LES COMPTES DE LA HEINE MARIE
retrouve, mais mêlé à beaucoup d'autres incidents, chez le chroniqueur. Le morceau capital de cette dernière partie du drame a une fort belle allure. La reine, accusée de malversations par D. Juan, soupçonnée ou tout au moins faiblement défendue par son fils, vient elle-même rendre sescomptes, ce qui lui fournit l'occasion de tout dire ouvertement, d'étaler les preuves de 1 infamie de ses accusateurs, de faire tourner à leur confusion un procès où ces traîtres espéraient la voir succomber. Tout entière dans la chronique, la scène ne demandait qu'à être transposée sur le théâtre où elle produit un grand effet. Tirso l'a peut-être inutilement compliquée d'un artifice assez puéril qui consiste dans la présentation au roi d'un papier signé par D. Juan et ses conjurés et que l'infant avait eu l'imprudence au moins singulière de laisser entre les maiiLs de la reine ' : ce papier établit aux yeux des persoinies présentes la trahison de l'infant et couronne le triomphe de Marie de Molina.
1. A la vérité, le point de départ de cette complication existe chez le chroniqueur qui nous conte que le roi, l'infant D. Juan et D. Juan Nufiez de Lara conclurent une alliance contre la reine, D. Enrique et Diego de Haro, et la scellèrent par une charte (e fizieron dello carias) , et que la reine, malgré les précautions qu'ils prirent, eut connaissance de cette charte dont ellç se servit peu de tBmps après pour confondre son fils et le ramener à elle (Cro'nica de D. Fernando I\\ éd. Rivad., p. 136'' et i27«).
/JG ir. « LA PRUDENCE CHEZ LA FEMME ))
Voici le récit qui a tant profité au poète dans cette partie de son drame et qui lui a fourni aussi d'autres détails qu'il a habilement utilisés. Pour abréger, je ne le reproduis qu à partir de Tendroit où l'infant don Juan et Juan Nunez de Lara persuadent Ferdinand de réclamer à sa mère les joyaux du roi Sanche.
Y dixeronle que fuesse a la reyna y que le demandasse las sortijas que fueron del rey su padre y que hallaria(n) que las non ténia la reyna y que las auia dado a otro. Y dixeronle que lo fuesse a prouar y si hallasse como ellos dezian que hiziesse lodo lo que ellos le aconsejauan en la reyna y en la infanla. Y el otorgolo luego assi y fue luego a la posada de la reyna y demandole las sortijas que fueron del rey su padre : y la re^na non sabiendo la intencion con que el yua, mando Uamar a una su camarera, que dezian Maria Sanchez, y mandole que truxessé luego aquellas sortijas, y traxo la camarera las sortijas todas que fueron del rey su padre y otrosi las que eran de la reyna mesma, y ella mando gelas dar todas. Y quando el rey las vido, mudosele el coraçon del entendimionlo que traya y fue entend iendo que era mal consejo el que le dieran de lo que hiziesse contra la reyna su niadro v a la infanta.
\ dosquo ellos \ieron que por estas maneras non pudieron al rey nieter que hiziesse desaguisado contra la reyna su madré» calaron al rev otra carrera y dixeronle que en los anos passados en cada uno hurtara la reyna al lloN qualro cuenlos. > que assi gelo mostrarian por cuenta. \ respondioles que non parecia bien en demandarle cuenta, y ellos respondieronle que pues este non queria, que ellos le mostrarian carrera como lo pudiesssc siiher, N el dixoles que lo haria ; y ellos dixeronle que