SOLLICITATIONS POUR DES AMIS
indique assez quelle solution fut donnée à Faf-
faire :
Les enfants qui vont recevoir
A San Pablo le saint dicta me
Pourront être vêtus de noir
Et n'auront de blanc que leur âme.
Si Fernân, comme on vien de le voir, sait défendre ses idées, elle sait non moins bien défendre ses amis, venir en aide aux faibles et aux éclopés en obtenant de ses puissants protecteurs, ou la réparation de certaines injustices, ou des faveurs qui remettront dans le droit chemin quelque pauvre égaré, préviendront une ruine, sauveront une ame. Très écoutée au Palais, elle devait être assaillie de prières et de pétitions ; mais sa droiture et son intelligence la mettaient à l'abri des intrigants, elle n'intercédait que pour ceux qui lui paraissaient dignes de son appui. Et alors, il faut la voir à l'œuvre ! Fernan est une solliciteuse hors ligne, qui trouve du premier coup le mot juste, le trait qui provoque la sympathie, l'argument qui va au cœur et fait ouvrir la main. Sa correspondance est pleine de ces requêtes où l'art de demander prend des tours charmants et atteint souvent la perfection du genre. Voyez, par exemple, comment elle réussit un jour à intéresser Latour au sort précaire d'un ami, rien qu'en lui racontant
^34 IX. — fernXn caballero
sur son compte une petite histoire amusante. La lettre est en français et ses légères incorrections ne la déparent nullement : le naturel triomphe ici de la grammaire.
Il faut absolument que je vous fasse part d'une nouvelle qui me trotte de la tête au cœur comme une petite souris. Il s'agit de mon ami C... Il avoit une place; il étoit fort content, car il est modeste. La solde étoit de i8 piastres ; il en donnoit huit à un créancier ; il déjeunoit à la Fonda de Colon, callede la Luna, pour un real: son déjeuner se composoit d'une tasse de soupe. Son dîner, qui lui coûtoit 3 r", se composoit de soupe, olla, un principio et un postre. Il lui restoit un real pour le tabac à fumer. Gela alloit bien, il étoit content. Voilà un monsieur qui arrive de Madrid et lui enlève sa place, sa canongia I Que va-t-il devenir ? Il reste calme, se tait et espère en Dieu.
Arrive un domestique avec un jolit petit billet de femme élégante, a Où êtes-vous? où vous cachez-vous? Il y a six jours que je vous cherche. Venez, venez me voir, je brûle de vous embrasser. » G... court et se trouve bientôt dans les bras de sa bien-aimée nièce. « Tu es ici, ma petite chère Asuncion? — Oui, je suis mariée à un ingénieur qu'on a destiné ici. Je suis chez mon oncle. — Quel oncle ? — Mais votre beau-frère, le frère de mon père. — Et qui est ton oncle? — Mais le général G...; il sait votre triste situation; il va tout faire pour l'adoucir ; il va en parler à ce petit gouverneur qu'il ne peut souffrir. Il est si bon mon oncle!... Mais vous avez une cravate qui est déchirée ! Otez-la, je vais la coudre, la raccommoder. Envoyez-moi votre linge, j'en aurai soin. Je vous préviens, mon bien-aimé oncle, -que si vous m'arrivez avec une tache sur vos habits, je ne vous recevrai pas. Quand j'aurai ma maison, vous