SCÈNE DES PRÉTENDANTS
Les épisodes qui forment la trame de la pièce et où interviennent les trois personnages principaux, D. Enrique, D. Juan et D. Diego de Haro, ou bien dérivent directement de la chronique qu'ils reproduisent en forme dramatique, ou bien procèdent d'autres sources, ou encore sortent de l'imagination du poète. Voyons d'abord les épisodes historiques.
La première scène du premier acte est la rencontre des trois personnages en question qui s'avouent prétendants à la main de la reine veuve ; ils se font la confidence de leurs droits et de leurs espérances ; ils les discutent. En réalité, aucun des trois n'a jamais aspiré à devenir le mari de la reine — ou du moins n'a publiquement affirmé cette prétention, — mais la scène n'en reste pas moins à peu près historique, parce qu'elle en rappelle une autre très analogue qui eut lieu en effet et qui certainement a inspiré Tirso. Lorsque, peu de temps après l'avènement de Ferdinand, on put craindre une alliance dirigée contre le jeune souverain des rois d'Aragon, de Portugal, de Grenade, du prétendant Alphonse de la Cerda et d'autres grands vassaux, l'infant Henri, obligé par ses fonctions de tuteur de prendre, au moins pour la forme, la défense de son pupille et de protéger la couronne, exposa la situation à la reine, lui fit va-
4o II. (( LA PRUDENCE CHEZ LA FEMME ))
loir en la flattant délicatement qu'elle était trop jeune pour rester veuve et lui proposa un mariage avec Finfant D. Pedro d'Aragon qui eût réduit l'hostilité de ce royaume. La reine, que cette proposition révolta, répondit en termes empreints d'une vertueuse indignation :
Y la reyna dona Maria respondio que entendia muy bien quanto el dezia que todos estos eran contra el rey, mas que sabia Dios que rescibia el rey su hijo e ella muy grande tuerto, tambien del rey de Aragon como del rey de Portugal y como de los mas de los reynos, pues que eilos con gran tuerto eran contra el rey don Fernando su hijo ; que fiava ella de la merced de Dios que el le ayudaria a que ella pudiesse hazer por lo heredar y porquc el reynasse, que todo lo haria. Y el infante don Enrique respondio que todo lo dezia muy bien y que la razon era esta que ella era muger manceba y que el infante don Pedro de Aragon le avenia a su casamiento de ella, y que si ella se casasse con este infante don Pedro, queluegoel haria tornar todos los Aragoneses que avian entrado con don Alonso aca en la tierra, y que le aconsejava que lo hiziesse. que en las otras tierras, quandolas reynas fmcavan mancebas biudas assi como ella era, que se casavan, y diole en esto exemplo de muchas. Y dezia que devia ella hazer esto y al que quier que pudiesse porque reynasse el rey don Fernando su hijo. Y la noble reyna dona Maria le respondio que se maravillava mucho del como el hablo en aquclla manera con ella, aviendo el deudo que avia con ella, y que non avia el por que le dar exemplo de las reynas que hazian mal. ca tomaria ella exemplo de las que hazian bien, y hizieron bien, que fueron muchas senaladas del su linaje y que fmcaron con sus hijos pequenos y que les ayudara Dios. E dixo que SI ella iuesse cierta que, por hazer ella maldad, avria el