III. DON A MARINA DE ARAGON
des cœurs humains, des désirs mêlés à des soucis. Puis, après une allusion (( aux rois ses ayeux » , le poète évoque quelques idées tristes : la haine, les destins contraires, l'animosité des méchantes langues fel rencor de las lenguas maliciosaSy qui semblent indiquer que Marina, plusieurs années avant sa maladie et sa mort, avait Q\\ à soulTrir douloureusement dans ses affections, n'avait point vu se réaliser ses rêves de jeune fille.
L'autre épître, dont le sujet est « la fondation de Venise », débute très agréablement. Mendoza trouve un moyen gracieux d'expliquer pourquoi il s'adresse à Pena et non directement à sa maîtresse ; il se compare au pauvre pèlerin de Rome ou de Compostelle, qui, uniquement préoccupé d'atteindre le terme de son pénible voyage, n'a d'yeux que pour le sanctuaire dont l'édifice se détache comme un point lumineux au milieu de la ville ; il s'approche, mais, saisi de confusion et de honte, il n'ose chercher la grande image ; il s'arrête devant une moindre, la première qui s'offre à ses regards, et il adore de loin les autels. « Tel moi, » dit Mendoza, « pénétré de la valeur de votre maîtresse, je me contente, dame Pena, d'être entendu devons. » Ces quelques tercets, inspirés par un sentiment vrai, disent bien ce qu'ils veulent dire et font image ;
l'élégie sur la mort de marina ()3
ils comptent parmi les meilleurs qu'ait jamais écrits ce fin lettré :
El pobre peregrino, quando \iene A Roma o a Santiago en romeria Por voto expresse o devocion que liene, Va entre si discurriendo por la via La gloria, religion y pïedad Del proposito santo que le guia.
No le mueve grandeza de ciudad ; Las casas o dineros o manjares No le hazen mudar de voluntad.
Llegando, se présenta a los lugares Sagrados y de mas veneracion, Dende lexos adora los altares ;
Porque siendo de humilde condicion.
Ni se atreue ni puede, ya que quiera, Offrecer mas decerca su oracion.
Escoge en las imagenes de fuera Una para rezar lo que le plaze, Indigno de tocar a la primera...
Pues vo, senora Peiïa, etc.
Le reste n'a plus rien de commun avec Marina : D. Diego ne pense qu'à amuser ses deux lectrices par un tableau assez fantaisiste de l'histoire de la fameuse république, où les incidents célèbres, tels que le sposalizio du Doge avec la mer et les détails piquants de la festa délia Sensa, comme on disait à Venise, tiennent une grande place.
Quand Mendoza écrivit-il son In Memoriam ?
L'élégie « en la muerte de D* Marina de Aragon »
94 m. DONA MARINA DE ARAGÔN
ne contient rien qui permette de la dater avec quelque précision ; il est probable qu'elle est du même temps que le sonnet de Gonzalo Pérez.
Outre le mérite de la forme, qui, comme il a été dit, est réel au moins dans quelques parties, cette pièce en a d'autres ; elle est la seule qui nous initie à la vie intérieure de Marina, qui analyse ses sentiments, qui précise les traits de son caractère, qui éclaire un peu, quoique trop faiblement encore, les causes de ses peines et de ses maux. Surprise par la mort au moment de son complet épanouissement, dans la fleur de sa beauté,
En el colmo, en la flor de her mesura De arrcbatada muerte salleada,
Marina a été aussi pleurée qu'elle avait été adu~ lée pendant le peu d'années qu'il lui fut donné de vivre :
Fuiste, doiïa Marina, tan llorada Quanto el poco que en esta luz viviste Tu vida merecio ser alabada.
(( Qui fut plus admirée et plus servie, qui le mentait mieux, qui en fît jamais si peu de cas.^ » La mort impitoyable fut soudaine, inattendue :
Te arrebalo delanle nuestros ojos En el lienipo que menos lo pensasle.