‹ Etudes sur l'EspagneChapitre 128 sur 161 · QUESTIONS LITTÉRAIRES · texte numérisé non relu

QUESTIONS LITTÉRAIRES

^vec entrain au labeur quotidien, qui, surtout après la mort de son mari, consista en grande partie à écrire pour vivre, afin de s'assurer Texistence modeste, mais indépendante qu'elle voulait, s'étant refusée à rien demander à TEtat ni à sa famille. En i864, elle perdit même une petite pension , en vertu d'une mesure administrative assez arbitraire. Cet incident, bien loin d'abattre cette femme de soixante-huit ans, accrut son courage :

Me han quitado mi pension ; solo la disfrutaran a quel las cuy os maridos hayan servido i5 afios, medida justa si no fuese retroactiva. No me importa mucho. Amo la pobreza, no de imaginacion ni de palabra sino en realidad. No admit iré, no, las ofertàs 6 mas bien los ruegos de mi opulenta familia de indemnizarme. Greo que el que recibe, sea de quien sea, pierde su verdadera y noble independencia, y aunque nada tengo de libéral, la estimo mas que nada en este mundo. Gomo V. ha dicho muy bien, V. que es mi mejor amigo de corazon y literario, me veo prccisada à escribir para los periodicos literarios...

Et voilà qui nous amène à parler de sa littérature. Les questions littéraires, qu'elles se rapportent à ce qu'elle écrit ou à ce qu'écrivent les autres, tiennent une place prépondérante dans ce long commerce épistolaire et fourniront au futur historien de la littérature espagnole du XIX* siècle un trésor de renseignements précieux. Je ne veux que cueillir ça et là quelque indica-

Morel-Fatio. 111. — 22

338 IX. — fernXn caballero

tion, quelque pensée caractéristique, afin de donner une idée de ce qu'on y pouiTa chercher.

Fernân a souvent des vues justes et pénétrantes sur la littérature espagnole, en général, plus particulièrement, comme bien Ton pense, sur le genre qu'elle cultive à sa façon et voudrait marquer de sa marque ; et quand la passion religieuse ou politique ne domine pas son jugement, quand elle reste dans le domaine purement littéraire, comme elle saisit bien et définit heureusement certaines qualités ou certains défauts du génie espagnol I (( On peut bien dire ici de la poésie, ce qu'on dit de l'esprit à Paris, qu'elle court les rues. » Ou cette pensée vraiment profonde et si finement exprimée sur la passion qui se mêle, en Espagne, à tous les sentiments et parfois les dénature : (( En Espana hay siempre mezclado a los sentimientos algo de pasion que los desfigura y da otro caracler, como sones de una mùsica militar al canto sencillo del ruiseûor. » Ou encore cette remarque sur la difficulté qu'éprouvent les Espagnols à ne pas se guinder, à rester naturels en écrivant : (( Es cosa rara, pero lo mas dificil para los Espanoles es la naturalidad ; asi escriben mejor novelas historicas que novelas de costumbres. »

Elle-même se juge assez bien ; elle sait en tout cas très exactement ce qu'elle veut, ce à

LE ROMANESQUE ET LA MORALE SSg

quoi elle tend, et ne se dissimule pas les invraisemblances qu'on peut reprocher à tel de ses romans où certaines situations impliqueraient des dénouements autres que ceux que lui imposent ses tendances moralisantes ; d'autre part — on ne s'en étonnera pas — elle ne semble pas disposée à admettre que ses récits, à cause précisément de ces tendances et pour d'autres raisons encore, puissent paraître ennuyeux. Elle voulait être simple, — ((mi prestigio asi como mis gustos estan en la sencillez » — naturelle, vraie ; et, en effet, beaucoup de ses personnages qu'elle nomme à Latour sont des copies exactes d'êtres qui ont existé et qu'elle a connus. Jusqu'ici rien de mieux, et il est juste de dire qu'elle a atteint cette vérité, ce rendu, ou qu'elle nous oblige à y croire, nous en donne l'illusion. Mais elle voulait encore être « morale » , et alors son cas devient, littérairement parlant, plus compliqué et plus difficile à défendre ; car si en prétendant prêcher telle ou telle vertu, convertir le lecteur à ses idées, elle fausse un caractère ou arrête le développement normal d'un individu, elle cesse par là même d'être vraie et naturelle, au moins dans une certaine mesure. C'est ce qu'elle n'aime pas à reconnaître, quoiqu'elle le sente, peut-être. Ses concessions à la morale l'ont, à son avis, simplement privée

34o IX. FERNiN GABALLERO

d'effets dramatiques qui eussent rendu ses livres plus intéressants; mais ce sacrifice lui était dicté par sa conscience, elle ne le regrette pas. Voyez, par exemple, ce qu'elle dit à propos de Lady Virginia et de No transige la conciencia * :

Conozco que esta idea moral de respetar la inocencia evilando exponer un hecho que inevitablemente le abre los ojos, me pone muchas trabas, me quita recursos dramaticos, me fuerza, como en Ismena y Virginia, a sacrificar la donnée^ que me expongo à una justisima crîtica, y a pesar de eso, no me parece que debo sesgar. « Tus escritos huelen a limpios », me decia Ochoa en una epistola familiar que me escribia en el Heraldo, fîrmàndose El lector de las Batuecas ; no quiero desmerecer de este elogio. No hay literatura en lo serio mas casta que la espaîiola ; no quiero ser yo la que la modem ize eu olro sonlido...

El asunto de que se compone, — la nouvelle No trans'uje la conciencia — como el de casi todas, es un hecho cierto, complicado con un adulterio lo que lo hace mas drainatico é interesante. pero he sacrificado tan patético V romanesco incidente a la moral y a mi a fan de merecer sienipre para mis pobres escritos, en punto a estas cosas, su inmacaladidad (que terminacho !)...

Parfois, les critiques qui ne veulent pas entrer dans ses vues, qui feignent de ne pas comprendre ses intentions ou les comprennent mal, la mortifient et l'agacent. Toujours à pro-

I. Ces deux nouvelles ont paru pour la première fois dans la Reoisla de ciencias, lUeratara y arles de Scville ; la première, en 1857, ^^^^ lo tome IV; la seconde, en i856, dans le tome II.

Page 1