Bibl. Nat. de Paris, Fonds Espagnol, ms. ^24» fol. i
2. Elle se lit dans la Novisima Recopilaclôn, ley i3. lit. 19, lib. 3.
Morel-Fatio. III. — 18
a 7 A Vm* GOLILLB ET HABIT MILITAIRE
Après que rémotion, due à ce que ron a appelé la « journée des capes » se fut calmée, grâce surtout à la conduite énergique du comte d'Aranda qui sut réparer en peu de temps les maladresses commises, cape et casaque demeurèrent néanmoins en présence et continuèrent à se regarder de travers. Mais l'antagonisme entre la vieille Espagne et la nouvelle n'est plus si acharné, il se réfugie dans la littérature et n'inspire plus guère que les auteurs de sainetes ou les écrivains moralistes qui rédigent des revues dans le genre et sur le modèle du Spectator d'Addison et d'autres publicistes anglais ou français. Si l'on veut, par exemple, mesurer le terrain perdu à la fin du xviii® siècle par la golille, l'un des emblèmes de l'espagnolisme d'antan, il suffit de comparer la définition donnée dans le Diccionario castellano de Terreros (1786-88) à celle que nous avons relevée dans le dictionnaire de l'Académie de 1784: les (( quelques particuliers » fidèles à la golille que signalait encore l'Académie ont disparu, le col de carton n'est plus porté maintenant que par certains fonctionnaires d'ordre inférieur * et
I. Notamment par Talguacil : « Fardiez ! (dijo el otro) no me habeis pintado En trage que un tiempo fué muy seûoril, y agora le viste solo un alguacil ? » (Tomas de Iriarte, El Retrato de ijolilla ; fabula XXXIX. Les Fabulas lUerarias de Iriarte sont de l'année 1782). Les avocats toutefois plaident encore en golille,
NAISSA>GE DU « MAJISME » â^S
par des artisans dans quelques cérémonies ou processions * : « El dia de hoi la trahen casi solamenle los ministros, y algunos olros oficiales 6 menestrales en funciones publicas. » On sait que vers la fin du siècle, il se produisit dans haute société espagnole, et avec la tacite approbation de l'héritier présomptif de la couronne, le prince qui devint Charles IV, une sorte de réaction nationaliste dirigée contre les principes un peu cosmopolites du gouvernement éclairé de Charles III ; la « quality », comme on disait en Angleterre, affecta des allures populacières. Ton vit des hommes de condition s'habiller en gaapos andalous ou en contrebandiers, de
mais ils voudraient ne pas la produire ailleurs qu'au tribunal. 14 résulte d'un document conservé dans les archives du Palai« Royal à Madrid (Toros, legajo 2), qu'a bien voulu me transcrire D. Ramon Menéndez Pidal, que les avocats de Madrid pétitionnèrent en 1789 pour ne pas être astreints à assister « en golille » à la proclamation de Charles IV, parce qu'à leur avis ce costume est ridicule à cheval et qu'ils risquent d'être confondus avec les officiers de justice de catégorie inférieure : « No pueden menos de manifestar à V. M. que este traje sole esta introducido para la asistencia persotial en los tribunalcs, y que si en estos es de decoro y seriedad, en otros actos, y con particularidad en el de la Proclamacion, que es de gala y gozo, puede hacer un aspecte nada bisible y respeluoso, cediendo tal vez, por el numeroso concurso y analogia que tiene con el de los ministros inferiores de iusticia, en desdoro de los que lo bisten por solo honor. »
I . Déjà du temps de Diego de Torres, on affublait de l'habit de golille le personnage de Judas dans la procession du jeudi saint (Suerios morales, éd. de Salamanque, 1752, p. 82).
376 VIll. GOLILLE ET HABIT MILITAIRE
grandes dames copier les majas de Lavapiés et de Mara villas. La garde-robe d'un élégant se composa alors de trois ce suits )> : cape et réseau pour les cheveux (tenue du matin) ; habit à la française ; puis, pour aller aux toros l'après-midi, un habillement complet de majo ^ . Ce majisme, qui indignait Téminent Jovellanos et lui dicta sa fameuse satire à Arnesto, .ne réussit pas à la vérité à remonter le courant et à ressusciter des choses et des idées qui fatalement devaient finir, mais il éveilla dans les classes supérieures un certain goût pour les manifestations spontanées de Tâme populaire, pour les produits non sophistiqués du terroir et de la race ; car, comme dit Paca la Salada des majas de son temps en les comparant aux bellles dames des salons obligées par -leur rang de sacrifier aux modes étrangères :
Estas SOQ las que han quedado Légitimas espaîïolas, Porque las de los estrados Solo son un quid pro quo De francés y de italiano.
I. a Ilabiadia de très metamorfosîs en los caballeros. Gapa y cofîa à la maîlana, à lo militar despues y a la tarde de majo para, ir a los toros » (José Somoza, Usos, trajes y modales del siglo XVIII, dans les Poêlas liricos del siglo XVIII de la Bibl. Rivadenejrra, t. III, p. 407).