‹ Etudes sur l'Espagne (volume 5)Chapitre 30 sur 212 · PASSE-DROITS DANS L ARMEE · texte numérisé non relu

PASSE-DROITS DANS L ARMEE

proposition officielle. Le résultat ? Ils ont nommé le premier, lui ont aussitôt après donné le grade de colonel et l'ont envoyé au Chili commander un bataillon. Qu'en dis-tu ? — Autre chose. Il y a quatre jours, j'ai proposé pour sous-lieutenant de grenadiers le numéro 1 , plus ancien, et, sur un rapport que le frère du numéro 2, proposé contre le 1, fît tenir à l'inspecteur, on a nommé le 2. Je compte bien que la même chose m 'arrivera pour une autre proposition de sous-lieutenant. J'ai proposé le troisième cadet, parce que les deux plus anciens ont des défauts que je leur ai déjà reprochés et dont il convient qu'ils soient exempts s'ils veulent avancer. Or, je sais que l'inspecteur a demandé un rapport sur tous les cadets au directeur de l'Académie qui a dit le plus grand bien de tous et rédigé un rapport d'une indulgence ridicule. Je m'attends donc à voir nommer le premier. Que signifie cela, sinon qu'on se défie des colonels et qu'on met en doute leur sincérité ? Y-a-t-il quelqu'un qui puisse souffrir avec indifférence les inconvénients qui résultent de la façon dont on pourvoit aux emplois ? Eh bien, tous les jours nous supportons cela et bien pis! Donc, il faut tout planter là (ce qui ne serait pas impossible) ou s'en tenir strictement au système que j'ai dit, sans jamais céder. Et pour te donner une idée de mon entêtement, voici un cas. Dans une proposition, j'ai donné la préférence au cinquième cadet, qui la méritait, sur les quatre autres placés avant lui. On a nommé le plus ancien. Gela ne m'a pas empêché de continuer de même, dans les trois autres propositions, jusqu'à ce qu'on soit arrivé à mon candidat. Le Roi est maître de choisir, mais moi je ne le suis pas de ne pas lui dire ce que je crois juste ou utile à son service... En résumé, mon ami : ou agir comme je fais, ou se pendre, il n'y a pas de milieu, et nous ne sommes pas gens à pouvoir porter remède à une situation aussi misérable. Tu me diras : quel respect auront pour leur chef des officiers qui voient qu'on traite ainsi ses propositions et qu'un bavardage ou une intrigue de leur part

itera-

t plus que tous ses avis ? Et comment nous traitera- I maintenant, puisque, paraîL-il, la nouvelle Ordonce, avec la mécanique et le cérémonial qui nous sont osés, fait de nous des subalternes 7 Enfin, mon ami,

choses ne devraient pas s'écrire, car la plume s'éuiTe et ce qui est écrit ne a'cEFace plus. Il est vrai ivec toi, cela est sans inconvénient ; tout reste entre 8. Mais aujourd'hui même j'écris au lieutenant-colonel Tion régiment qu'il veille sur les propos que pourrait ;itar la nouvelle Ordonnance, qu'il mette à mes frais

espions dans les cafés et punisse exemplairement le mier qui se hasarderait à déblatérer* ».

j'officier qui a écrit ces pages portait, incontestament, un vîf intérêt à soq métier et le prenait à ir. Il est impossible de ne pas être frappé de la ileur et de la conviction profonde avec lesquelles ■nan Nunez, un privilégié pourtant, proteste contre bitraire, la légèreté et l'incurie des chefs de l'are. Pour qu'il sente si fortement les graves défauts système, lui qui n'en souffre pas directement dans personne, il faut d'abord qu'il ait eu un cœur lit, un sentiment inné de la justice ; il faut aussi î ces défauts, ces abus aient été criants. Avionsis tort de dire que les pratiques gouvernementales administratives avaient dégoûté les classes nobles servir dans l'armée ? Et si un grand d'Espagne, ;fdu premier régiment d'infanterie espagnole, est igé de ronger son frein et de supporter en silence t affronts et des injustices, quelle devait être situation de tant d'autres colonels, simples gen-

. Cordoue, 24 octobre 1768.

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