‹ Etudes sur l'EspagneChapitre 107 sur 161 · ÉMEUTE A MADRID EN · texte numérisé non relu

ÉMEUTE A MADRID EN

celte ordonnance proscrivait ou tout au moins dont elle réglementait le port d'une façon qui déplut fort au peuple madrilène. Les chefs du motin avaient d'autres raisons d'être mécontents, mais ils profitèrent de la mauvaise humeur que provoqua l'ordonnance pour exciter la populace contre l'un des ministres italiens de Charles III, le marquis Squillace, promoteur de certaines réformes urbaines, assurément utiles et judicieuses mais qui avaient le tort de troubler dans leurs habitudes séculaires les Espagnols peu enclins à se laisser faire la loi par des étrangers. L'émeute fut assez sérieuse et faillit même un moment compromettre la majesté du trône et la personne du souverain. Heureusement les jésuites, qui servent toujours en ces circonstances, payèrent pour tous et l'ordre fut restauré. Je n'ai pas à insister ici sur les incidents et les conséquences de cette révolte ' , mais il me paraît à propos de donner à connaître quelques passages d'un document de l'époque qui vise la substitution du costume français au costume espagnol et qui rentre donc dans notre sujet. Le document en question est la réponse des procureurs du Conseil de Castille au premier projet

I . On peut consulter le récit très circonstancié de D. Manuel Danvila, Reinado de Carlos Illy t. II, p. 298.

266 VIII. GOLILLE ET HABIT MIUTAIRE

(le Tordonnancc de 1766*. Quoique défenseurs 1res décidés de Tautorilé royale, les Jîscales soutinrent avec une réelle indépendance leur opinion et ne dissimulèrent point les difficultés d'exécution d'un règlement qui violentait des coutumes établies et qui risquait d'autre part de porter atteinte à Tindustrie nationale. Les motifs allégués, dans la réponse des fiscales, pour combattre certains articles de Tordonnance sont, en premier lieu, la forte dépense qu'occasionnera la nouvelle tenue même aux personnes aisées que l'ordonnance a surtout en vue, puis les sentiments d'envie que suscitera dans les classes inférieures l'accoutrement prescrit aux gens du tiers état, car il est à prévoir que chacun voudra rivaliser avec eux et s'élever à leur niveau. Enfin, tout n'est pas à condamner, disent les JîscaleSf dans Fhéritage du passé. Ce qui a si longtemps existé a sa raison d'être ; la cape, notamment, surtout si on la ramène à des dimensions moindres, à celles qui avaient cours jadis, est un vêlement pratique, répondant bien à son objet et difficile à remplacer.

Al Deere to de S. M. para la prohivicion de capas, los Senores del Gonsejo en plena junta mandaron que se guardase y cumpliese lo que el Rey ordenava, y para

I . Une brève analyse de ce Dictamen de los fiscales del Co/isejo se trouve dans le livre de Danvila, t. II, p. 3io.

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