‹ Etudes sur l'EspagneChapitre 16 sur 161 · I. Crônicade D. Fernando IV, fol. XXXVlvo (R. p · texte numérisé non relu

I. Crônicade D. Fernando IV, fol. XXXVlvo (R. p

l'infant don JUAN 3']

De Fàutre oncle, du propre oncle de Ferdinand, rinfant D. Juan, frère cadet de Sanche IV, Tirso a fait un véritable scélérat. Par trois fois dans la pièce il trahit et le roi et la reine, perpètre un crime abominable, et manifeste en toute occurrence les instincts les plus pervers et les plus bas. Sans doute le portrait est poussé au noir, le poète a chargé le prince de plus d'infamies qu'il n'en a commises et il a donné à celles qu'il invente, — l'empoisonnement du roi, par exemple, — quelque chose de particulièrement odieux et qui passe un peu la mesure. Toutefois, s'il exagère, s'il force le trait, il ne dénature pas l'ensemble de la physionomie ; surtout, et c'est là l'essentiel, il ne s'écarte pas de la tradition. Pour tout Espagnol, la mémoire de rinfant demeurait et demeure encore chargée d'un forfait exécrable, du meurtre, sous les murs de Tarifa et dans les circonstances que l'on connaît, du fils du Guzman, défenseur de la place ; tout Espagnol voyait et voit encore le geste héroïque du père lançant par-dessus les créneaux de la ville le couteau qui doit servir à égorger son fils. L'incident fait partie du petit trésor de souvenirs patriotiques qui appartient vraiment à toute la nation, aux lettrés comme aux incultes : il a classé l'infant parmi les grands traîtres et les grands criminels. Un poète peut

donc allribuer à Tinfant D. Juan toutes les abominations qu'il voudra, il restera dans la vérité morale, il ne blessera pas le sentiment public, bien au contraire. Tout au plus pourrait-on reprocher à Tirso d'avoir rendu ce prince trop uniformément mauvais et méchant, de n'avoir pas assez nuancé ce caractère d'ambitieux sans scrupules : au point de vue de l'art, il a peint un peu gros.

Les grands vassaux sont représentés dans la chronique royale par un Haro et un Lara. Tirso n'a gardé que le premier, D. Diego Lôpez de Haro, seigneur de Biscaye, ou tout au moins prétendant fort sérieux à la possession de cet Etat et dont la conduite, dans les démêlés de la minorité de Ferdinand IV, n'eut d'autre objectif que la reconnaissance de ses droits sur le sefiorlo\ Le Lara, D. Juan Nunez, qui participa, tantôt avec un des oncles, tantôt avec l'autre, à je ne sais combien de complots, de négociations tortueuses ou de révoltes ouvertes, eût compliqué inutilement le drame : Tirso l'a relégué parmi les « seigneurs sans importance » ; il le nomme D. Nuno et lui adjoint un D. Alvaro, autre membre de la même famille.

I . Une notice sur ce dix-sepliènae seigneur de Biscaye se lit dans les Noticias histôricas de las très provincias vascongadas de Llorente, Madrid, ï8o8, t. V. p. 474.

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