DE PUNTA EN BLANCO
d'armé d'armes blanches, comme en témoignent ces deux articles de La Curne de Sainte-Palaye :
Armé en blanc, ou en blanc, se disoit d'un guerrier qui n'avoit sur ses armes aucune espèce d'ornement, comme dorure ou peinture...
Armé à blanc se disoit encore des chevaliers qui, voulant demeurer inconnus, n'avoient sur leurs armes aucune marque ou armoirie qui les distinguât. G'étoit un usage consacré parmi ceux qui ne vouloient prendre des armoiries qu'après des faits éclatants dont la nature devoit déterminer les pièces qui entrcroient dans leurs blasons. On voit, dans les Annotations de l'Ilist. du chevalier Bayard, qu'Antoine d'Ars, chevalier dauphinois, est nommé le chevalier blanc, parce qu'il porloit ordinairement des armes blanches, etc. *.
Il me paraît que les deux expressions armado en hlanco et armado de punta en blanco sont indépendantes Tune de l'autre, et que dans la seconde, le mot blanco est, non j^as adjectif, mais substantif et signifie le blanc de la cible. A prem'ière vue, sans doute, cette acceptation semble ne pas cadrer très bien avec le sens de « pied en cap », qu'on reconnaît maintenant à de punla en blanco, car si punta peut désigner le chef, blanco s'appliquerait assez mal au pied. J'estime donc que le sens « de pied en cap » est secondaire, et que de punta en blanco s'est employé d'abord exclusivement pour rendre l'idée
I. Dictionnaire historique de l'ancien langage français, x*^ blanc.
(lu français « de but » (ou anciennement ce de hutte) en blanc ». Govarruvias '^Tesoro, y'^blancoj donne de notre formule un emploi figuré qui nous met sur la voie : (( De punta en blanco me dixo que no era assi ; vale sin rodeo ninguno y como hombre apercibido y armado para impugnarme ; me dixo libremente. » Dans cet exemple, nous avons l'équivalent du français (( de but en blanc », au figuré, et nous l'avons aussi dans le passage suivant d'une lettre d'Antonio de Guevara : « Desobedecer al Rey por cumplir con la ley, 6 quebrantar la ley por obedecer al Rey, cosa es que se hace, aunque no se debria hacer ; mas de punta en blanco osar desobedecer al Rey, y atreverse a quebrantar la ley, téngolo por liviandad, y aina diria que por necedad*. » Reste à trouver l'emploi au propre, le sens de « tirer droit dans le blanc ». Il nous est fourni encore par le même Antonio de Guevara : (c Destierro que tan facilmente os ha sucedido, a lâgrimas y dineros le habiades de haber comprado, pues os ha sido ocasion a que no solo emendasedes el avieso, mas diésedes en elhito de punta en blanco^, »
Ainsi on a dit d'abord dar (ou tout autre
I. Epistolario espanol de la Bibl. Rivadeneyra, t. I, p. 196 ^ 3. Ibid., t. I, p. 176 ».
SENS DU MOT (( NACi6n )) 433
verbe exprimant Taclion de tirer) de punta^ en blanco, puis la formule s'est employée isolément dans le sens de « directement, tout droit » et au figuré de (( ex abrupto », et enfin, unie à armar, elle a servi à mesurer d'une de ses extrémités à l'autre le corps de l'homme armé, la totalité de l'armement: a de pied en cap. »