‹ Etudes sur l'Espagne (volume 5)Chapitre 5 sur 212 · PHILOSOPHES ET RÉFORMATEURS · texte numérisé non relu

PHILOSOPHES ET RÉFORMATEURS

nent un peu à Aranda qu'à cause de sa rude franchise aragonaise et militaire, de ses boutades hautaines de riche-homme ennemi de la paperasse et des robins, seuls traits de son caractère qui, à leur avis, pallient légèrement ses fautes et le rendent « sympathique^. » Si la mort impie d' Aranda était prouvée, ce serait un cas très exceptionnel en Espagne. Les autres Grands, plus ou moins entachés de philosophie, ne poussèrent pas les choses si loin. Presque tous, et ceux en particulier dont nous aurons Tocca* sion d'entendre les aveux, ne prennent à nos philosophes que des bribes de leurs systèmes et rien qui ne soit conciliable avec les principes de la religion et de la monarchie absolue.

Tels, mus par des sentiments généreux, quoique souvent chimériques, ne rêvent que réformes; ils voudraient, à l'exemple du souverain qui donne ici le ton, introduire en Espagne ce qui cause la prospérité des autres nations modernes: commerce, industrie, éducation populaire, ils voudraient tout créer ou tout transplanter pour le plus grand bonheur de leurs vassaux et de l'humanité en général, car ils sont humanitaires et <( sensibles ». D'autres ne s'élèvent pas si haut et se soucient fort peu de réformer quoi que ce soit. Pour eux, la philosophie est, en somme, question de mode et d'élégance, marque d'un esprit supérieur et libre. Un pèlerinage à Ferney, où l'on recueille et distribue des compliments, est chose

1. Menéndez Pelayo, Historia de Iqs hetçrodoxos espanoUs^ t. III, p. 204.

GRANDS D ESPAGNE

bien vue et qui, en Espagne comme dans d'aupays, vaut à l'heureux voyageur un brevet de ertin» tout à fait distingué. Et si, en conversant Voltaire, le gentilhomme espagnol a passé la ire, si, dans la chaleur de la discussion, il s'est lis de traiter ses compatriotes de barbares et de tiques, il aura soin, en rentrant chez lui, d'ou- ■ de telles incartades. Même il est prêt à répondre ux qui lui reprocheraient sa trahison : « Ces 'ançais sont si légers, ils exagèrent tout, ils mprennent tout de travers! » En attendant, on l'immense plaisir de voir M. de Voltaire en pere, d'écouter de sa bouche les plus délicates ;ries et de trouver auprès de ses amis, dans les is littéraires de Paris, chez M"' du Deffand ou M"' de Lespinasse, l'accueil le plus empressé. A rix-là que ne dirait-on pas, et comment ne pas grer un peu sa patrie en présence d'un tel me, qui, à première vue, vous juge et vous proe digne de « faire un nouveau siècle' » ? Gari-nous de prendre trop au sérieux ces jeunes tmates et ces voyageurs de qualité dont la libre ée, toute de forme et de tenue, ne devait pas ter longtemps aux cahots de la diligence ou du t> de colleras qui les ramenait en Castille.

insi, sauf quelques adhésions aux idées sociales conomiques plutôt encore que philosophiques Qo^'steurs français, il n'y a pas grand'chose de

Lettre d« Voltaire au romlr d'Argratal, du 6 mai 1768, <pas de U. d« Mura.

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