MANZONI ET (( DON QUICHOTTE )) S'J
•grandemente il Cervantes », dice il Cantù del Manzoni, -<c 6 in quel suo capolavoro di sentimento, di buon senso, di allegria, notô le frasi, che sono identiche colle ancora vive del parlar milanese. Una lista, che me ne diede, io posi nel Milano e suo territorio. E mi scriveva : « Ho con- /segnato a Lorenzo Litta, da trasmettervi, le parole e frasi che ho raccolte dal Don Quijoie, alcune, corne papeletta, adeaî, borador e simili parole d'ufficio, e cosî tomates, meregian, stacchetta, tanteo, balandra, ci saranno ^tate trasmesse direttamente dai padroni ; altre probabilmente sono dal fondo comune délie lingue neolatine. È notevole il tejar nel senso d' aver finito di crescere. Servitevene a volontà. » Di fatto le più di codeste voci milanesi son davvero degli spagnolismi, e nell* averlo compreso il Manzoni mostrù quel certo fiuto naturale che aveva in linguistica e di cui è prova anche la sua etimologia di Casciago (Flechia, Nomi locali delV Italia ^uperiore, p. a 6-26). Ed è dunque prova to che lesse il Cervantes nel testo * .
Manzoni a donc lu le Don Quichotte, et il s'en ^st même souvent in spire, M. D'Ovidio le prouve ailleurs ; il Fa lu aussi, comme il nous le dit luimême, en linguiste, y notant les mots qu'il croyait retrouver dans son cher dialecte milanais. Voilà qui dénote une lecture attentive et qui a pu loger dans sa mémoire quelques parties du vocabulaire espagnol. Mais ce commerce assez intime avec le grand romancier castillan suffisait-il pour fournir à Manzoni les propos qu'il
I. Discussioni Manzoniane di F. D'OvidioeL. Sailer, Gitlà di <!laste]lo, 1886, p. 31 5.
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met dans la bouche du grand-chancelier, propos ù bâtons rompus, expressions familières dont, naturellement, il ne trouvait pas la teneur exacte chez Cervantes? J'hésite un peu à le croire- Reste donc qu'il a dû faire appel a quelque Espagnol de Milan ou d'ailleurs. Mais ici surgit une difiiculté. Le langage de Ferrer n'a pas la marque du langage famiUer de nos jours, ou ne l'a qu'imparfaitement; un collaborateur espagnol de Manzoni ne lui aurait pas indiqué certaines locutions, sinon tout à fait impropres, au moins peu usuelles et qui témoignent d'une certaine gaucherie dans le maniement de l'idiome. On objectera que Ferrer n'est plus qu'un demi-Espagnol, un Espagnol transplanté ; des recherches de M. Petrocchi ressort, en effet, que, lorsqu'éclata la révolte. Ferrer occupait la charge de grand chancelier depuis neuf ans déjà ; il devait parler habituellement itaUen, tout en mêlant dans sa conversation beaucoup de mots des deux langues, et il semble bien que Manzoni ait cherché çà et là à nous donner l'impression d'une sorte de jargon hybride. Toutefois, quand il s'adressait à des Espagnols, notamment au cocher Pedro, Ferrer, cela est évident, ne pouvait se servir que de mots strictement espagnols et de l'usage le plus courant.
A la seconde question que je posais tout à
l'espagnol a milan au xvii" siècle 377
l'heure : Manzoni a-t-il aussi, dans ce passage de son Kvre, prétendu faire de l'archaïsme, je ne saurais non plus répondre sans quelque hésitation. En général, et sauf de rares exceptions, les personnages du roman parlent la langue de nos jours; il n'entrait pas dans les vues de Manzoni ni dans sa conception du roman historique d'imiter jusqu'au langage de l'époque qu'il s'efforçait de ressusciter et de décrire : pourquoi se serait-il écarté ici du plan qu'il s'imposait ailleurs ? Le rôle rempli par Ferrer, à vrai dire, et sa qualité de magistrat de haute catégorie, de représentant de la Majesté Cathohque, justifiaient, semble-t-il, un parler rappelant au moins l'usage du xvii'' siècle, et si l'espagnol du chancelier ne péchait que par quelques tournures tombées aujourd'hui en désuétude, il njy aurait certes pas lieu d'en vouloir à Manzoni. En fait, je ne trouve pas d'archaïsmes dans les paroles prononcées par Ferrer ; je n'en trouve pas assez pour mon goût, et il est même telle de ces paroles qui choquera, je le crois, quiconque se sent comme transposé dans ce milieu milanais de la domination espagnole et se souvient de certaines formules employées par les maîtres de l'Italie d'alors.
Une particularité de l'espagnol de Manzoni, qui peut surprendre à première vue, mais qui
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s*explique dès qu'on songea la part que la France a eue dans son développement intellectuel, sont les gallicismes qu'on y relève, des fautes qu'un Français ferait assez naturellement en parlant castillan ; et cette particularité-là pourrait faire douter qu'il ait eu recours, comme je le supposais tout à l'heure, à un Espagnol possédant a fond la langue de son pays.
Voyons, maintenant, le thème espagnol de ManzoniV Je rappellerai d'abord la scène décrite par le romancier. La foule, ameutée autour de la demeure du vicaire, en a commencé le siège; la porte, barricadée, ne tardera pas à être enfoncée, et une longue échelle, qu'on s'apprête à dresser contre le mur de la maison, va permettre de l'envahir par les fenêtres. Tout à coup, un mouvement se produit dans la foule ; les assaillants s'arrêtent, des voies crient : c( Ferrer! Ferrer I » C'est le grand-chancelier qui s'approche, le grand-chancelier qui avait pris sur lui de taxer le pain, qui s'était décidé à sacrifier momentanément les intérêts des boulangers pour
I. En publiant la première fois dans le Bullelin italien de Bor- •dcaux (no de juillet-septembre 1901) ce « corrigé », je ne m*étais pas enquis des traductions espagnoles des Fiancés. Plus tard, j'ai pris connaissance de la traduction qui passe pour la meilleure, celle de Juan Nicasio Gallego (réimprimée dans h Biblioteca clâsica"). En général, les tournures que j'avais jugées incorrectes ont été modifiées par Gallego. Sa version nous servira de contrôle.