‹ Etudes sur l'EspagneChapitre 20 sur 161 · LE ROI HENRI III ET SES VASSAUX · texte numérisé non relu

LE ROI HENRI III ET SES VASSAUX

les versions de Garibay et de Mariana. Le roi, rentrant de la chasse, trouve à peine de quoi manger ; son dépensier avoue qu'il n'a plus rien et que même il a déjà dû emprunter sur gages. Colère du roi, qui se dépouille de son manteau et envoie quérir, en échange, deux épaules de mouton qui, avec les perdrix qu'il a tuées, lui feront son souper. Cependant, les grands se donnent une bonne vie. Réunis un soir à Burgos, en un banquet, ils évaluent dans la conversation leurs rentes et leurs bénéfices. Henri, qui, déguisé, avait assisté au festin et entendu leurs paroles, les convoque le lendemain en son château, sous prétexte de leur donner lecture de son testament. Les grands, rarclievéque de Tolède en tête, se rendent dans la salle où Henri apparaît, Tépée à la main. A la question qu'il leur pose : « Combien de rois avez-vous connus en Castille? » chacun répond, qui deux, qui trois, qui quatre, suivant son âge. « Hé bien ! dit Henri, comment expliquez- vous que moi, si jeune, j'en aie connu plus de vingt, et que vous plus âgés vous en ayez connu si peu ? » Stupéfaction générale et silence. Alors le roi reprend : a Oui, plus de vingt, car chacun de vous ici est le roi et dévore mes rentes, à ce point qu'il ne me reste rien pour ma dépense. » Puis il appelle des gens d'armes et le bourreau

!\[x II. «LA PRUDENCE CHEZ LA FEMME ))

armé de son glaive. Terrifiés, les grands se jettent aux pieds du roi, qui, après les avoir ainsi réduis à avouer leurs rapines, leur pardonne à la condition qu'ils lui livreront leurs châteaux. La plus ancienne version de cette jolie anecdote est celle du Sumario de los reyes de Espaha (xv° siècle), mais elle a été reproduite dans le Compendio historial d'Estéban de Garibay (Anvers, 1670, t. II, p. 1087), dsins VHistoria de Espafîa de Mariana (livre XIX, ch. xiv) et dans le De Rege (livre III, ch. vu) du même auteur. Seule la scène du deuxième acte, à vrai dire, reproduit exactement les péripéties du récit qui vient d'être analysé ; mais il me semble que celle du premier acte aussi a dû être écrite par Tirso alors qu'il était déjà dominé par le souvenir de la tragi-comédie de Burgos.

A la chronique royale se rattachent de nouveau plusieurs scènes du troisième acte, où l'on reconnaît sans peine d'ingénieux développements de quelques phrases de l'annaliste, de mentions brèves et sèches dont le poète fait jaillir toute une situation : les chasses du roi ; les tentatives de D. Juan et de ses acolytes pour éloigner Ferdinand de sa mère, lui inspirer des soupçons sur la vertu de la reine et l'administration des rentes de l'Etat pendant la minorité ; les complots et les pactes signés par les compHces : tout cela se

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