LA TERTULIA DE FRASQLITA
français de Hambourg. A ce propos, Bôhl écrit «un jour à ses amis : « Ma fille Cécile, qui a déjà treize ans, me donne beaucoup de soucis. Elle •est à Hambourg dans une pension tenue par une ancienne dame de Saint-Cyr, qui, sans doute, n'est pas plus mal que bien d'autres, mais qui laisse tout de même beaucoup à désirer. » Il ajoute quelque temps après que Cécile a fait sa première communion avec un prêtre français dont l'excellent enseignement lui a inculqué de hons principes (( pour toute sa vie » .
Bôhl, qui, comme il le dit, «tournait le dos •à sa patrie au moment où un brillant avenir s'ouvrait pour elle » , trouva la ruine en Espagne : rien ne put être sauvé de la puissante maison de commerce fondée par son père, et il dut, pour subvenir aux besoins des siens, entrer •dans une compagnie d'assurances. Entre temps, il revenait à la littérature, lisait surtout les vieux poètes espagnols dont il devait plus tard former un recueil, cette Flores ta qui reste un •de ses meilleurs titres à la reconnaissancç des lettrés. M™« Bôhl de Faber, de son côté, heureuse d'avoir reconstitué une vie de famille et regagné un mari purifié par sa conversion, l'entourait de ses soins, le produisait dans la société de Cadix où les terlaliasde D* Francisca étaient le centre du parti royaliste conserva-
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leur'. Un train très modeste suffisait à la mère^ qui, trois ans après le retour de Bôhl, mariait sa première fille. (( Ma femme, écrit-il le 6 avril 1816, est heureuse dans son pays et se contente du nécessaire; ma fille aînée Cécile se marie avec un beau capitaine de grenadiers, âgé de vingt-huit ans, qui l'emmène pour trois ans à Porto-Rico. Ma seconde fille. Aurore, est une gentille petite créature, mais très délicate, ce qui nous cause de gros soucis. La troisième souffre toujours de la hanche et boite beaucoup : ce n'est pas consolant!» Quant au fils Jean, il était demeuré en Allemagne et son père le destinait à l'agriculture, la carrière commerciale lui semblant alors trop compromise.
Autour de cette famille très attachée aux idées de l'ancien régime, autour de cette Espagnole rancia, dont la guerre napoléonienne avait exaspéré le patriotisme, et de cet Allemand antifrançais, aussi bien par ce qu'il avait vu et souffert en Allemagne que par les tendances de son esprit et ses sentiments intimes, s'agitait et s'éveillait une société imbue d'autres principes, lasse des vieux errements, et à laquelle l'inva-
I. D. Fernando De Gabriel nous dit de Frasquita qu'elle cultiva la littérature non sans succès sous le nom de Corine. J'ai cité plus haut sa traduction du Manfred, et il paraît qu*elle écrivit après son retour d'Allemagne quelques brochures sur certaines questions du jour ÇVersuch, p. 77).
LA (( FLORESTA )) DE BOHL DE FADER 2q3
^ion française, tout en T opprimant et la molestant, avait ouvert de nouveaux horizons. Bôhl -déteste cette Afteraufkldrung, ce prurit de copier les sophismes français, de vouloir paraître « éclairé », de se distinguer du peuple, quiseul, à ses yeux, conserve encore le pur génie national. (( L'état d'esprit des Espagnols du jour est déplorable, » dit-il ; et de plus en plus il se réfugie dans l'étude de l'ancienne poésie castillane^; il amasse des livres, quoiqu'il ait peu •d'argent : « mais vous êtes aussi collectionneur, » écrit-il au D*" Julius, (( et vous savez •qu'on peut avoir faim huit jours pour attraper une vieille romance ! » En 1820, il peut enfin présenter une copie de sa Floresia à l'Académie •espagnole, qui lui octroie en retour le titre de membre honoraire ; la distinction lui fait plaisir, surtout parce qu'elle contristera ses adversaires, les partisans de la littérature raisofineuse, qui est la mort de la poésie, de l'enthousiasme, de tous les beaux sentiments !
Sans vouloir entrer ici dans la discussion des idées de Bôhl sur la littérature espagnole et apprécier la valeur de ses publications, il me pa-
1 . D'après Adolfo de Castro, Bôhl aurait appris du sainetista gaditan Juan Gonzalez del Gastillo à goûter les classiques de la littérature espagnole (Poetas liricos de los siglos XVI y XVII de la Bibl. Rivadeneyra, t. II, p. XXX).
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raît toutefois à propos de rappeler que ses principaux contradicteurs furent deux hommes qui ont acquis plus tard une assez grande notoriété, D. José Joaquin de Mora et D. Antonio Alcalâ Galiano. J'aurai tout à Theure à parler du premier qui, après avoir combattu le père, patronna chaudement la fille, lui servant en quelque sorte de parrain littéraire, traduisant même un roman qu'elle avait écrit d'abord en français. Le second a consigné dans ses mémoires l'impression qu'il avait reçue de ses rapports avec M. et jyjme Bôhl auxquels il fut présenté à Cadix. Le passage ne manque pas d'intérêt et éclaire bien le caractère entier et combatif de D* Francisca.
En esto aparecio una tertulia de igual naturaleza, pera en que predominaban opiniones diametralmente opuestas * : la de la senora dona Francisca Larrea, mujer del ilusirado aleman D. N. Bohl de Fauer, literato, buen escritor en nuestra lengua y apreciabilisimo, visto à todas luces. Su mujer, à quien acababan de dar licencia los franceses para pasar a Gâdiz desde Chiclana, donde residia durante los meses primeros del sitio, era literala y patriota acérrima, pero de las que consideraban el levantamiento de Espaila contra el poder francës comoempresa destinada a mantener à la nacion espanola en. su antigua situacion y leyes, asi en lo politico como en
I. Alcalà Galiano avait parlé précédemment du salon de D^ Margarita Lôpez de Morlâ, où se rencontraient Quintana, Ga~ llego, Toreno et d'autres notabilités littéraires et politiques.
J. DE MORA ET A. ALCALÂ GALIANO SqS
lo religioso, y aiin volviendo algo atrâs de los dias de Carlos III, ùnicos principios y sistema, segun su sentir, justos y saludables. Fui yo presentado en casa de la seliora de Bohl ; pero por mil razones ho hube de agradarle, ni ella por su parte, à pesar de su mérito, se capto mi pobre voluntad. Lo cierto es que la vl una vez y despues fué mi suerte (ya en 1818) entrar con ella y su estimable marido en agrias contiendas literarias en que liubieron de ingerirse con poco disimulo cuestiones politicas, no sin grande peligro mio en aquellas horas; acrimonia de que hoy me pesa al hacer a aquellos dos ilustrados consortes la debida justicia*.
Et Alcalâ Galiano ajoute en note que Fernân Caballero doit aux doctrines de ses parents « el plus particulièrement de sa mère » les idées qu'elle a depuis défendues dans ses romans.
A ces souvenirs d'un différend encore plus politique que littéraire, auxquels se mêlent des regrets si courtoisement exprimés, je puis, grâce à la parfaite obligeance de M. James L. Whitney, bibliothécaire à Boston, joindre ceux de Fernân Caballero, qui furent communiqués, par Tentremise de M. Guillaume Picard, a ïicknor^ lequel désirait alors se procurer les écrits polémiques de Bôhl.