Aff. Etr.; Espagne, vol. 613, fol
GRANDS D ESPAGNE
le grand chandelier qui était au milieu de la table, en lui disant : « Comprenez-vous que voilà un chandelier et qu'il est pour vous jeter à la tête, comprenez- vous »? Le banquier le comprit si bien qu'il se sauva de la chambre et qu'on eut beaucoup de peine à le ramener. Ce n'est pas une des moindres preuves de la force de caractère du comte d'Aranda que de s'être corrigé tout à coup, sur une seule plaisanterie de M^^ de Beauvau, de son éternel « comprenez-vous » *.
Dans les mémoires du comte de Ségur est aussi rapportée, au sujet de cette manie d'Aranda, un entretien assez divertissant. Le comte de Ségur, sur le point d'aller ambassadeur en Russie, crut devoir avant son départ demander des conseils à un diplomate rompu au métier et se rendit à cet effet chez Aranda, qui le reçut avec la familiarité brusque et narquoise qui lui était si habituelle. « Ah ! me dit-il en sou- « riant, vous êtes effrayé des études qu'exige la « diplomatie ? Entendez-vous ? comprenez-s^ous ? Vous « croyez devoir longtemps sécher sur des cartes, « des diplômes et de vieux livres ? vous voulez que « je vous donne des leçons sur la politique ? Eh « bien, j'y consens: nous commencerons quand vous « voudrez . Entendez-vous ? comprenez-vous ? Tenez, « venez chez moi demain à midi. » Le comte vint le lendemain, et Aranda, après avoir étalé une carte, fit observer k l'apprenti diplomate qu'aucun des pays qui s'y trouvait figuré ne représentait « une enceinte bien régulière, un carré conaplet, « un parallélogramme régulier, un cercle parfait »,
1. Duc de Lévis, Souvenirs et portraits,^ avis, 1815, p. 169-