‹ Etudes sur l'EspagneChapitre 103 sur 161 · ORIGINE DE L*HABIT MILITAIRE · texte numérisé non relu

ORIGINE DE L*HABIT MILITAIRE

la durée du xviii® siècle d'appeler militaire Tha- 'bit copié sur celui des soldats français ; vestir à la militar ou de militar signifia sans plus porter la casaque, la cravate et le tricorne ; mais il faut distinguer un peu les époques.

Au commencement, l'expression se prenait, il va de soi, plus au pied de la lettre, car la plupart de ceux qui renoncèrent à l'ancien costume le firent en conséquence de la guerre qui ensanglanta l'Espagne, pendant les premières années de Philippe V, et qui contraignit des hommes de toutes catégories à prendre les armes et à s'enrôler. C'est ce que nous donne à entendre un historien sévillan dans sa relation des événements qui se passèrent en Andalousie l'an 1 702 : (( Les exercices militaires que motivèrent ces événements commencèrent à déshabituer la jeunesse de l'habit de golille qu'elle conservait encore, à cause qu'il était incompatible avec l'agilité que réclamaient les évolutions de la guerre* ». Une fois accoutumée à un vêtement plus commode et dégagé et qui en outre lui donnait l'air plus martial, il n'est pas surprenant qu'après la conclusion de la paix cette jeunesse ne tînt point à l'abandonner pour en reprendre un, qui, mal vu du roi et de la

I. Justino Matute y Gaviria, Anales de Sevilla, Séville, 1887, t. I, p* a3.

noblesse, couvrait maintenant le corps d'un tabellion ou d'un alguacil. Aussi arrive-t-il fréquemment que Ton confonde à cette époque et pendant la première moitié du siècle l'habit à la française ou Tiiabit militaire avec l'uniforme dessoldats, — ce que d'ailleurs nous avons déjà vu faire au marquis de Villena — ou, pour mieux dire, que l'on attribue à ceux qui adoptent la mode nouvelle l'intention de se remonter socialement, parfois même de dissimuler une condition réputée humble ou vile sous des dehors prétentieux et trompeurs*.

Cette tendance se remarque, par exemple, dans les Suetlos morales du D"^ Diego de Torres qui reflètent si exactement l'esprit de l'époque. Tandis que le docteur inspecte les divers quartiers de Madrid accompagné de Quevedo, — qui est pour Torres ce que Virgile est pour Dante — voici qu'une sorte de monstre lui barre le passage. Torres s'arrête pour l'examiner et nous le décrit en ces termes : « Son habit était militaire, ce qui donnait à penser que telle était sa profession ; il tenait à la main un bâton à pom-

I . D. Luis Francisco Calderon Altamirano décrit dans son livre intitulé Opûsculos de oro, virtades morales christianas (Madrid, 1707) l'habit à la française (casaca con f aidas, chupa, botones de (jifjanle bulto, etc.) porté par ses contemporains : d*oii Sempere conclut que Tusage en était général déjà en cette aquée 1707 (Jïistoria del liixo, Madrid, 1788, t. II, p. i46).

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