La Mina, le comte de Revillagigedo, D. Jaime Masones de Lima, D. Antonio Manso et d'autres, traîna vingt ans et passa par beaucoup de vicissitudes. Elle. fut enfin terminée sous Charles III par Aranda, ses amis ou ses créatures, O'Reilly, le comte Gazola, Zermeno, etc. Au dire des connaisseurs, il paraîtrait que ces Ordonnances, remarquables par l'esprit élevé et libéral qui les a dictées, n'ont pas trop vieilli et que leurs dispositions essentielles restent parfaitement applicables à une armée moderne.
* Déjà dans sa première lettre, Fernan Nunez avait fait quelque allusion à l'exil de Salm à Majorque ; il y revient, en plaisantant son ami, le 6 février, dans un billet daté du Pardo. Le Par do c'était la résidence où Charles III habitait du mois de janvier au printemps, ou pour mieux dire, car tout dans cette cour obéissait à de minutieux règlements, depuis le 7 janvier, lendemain des Rois, jusqu'au samedi veille des Rameaux. On ne s'y ennuyait pas en 1768 ; le carnaval y fut gai. (( Les tentations ici sont nombreuses ; « pour te consoler, je t'envoie la liste des invités et « le compte de l'argent gagné jusqu'à ce jour, et la ce suite à la poste prochene * ». Pour finir, un pompeux éloge du grand écuyer : « Médina Sidonia est fort « bien reçu; il ya tous le jour à la chase as^ec le
1. Les lettres de Fernan Nunez sont désormais toutes en espagnol, mais mêlées de temps à autre de mots français, que nous soulignons.
GRANDS D ESPAGNE
« Roif il le disteingue et le fait tirer toujour ; il a fait « présent à S. Mg* d'un fusil de Zegarra * dont le « Roi n'en asfet poin. Tout le monde le loue et je « pense qu'il se fera estimer. Quant à la table et au m reste de la magnificence, n'en parlons pas ; tu le a connais. »
Pendant que Fernan Nunez mène joyeuse vie au sitio, Salm se morfond à Majorque où il était arrivé après une mauvaise traversée à la fin de Tannée 1767. Un très vieux guerrier catalan, D.Antonio de Alôs y Rius, marquis d'Alôs, y commandait. Ce n'était pas précisément un boute-en-train, et le salon de la capitainerie générale de l'île n'inspirait guère d'idées folâtres, s'il en faut croire le marquis de La Romana, jeune colonel de cavalerie, ami des nôtres : « Hier je fus au Palais, (c seulement jusqu'à dix heures. Le général dormait (( et Madame tricotait des bas avec ses petites-filles, « et sa bru ^. » Fernan Nunez se moque donc agréablement de son ami quand il le met en garde contre les séductions de Majorque. « Tu ne me dis rien de <( tes bals masqués ; tu n'en parles qu'à là marquise « parce qu'elle s'y connaît '. D'après ce que j'en « entends dire, je crois qu'elle n'éprouvera nul « scrupule de t'y laisser aller, car dans ce tourbillon <K du monde tu n'as pas dû avoir le temps de céder
1. Miguel Zegarra, arquebusier du Roi de 1768 à 1783 ; voir J. M^. Marchesi, Catdlogo de la Real Armeria, Madrid, 1849, 2« partie, p. 107.
2. La Romana à Salm, Majorque, 23 novembre 1768 (Bibl. Nat. Ms. Esp. 407 »", fol. 23).
3. Aimable ironie : la marquise de Tavara, sœur de Salm, vivant habiluellement plongée dans ses dévotions.