‹ Etudes sur l'Espagne (volume 5)Chapitre 24 sur 212 · VILLÉGIATURE DE DON CARLOS · texte numérisé non relu

VILLÉGIATURE DE DON CARLOS

« aux tentations. » Au reste Salm a des devoirs sérieux, il faut qu'il apprenne à connaître son régiment dont la composition est détestable, « infâme », dit Fernan Nunez. Naturellement, Salm a formé des projets ; il arrive, comme tout nouveau colonel, avec d'excellentes intentions et un plan de réformes dans sa poche. Il voudrait recruter à Avignon, en terre papale ; il s'occupe aussi des cadets et rédige de longs et savants mémoires a l'adresse de Muniain. En même temps, il ne néglige pas ses intérêts et sollicite pour lui-même la première commanderie vacante d'un ordre militaire, qu'il charge Fernan Nunez d'obtenir par l'entremise de Grimaldi, le ministre alors le plus en faveur.

Quelque temps s'écoule ; nous sommes en juin et bien loin de Madrid : à Fernan Nunez. Avec ce déplacement, qui est une retraite forcée, les lettres du comte changent complètement de ton et de sujet. Plus de bavardages et d'indiscrétions sur les petits incidents de la cour, plus de courrier des résidences ni de chronique scandaleuse. Le grand air des champs et la vie saine de la province ont dissipé ces vanités folles; le courtisan débilité condamne ses excès, fait acte de contrition et de profond repentir. « Gerce tes, j'ai bien mérité les maux dont je souffre ; les « ayant contractés et m'en étant guéri une fois, j'ai « eu comme une révélation surnaturelle de la vérité « et du bien. Je n'en ai pas tenu compte et, quoique « parfaitement instruit de ce que je perdais, je me ce suis enlizé une seconde fois dans les plaisirs dont «c j'avais réussi à me dépêtrer. Jamais je ne payerai

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« assez cette faute *. » Son peccavi récité avec l'accent de componction le plus sincère, Don Carlos proteste au moins qu'il a, depuis sa rechute, vécu en sage et s'est conduit comme il le devait pour se guérir. Après les frictions du docteur Fernandez, il a observé deux quarantaines de diète qui l'ont mené jusqu'au 9 février. Aussi, pourquoi Salm luireprochet-il d'avoir soupe pendant les derniers jours du carnaval ? Une nourriture substantielle ne pouvait lui nuire alors. Pour se guérir complètement, il est venu à Fernan Nufiez avec le médecin du régiment. Voilà quarante-deux jours qu'on le frictionne et le baigne ; les douleurs qu'il ressentait à la jambe ont cessé et il ne désespère plus maintenant de son rétablissement. Il a pour société l'ami Caamano que Salm connaît bien : Don José Caamano, de famille noble galicienne, qui servait alors avec le grade de lieutenant au régiment du Roi et y commandait une compagnie. Protégé et ami de Fernan Nunez, cet officier fit, grâce à l'appui du comte, une rapide carrière militaire et diplomatique. Major du régiment de Majorque en 1775, colonel en 1776, il suivit Fernan Nufiez à Lisbonne, en 1778, où il remplit les fonctions de secrétaire de l'ambassade d'Espagne ; Charles III, en 1785, le nomma brigadier, et Charles IV maréchal de camp, puis ministre d'Espagne en Suisse, en 1791, pour y négocier des levées de troupes et détacher, si possible, les Suisses de l'alliance française. Caamano, c'est le familier, le fidèle, le

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