‹ Etudes sur l'EspagneChapitre 114 sur 161 · JEAN-NICOLAS BÔHL DE FABER · texte numérisé non relu

JEAN-NICOLAS BÔHL DE FABER

^t quoique Ton puisse, je crois, démêler sans trop de peine dans ses écrits, ses habitudes intellectuelles et ses sentiments, ce qui revient aux •diverses nationalités dont elle se réclame, elle n'en est pas moins devenue une Espagnole intransigeante, plus entière et plus neta que beaucoup d'autres d'origine exclusivement péninsulaire et dont le sang ne contient aucune goutte de sang étranger. Exemple à ajouter à beaucoup <(ue Ton connaît de la facilité avec laquelle la race allemande se laisse absorber et s'assimile vite les qualités et les défauts d'une autre race : l' Allemand ne se défend pas et ne conserve pas longtemps sa marque urdeutsch lorsqu'on le transplante loin des forêts de la Germanie.

Ce que l'on possède de plus certain et de plus précis sur l'enfance et la jeunesse de Cécile Bôhl se trouve dans des lettres adressées par son père à plusieurs membres de la famille Campe, particulièrement à Joachim-IIenri Campe, qui fut l!éducateur et le père spirituel de Jean- Nicolas Bôhl, à l'épouse du célèbre philanthrope, à Auguste Campe et à sa femme ; de nombreux •extraits de cette correspondance forment presque toute la trame d'une biographie anonyme du père de Cécile : Versuch einer Lebensskizze von Johan ISikolas Bôhl von Faber. \ach seinen eigenen Briefen fais Handschrift gedracktj, s. 1.,

384 IX. — fernXn gaballero

i858. Impr. de F. -A. Brockhaus, à Leipzig*.

Les biographes espagnols de Fernân Gaballero n'ayant pas utilisé cette source précieuse de renseignements, il me parait convenable d'en extraire ce qui peut servir à fixer quelques traits de celle qui achèvera de se décrire dans ses lettres à La tour *.

Marié au printemps de 1796 à Francisca Javiera de Larrea, Bohl, qui désirait conduire sa femme et sa belle-mère en Allemagne, abandonna à son frère Gottlieb la direction de la maison de commerce de Cadix et partit pour la Suisse dans l'automne de la même année.

Ce fut à Morges, petite ville sur le lac de Genève et appartenant à cette date au canton de Berne, que D* Francisca mit au monde, le 25 décembre 1796, sa première fille, qui reçut au baptême, administré par le curé d'Echallens, la paroisse catholique la plus rapprochée, le nom de sa grand'mère paternelle Cécile. Bohl parle à Campe à cœur très ouvert des deux femmes. Chez sa belle-mère, Flr-

1. Cette biographie est attribuée à Elise Campe, née Hoffmann, par l'auteur de l'article Bohl von Faber de VAllgemeine deutsche Biographie, qui, dans sa notice, a surtout résunaé le Versuch.

2. Il importe aussi de ne pas négliger la notice biographique sur Jean -Nicolas Bohl, insérée par le D*" Julius dans le tome II de sa traduction de Ticknor.

LA. MÈRE DE FERNXn CABALLERO 285

landaise, il loue l'esprit d'ordre et les qualités de bonne ménagère qui lui ont permis de s'accommoder d'une situation de fortune fort étroite, mais le catholicisme fougueux de M"" de Larrea, — Bôhl était alors protestant, — qui s'alarme beaucoup de certaines velléités d'indépendance de Frasquita, lui paraît assez intempestif. Au physique, dit-il, « mère et fille ont été quelque peu disgraciées par la nature quant au visage, mais elles sont bien faites, quoique petites. Ma fenime est très brune, a d'abondants cheveux noirs, de gentils yeux, de beaux sourcils, un vilain grand nez, une grande bouche, mais des lèvres rouges et de bonnes dents ».

Bien douée intellectuellement, mais trop romanesque, au gré du pratique et posé Hambourgeois, Bôhl trouve que sa Frasquita manque de volonté pour « plier le sentiment trompeur sous le joug de la raison et pour répondre à l'idéal qu'il s'est fait d'une femme ». Le séjour en Suisse avait déjà désagréablement impressionné les pauvres Gaditanes : ce fut bien pis encore en Allemagne où les deux femmes, dépaysées et déconcertées par une langue qu'elles n'entendaient point, des usages inconnus et une religion raisonneuse et froide, s'étiolèrent bientôt d'une façon inquiétante * ; Bohl comprit qu'il ne

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