DERNIÈRES ANNEES
siasmado anoche Fernandez. a Que distincion y que talento en esa frase ! » decia de Gabriel, y asi contesto à V. a su pregunta : que nos hacemos ? Admirar a su sefiora de V., fie vous en déplaise.
Et lorsque très près de sa fin, elle envoie aux absents comme un dernier salut, d'une main bien lasse, mais d'une âme encore jeune et chaude, quel charme pénétrant et mélancoHque s'exhale de cet adieu !
Dé V. un millon de mlllones de carifios de mi parte a su y mi Fanny. Mi amistad es como el vino de Jerez, cl tiempo que por ellos pasa los mejora y da mas fuerza. — Los hermosos y antiguos ciprescs que estaban en los jardines cerca de las ventanas de sus habitaciones de V''* los han echado abajo, pero no hay nada ni nadie que pueda desarraigar la amistad que les profesa el corazon de su mejor amiga.
Fernan.
Mais Fernan ne serait pas Fernan si elle n'avait pas fait servir la poésie populaire, les délicieuses copias de son pays, à chanter comme au balcon sous le cœur de son ami. Un jour, pendant qu'elle tient la plume, une servante passe fredonnant un copia ; elle la transcrit sur un petit papier qu'elle glisse dans sa lettre :
La pena mas excesiva Que los condenados sienten Es aquella voz que grita :
Para siempre, para siempre !
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Puis elle ajoute, anxieusement :
No permita Dîos que nunca se pueda aplicar ese terrible fallo é nuestra ausencia !
Cet aperçu bien sommaire de plusieurs centaines de lettres de Fernàn Cabâllero à Latour, où j'ai seulement glané des bribes qui ne donnent qu'une faible idée de la richesse de l'ensemble, nous révèle quelque chose dont on pouvait se douter déjà depuis la biographie de M. Asensio ; c'est que chez Fernân la femme vaut mieux encore que l'écrivain. L'œuvre, j'entends ici essentiellement les romans, a des parties caduques et fanées qui ne revivront plus ; même ceux qui, à cause de leurs opinions politiques ou religieuses, sont le moins portés à déprécier ces livres, comme par exemple l'éminent P. Blanco Garcia*, doivent jeter du lest pour sauver ce qui, suivant eux, garde encore sa valeur des premiers jours. Je ne voudrais pas entamer ici de discussion et ne donnerai qu'une impression. N'ayant pas lu depuis trente ans de romans de Fernân Cabâllero, j'ai voulu, à propos de cette étude, en relire au moins un, choisi parmi les plus célèbres : cela m'a coûté des efforts avec quelques bâillements, et le mot de D.'Juan Valera (que les mânes de Cécile me
I . La Uteratara espanola en el siglo XIX, 2^ partie, Madrid, 1891, p. aSi et suiv.
LCEUVRE DE FERNÂN GABALLEllO 867
j)ardonnentI) m'est souvent revenu à la mémoire. Et, chose assez curieuse au premier -obord, mais fort explicable cependant, les parties du roman qui, -dans ma jeunesse, me semblaient insipides et que je sautais allègrement, ra'ont paru, au contraire, les plus supportables ; on pense bien que je veux parler des digressions morales. Le sermonear de Fernan me plaît parfois maintenant et j'y prends goût. Sans doute, c'est l'effet de l'âge, de mon âge à moi, puisque •aussi bien ce qu'il y a d'invention dans ces récits, le roman proprement dit, s'adresse plutôt à la jeunesse ou tout au moins a été, dans la mesure du possible, adapté à son usage ; peutêtre est-ce aussi l'effet de l'âge des livres dont les artifices de composition ont vieilli, tandis que certains détails accessoires et les réflexions de l'auteur piquent déjà la curiosité ; et, dans quelque cinquante ans, ces romans seront sans doute lus à titre de documents, parce qu'on y trouvera le reflet des idées et des préoccupations d'une époque; leurs moralités, qui coupent le récit et gênent encore un certain nombre de lecteurs, ces moralités qu'on pourrait marquer d'un astérisque comme dans les éditions du Gazman de Alfarache pour les distinguer de la partie narrative, acquerront alors toute leur valeur, car, remarquons-le, elles portent très souvent sur des
