SOUVENIRS DE SON PÈRE ^I
lement que de Thonneur, gênait son rôle d'écrivain espagnol et de défenseur des idées traditionnelles. Que nul ne pût suspecter malignement son caractère d'Espagnole légitima ; voilà ce qui lui importait, et puisqu'il lui fallait passer condamnation sur le lieu de sa naissance, elle se consolait, dit-on, en pensant tou'elle avait été au moins conçue en Espagne I Avec Tâge et l'éloignement, l'Allemagne finit par se perdre dans la brume des vieux souvenirs, elle n'en retient plus guère que l'image de son père vénéré toujours présente à son esprit. Souvent, elle aime à rappeler les travaux de Bohl, parfois aussi quelque trait de sa méthode d'éducation, qui ne s'accommodait point, paraît-il, de certaines puérilités trop admirées des mères. Parlant d'un enfant prodige dont une petite coterie tambourinait extrêmement les vers précoces et assez sots, elle écrit :
Guando yo ténia su edad, y alguna mas, solia componer algunas cosillas que a mi madré hacian gracia y que llevaba a mi padre, que, sin leerlas, las tiraba y me decia : « Tonterias, tonterias ; no pierdas en esto el tiempo, que debes emplear en esludiar y coser. » j Oh, bendito mil veces aquel sabio y buen padre ! Ahogo en su germen cse amor propio y vanidad infantil que crece con la edad Y ahoga a su vez el buen sentido y la modestia.
Si la figure de sa mère ne se montre pas dans ces lettres, nous y voyons d'autres membres de
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sa famille, sa sœur Aurore surtout, qu'elle chérissait, dont elle ne pouvait souffrir d'être séparée : (( Je désire bien qu'Aurore, à qui Paris ne convient pas, nous revienne... je suis jalouse de Paris et, comme Andalouse, j'aimerais bien le poignarder! » écrit-elle à M'"' de Latour — cet <( ange de la famille )), comme elle la nomme, qu'elle entoura pendant sa dernière et cruelle maladie des soins les plus dévoués et dont elle annonça la mort à son amie en quelques paroles empreintes d'une tendresse profonde : ce El angel de la familia esta en su patria ; un ataque cérébral (hijo de su enfermedad) se la ha Uevado en pocas horas. La famiha queda sin angel, sin corazon, pues ella lo era, y sin consuelo. »
Des deux premiers maris, nous n'entrevoyons guère qu'une silhouette rapide : diverses raisons, mais par-dessus tout sa très grande déUcatesse, lui interdisaient ce sujet, même dans le secret d'une correspondance intime. Elle n'aimait point qu'on cherchât dans ses romans les personnalités qu'elle pouvait y avoir mises, qu'on prétendit retrouver sous tel ou tel de ses héros ou héroïnes une part d'elle-même et de sa vie. Latour, si discret, ne mérita jamais les reproches qu'elle adresse à d'autres, surtout à des journalistes hostiles. Une fois, cependant, il lui sembla que son ami en avait écrit un peu trop, qu'il
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avait imprudemment soulevé un coin du voile qui protégeait Fhistoire de son cœur; elle le querelle aflFectueusement, mais le récompense en même temps par une confession générale de son début dans la vie, qu'il n'a pas dû regretter beaucoup d'avoir provoquée. C'était à propos du roman La Farisea :
Pero quiero renir un poco coh V. ^jPorqué saca V. sîempre mi persona, mezclando asi un poco de acibar à lan dulce miel ? Si yo he hecho (et pour cause) à mi heroina Americana, (jpara que decir que he eslado yo en America, y menos que no gusto hablar de ello? ^jMe ha oido V. hablar de ninguna de las demas*siluaciones de mi vida ? (j He hablado nunca de Alemania ni de la opulenta y brillante casa de mi abuela en que me crié como enfant gâté con todas las delicias y mimos posibles ? ^He hablado de mi estada primera en Cadiz y el Puerto donde fuy enfant gâté del pûblico ? (j He hablado de mi venida a Sevilla con un hombre idéal * con el que fuy idealmente feliz y murio adorandome y bendiciendome ? No, pues entonces ^^ué estraîïo tiene no hablase de una época, aunque es la mas intcresante de mi vida? Es porque cual nadie pienso como el que dijo : le moi est odieux. Y nobstante, de ninguna época podria yo sacar mas vanagloria ; pero, para hacerlo, tendria que hablar mal de dos personas (lo que jamas he hecho ni haré). Gallo sobre este triste début de mi vida. Yo entonces, bien lo puedo decir, era huena, como quien salia de una pension francesa establecida en Alemania, y pude sacar de mi corazon y de mi experiencia el début en la vida que he dado a la Clemencia de mi novela. Despues, adoptada