‹ Etudes sur l'Espagne (volume 5)Chapitre 62 sur 212 · LE COMTE DE MALMESBURY · texte numérisé non relu

LE COMTE DE MALMESBURY

de bien). Il est revenu me voir l'autre jour, et il n'est pas de maison à Vienne où il ne publie les obligations qu'il a envers toi et ne me fasse faire mille politesses. Il m'a présenté à sa femme, qui n'est point laide et qui paraît avoir un excellent caractère. Elle est enceinte de huit mois et a déjà un enfant. Ils vivent dans la plus grande paix et harmonie, et sont plus à envier que tous les rois et les présidents de Castille. Lui a un emploi à Wetzlar, près de Francfort, fort mauvais et très délicat à remplir ; aussi n'en est-il pas content. Il m'a chargé d'un million de choses pour toi » .

Après quoi, Don Carlos rend compte à sa sœur d'une audience de l'impératrice Marie-Thérèse qui a duré trois quarts d'heure. « Son amabilité et sa « bonne grâce dépassent tout ce qu'on peut imaginer « et son talent de mettre immédiatement les gens à « leur aise est sans égal. Je me sens tout à fait épris « d'elle. » Pour l'Empereur, il n'a pu le voir, parce qu'il^ est en Pologne et n'en reviendra qu'au mois de septembre. Entre temps, Fernan Nunez se propose d'aller à Berlin et d'assister aux manœuvres de Silésie, annoncées pour le 15 août. Il sera de retour à Vienne en septembre, verra l'Empereur et puis se rendra, par la Bavière, à Francfort, Bruxelles, etc.

Il a vu le ministre d'Angleterre, qui lui a rendu un excellent témoignage de « notre Harris ». Fernan Nunez et sa sœur avaient fort cultivé Tamitié de James Harris, futur comte de Malmesbury, qui, de 1767 à 1772, avait rempli à Madrid les fonctions de secrétaire d'ambassade, puis de chargé d'affaires et de ministre plénipotentiaire d'Angleterre. Malgré les

GRANDS D ESPAGNE

dissentiments politiques qu'avait fait naître entre Espagnols et Anglais la malencontreuse affaire des iles Malouines et brouillé pour un temps les deux nations, Harris n'encourut pas Tanimosité de ses amis de Madrid; il paraît même avoir été à cette époque l'un des membres les plus fêtés et goûtés du corps diplomatique. A dire vrai, il y mettait du sien et savait arrondir, dans son propre intérêt et pour complaire à ses amis, les angles assez aigus de la diplomatie britannique. Dans sa Vie de Charles III, Fernan Nunez nous met au courant, à mots un peu couverts, d'une intrigue amoureuse que Harris avait nouée à Madrid : circonstance qui, naturellement, portait ce ministre à ne pas trop tendre les rapports entre son gouvernement et celui d'Espagne, afin de demeurer aux pieds de sa belle ^. En 1772, il fut appelé au poste de ministre d'Angleterre à Berlin^. Fernan Nunez, qui comptait l'y aller voir, lui avait écrit :

« Je n'ai pas encore de réponse de notre Harris, dont tous ici me font mille éloges, entre autres le ministre d'Angleterre qui m'a dit qu'il était fort bien vu de son gouvernement et qu'il ne doutait pas que cet ami n'obtînt de retourner, selon son désir, en Espagne, comme ambassadeur ; que, grâce à son talent, son crédit, sa naissance et l'état de sa fortune, il etet fait pour ça, donc je vous félicite. Plesanteries apart/fai été très heureux de le lui entendre dire. Toutes sortes de choses aimables sur

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