ÉTUDES LITTÉRAIRES DE BÔHL
de son frère Gottlieb en 1801, chef unique, tendait, lui aussi, à se perfectionner, à étendre le cercle de ses connaissances, à augmenter de toutes façons son bagage intellectuel. Nous le voyons s'appliquer aux mathématiques, à l'astronomie et à la mécanique, lire des livres de médecine ; — <^ j'siî malheureusement aussi le désir d'étudier la nouvelle chimie de Lavoisier», écrit-il dans une de ses lettres ; — il ne néglige pas non plus la littérature ; il veut rafraîchir son latin et apprendre l'italien pour lire Pétrarque dans l'original. La littérature espagnole l'intéresse aussi, naturellement, surtout l'ancien théâtre, (( dont ni la langue ni l'esprit ne sont plus du tout compris aujourd'hui ; on ne veut entendre que du Kotzebue ou son imitatorum pecus. Madrid, Dieu soit loué, en possède trois: Gomella, Zavala et Valladares ». Et le voilà qui met par écrit, en forme de lettres, ses réflexions sur la décadence du théâtre national et l'injuste oubli où sont tombées les pièces des Lope et des Galderon. Un de ses amis (( lui joua le tour )) d'en faire imprimer une dans un journal de Madrid, indiscrétion qui lui valut les plaisanteries de ses collègues du commerce : « Je replaçai mes papiers dans mon secrétaire, attendant une meilleure occasion. » Et il ajoute : <( Les bons esprits ne manquent pas ici à Cadix,.
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et j'ai réussi à faire goûter à divers amis l'esthétique de Kant et de Schiller. » Mais, malgré le succès de ses affaires commerciales, que consolida encore sa nomination au poste de consul de Hambourg en 1802, malgré son acclimatation de plus en plus complète en Espagne où l'attachaient tant d'intérêts, Bôhl nourrissait toujours le dessein de retourner en Allemagne et d'y finir sa vie. Ce fut dans cette intention qu'il fît, en i8o5, l'acquisition du bien noble de Gorslow en Mecklembourg, sur le Schweriner-See, où il comptait bientôt installer sa famille et l'y élever dans le calme de la vie champêtre. La Frasquita s'acclimaterait-elle cette fois? Non, elle ne s'acclimata point, et au bout de quelques mois de séjour le mal du pays l'obligea de regagner au plus vite sa chère Espagne ; la famille alors se sépara : la mère et ses deux plus jeunes filles partirent pour Cadix ; Bohl demeura à Gorslow avec les deux autres enfants, Cécile et Jean, dont il confia l'éducation à une gouvernante de Liège et catholique qui les instruisait en français. Propriétaire d'un bien noble qu'il administrait avec compétence, mais non sans tracas ni sans mécomptes, il convenait à la nouvelle situation de Bôhl qu'il s'anoblît ; c'est ce que comprit et c'est ce que lui facilita, en 1806, le second mari de sa mère, le conseiller privé Martin Jacob
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von Faber S en Tadoptant et en lui donnant son nom. Notre Jean-Nicolas n'en fut pas plus fier pour cela ; il conte avec simplicité, et en homme qui ne se fait guère d'illusions sur la valeur des titres, son élévation dans la hiérarchie sociale que les circonstances rendaient à peu près nécessaire. (( Ma condition, dit-il, de propriétaire terrien m'a décidé à m'anoblir. La chose a pu s'effectuer sans frais ni démarches par l'adoption du nom et des armes de mon beau-père, le conseiller privé von Faber, à qui j'ai, d'ailleurs, par là, causé un véritable plaisir. En Mecklembourg, je m'appelle donc Bôhl von Faber; mais à Hambourg et dans toutes mes affaires commerciales, je reste Jean-Nicolas , Bôhl, comme devant. »
La guerre, l'invasion de l'Allemagne par les armées de Napoléon troublèrent moins qu'on ne serait porté à le croire son existence, soit dans sa terre de Gôrslow, soit à Hambourg auprès de sa mère, et, en ce qui concerne ses intérêts commerciaux, il manifeste dans ses lettres qu'il craignait plutôt la piraterie anglaise que les Français. De 1806 à i8i3, il reste en Allemagne, et cette période de sa vie, c'est-à-dire
I. Ce conseiller J. von Faber avait épousé la veuve Bôhl le 10 décembre 1787 (Communication du D' Franz Eyssenhardt, directeur de la bibliothèque de Hambourg.)
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les occupations intellectuelles qui la remplirent et rimpression qu'il en reçut opérèrent un changement profond dans ses idées morales et religieuses qui aboutit à sa conversion au catholicisme. Attiré et conquis par la poésie et la musique du moyen âge allemand — au point qu'il s'était fait une collection de vieux Lieder qu'il chantait le soir au piano, — il passa de là à l'étude des grands mystiques, les Eckhart et les Tauler, dont il admirait fort <( l'art de dire brièvement, sobrement et clairement tout ce que les modernes nous exposent avec redondance, et comme s'ils l'avaient inventé )). De nombreuses lectures d'ouvrages de controverse, le commerce avec les écrits de Fr. Schlegel, son amitié avec le D"" Julius et, sans doute aussi, comme l'indique son biographe, le désir, après son retour en Espagne, de ne plus | vivre hors de la communauté des fidèles et d'abattre la barrière morale qui se dressait entre sa femme et lui, décidèrent ce bon père et ce bon mari à l'acte d'abjuration qu'il accomplit en août 181 3 à Schwerin, peu de temps avant de s'embarquer poi^r l'Espagne avec sa fille.
Cécile, pendant ces années si troublées, avait continué son éducation, non plus avec la gouvernante liégeoise, mais dans un pensionnat