SENS DU MOT (( MIQUELET
Le vicaire, dans son coin, ne pense qu'au •danger de mort qu'il a couru et auquel il a si lieureusement échappé. « On ne m'y reprendra plus, )) se dit-il, il n*a qu'une idée, se cacher au fond d'une retraite ignorée. Mais Ferrer n'admet pas qu'un fonctionnaire quitte son poste et se dérobe à ses devoirs ; il lui répond avec quelque sévérité : « Usted farà quello che sarà piii conveniente /)or el servicio de su magestad. » Encore ici, para vaudrait mieux, et peut-être l'emploi de por est-il un nouveau gallicisme ^ .
Pour achever ce « corrigé » de Manzoni, il ne me reste plus qu'à parler du mot micheletti, -dont il s'est servi pour désigner les soldats espagnols entre lesquels passe le carrosse du grandchancelier ; ces miquelets sont un anachronisme •qui fait un assez drôle d'effet. Au temps de Manzoni, les miquelets représentaient une certaine gendarmerie, et le romancier, qui connaissait le mot par les récits des guerres de l'Empire, a pensé qu'il en avait toujours été ainsi et qu'il pouvait appliquer ce terme à la garde espagnole des gouverneurs de Milan ; mais, au xvn® siè- -cle, les miquelets étaient tout autre chose, ils étaient même le contraire d'une gendarmerie.
Le mot, comme sa forme l'indique, est catalan;
I. Gallego : Usted... harâ lo que mas convenga al servicio de S. M.
388 X. — l'espagnol de manzoni
et ce fut pendant la révolution de Catalogne, eu i64o, que ces miquelels, enfants perdus, volontaires recrutés parmi les paysans catalans, commencèrent à faire parler d'eux. Melo nous les décrit et propose une explication du sobriquet qu'on leur donna: ce Eran... los Michelèts al principio de la guerra la gente de mayor confiança y valor ; bien que sus companias no pare-, cian mas de una junta de hombres facinorosos, sin otra disciplina o ensenança militar que la dureça alcançada en los insultos, terribles por ellos a los ojos de los pacificos : tomaron el nombre de MicheletSy en memoria de su antiguo Michelot de Prats, companero y complice del duque de Valentinois y sus hechos, hombre notable en aquellos tiempos de Alexandro VI y don Fernando el Catolico en la guerra de Napoles. Antes fueron Uamados Almugavares, que en antiguo lenguaje castellano, 6 mezcla de arabigo, dice gente del campo ; hombres todos platicos en montes y caminos, y que profesavan conocer por sefiales cierlos, aunque barbaros, el rastro de personas y animales*. » L'étymologie proposée par Melo n'est pas appuyée par tous les historiens contemporains ; Fun d'eux croit que le mot rappelle le saint sous la protection duquel
I. Historia de los movimientos y separasion de Calaluhay éd. de Lisbonne, 1696, fol. 90.