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travers, des tendances caractéristiques d'un moment précis de la société espagnole. On les lira encore pour le style de bonne qualité, pour le vocabulaire très riche et souvent ennprunté à ridiome spécial de l'Andalousie, pour la reproduction fort exacte dans les dialogues du langage de la conversation. A la vérité, les romans ne représentent qu'une des faces du génie de Fernân ; il y a en outre dans son œuvre de petites nouvelles, notamment les Cuadros de costumbres populares andaluces, plus réussies, à mon sens, que les romans, et, en tout cas, de digestion plus facile. Mais, par-dessus tout, il y a les transcriptions de récits et de chants populaires, ce qu'elle a pris aux humbles conteurs de son pays, ce qu'elle a cueilli sur les lèvres des aèdes andalous : en un mot, sa grande entreprise de divulgation du folklore espagnol, qui reste sa gloire la plus pure et son meilleur titre à notre reconnaissance. On a fait mieux, sans doute, depuis dans ce domaine: les Lafuente Alcântara, les Demôjilo, les Rodriguez Marin et divers autres ont beaucoup étendu l'enquête, ont pénétré dans des régions dont Fernân s'interdisait l'accès ; leur compréhension est plus Ubre et plus large, leur érudition spéciale plus précise et plus sûre. Fernân atténuait, choisissait ; ses continuateurs Uvrènt tout et ne cachent
LA FEMME ET l'ÉCRIVAIN 36q
rien : Fenfant a grandi, mais il est devenu moins sage. Néanmoins, l'initiative lui appartient, c'est bien elle qui, par son active propagande, son grand amour pour les manifestations ingénues de l'âme du peuple espagnol, a découvert ce parent pauvre, la littérature populaire, l'a introduit dans le monde, en le peignant un peu pour qu'il y parût moins gauche, lui a gagné des sympathies, lui a même ouvert une carrière et procuré de grands succès.
Et pourtant, malgré tous ces mérites, la femme, je le répète, est supérieure à l'écrivain ; plus on apprend à connaître Fernân dans sa vie, sa famille et ses amitiés, plus on admire cette nature vraiment haute et sincère, passionnée et tendre, et plus on l'estime. Dans ses livres, même là où elle intervient le plus directement et parle en son nom au lecteur, là aussi où elle prête à ses personnages ses propres idées et leur fait revivre ce qu'elle a vécu, elle ne se montre que sous un certain apprêt, et prend l'attitude d'un auteur devant le public qui le dévisage. Il faut donc la chercher ailleurs si l'on veut la voir et la comprendre jusqu'au fond de son être, et c'est précisément dans ses lettres familières où s'épanchent en toute liberté ses sentiments et ses passions, qu'elle nous apparaîtra ce qu'elle fut réellement. Là, dans le doux laisser aller
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SyO IX. FERN.CX CABALLERO
d'une correspondance intime, elle se livre tout entière, sans précaution ni réticence ; là, nous la saisissons à Timproviste, sans lui donner le temps de se composer, à chaque heure du jour,, sous le coup de tous les événements, de toutes les impressions qui ont marqué ses longues années de vie. Et si les lettres à La tour nous rendent le service signalé de nous mettre en contact immédiat avec cette âme d'élite, elles^ nous en rendent un autre non moins appréciable, celui de nous découvrir en Fernân une épistolière de premier ordre, un nouvel écrivain dont on ne soupçonnait Texistence que par quelques extraits d'autres correspondances. La femn>e est supérieure à l'écrivain, disais-je. Je me reprends et me corrige : l'écrivain, chez Fernân, quand il se confond avec la femme, reste spontané, naturel et n'obéit qu'au sentiment, sans rien concéder au voulu et à la littérature, l'emporte de beaucoup sur la femme auteur. Les lettres à Latour, qui sont une vraie révélation, vengeront sa mémoire de l'oubli où tombera infailliblement une partie considérable de son œuvre littéraire, et si, comme tout le fait espérer, une main pieuse se charge du soin de les publier, ces^ lettres la réhabiliteront en donnant à la riche littérature espagnole du xix^ siècle la Sévigné qui lui manquait encore.