Casanova, Mémoires, t. VII, p. 519 et
' '»»■» • T*îl
56 GRANDS d'eSPAGNE
que lui, le comte, se qualifie d' <( honorable labou- (( reur retiré dans son coin et sans nouvelles, mais « toujours attaché à la troupe où il a servi, quoique (( mal \ » Il semble qu'à distance et dans sa solitude de Cordoue ou de sa terre de Fernan Nunez, le colonel de VImmémorial découvre mieux les graves défauts de l'administration de l'armée, parce qu'il a le loisir de penser et de repasser ses griefs. En tout cas, ses doléances deviennent de plus en plus précises, pressantes et, par moment, d'une éloquente amertume.
<( Mon système est de faire en tout ce qui me paraît juste, de le proposer, de le soutenir et de ne rien céder, advienne que pourra. S'ils ne se rangent pas à mon avis, j'ai la satisfaction de penser qu'il n'en est pas moins juste, en tout bien et tout honneur. Pour que tu voies que j'ai souffert un peu plus que toi, écoute ceci :
Il y a quatre mois, la place de major de mon régiment vint à vaquer. Des trois capitaines les plus anciens, le premier avait été envoyé à mon régiment de celui de la Couronne pour avoir tiré l'épée et voulu provoquer ou tuer son colonel : sujet d'ailleurs de très médiocre capacité, arrogant, vaniteux, captieux et sans intelligence ; le deuxième, doué de réels talents militaires, était vieux et trop faible pour l'emploi ; le troisième, Ulloa, sot et incapable, comme on le sait et comme lui-même l'a prouvé il y a peu étant adjudant. C'est pourquoi je proposai le quatrième, qui, bien qu'il ait quelques défauts, n'en a pas de si graves et pourrait au moins remplir moyennement l'emploi. J'exposai tout cela à O'Reilly dans une lettre confidentielle et indiquai le nécessaire dans ma