‹ Etudes sur l'EspagneChapitre 48 sur 161 · DESCRIPTION DES GRACES DE MARINA · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DES GRACES DE MARINA

Et cette vie de peu de jours, si cruellement interrompue et brisée, suggère à Mendoza la comparaison maintenant rebattue — qu'un poète de nos jours éviterait ou qu'il chercherait au moinsà renouveler par quelque trouvaille d'expression — de l'épi moissonné dans sa fleur, de la jeune pousse trop tôt coupée par une main imprudente, mais qui, au temps de Mendoza, caressait Toreille novice des Espagnols non encore rassasiés des adaptations italiennes ou de l'imitation de la j^oésie classique :

Si el trigo no es maduro en el arista.

No corta el segador la mies en berza Antes de la sazon venida y vista.

No pone en verde rama, aunque se luerza, La hoz antes de tiempo el horlelano.

Hasta que se endurecc y loma fuerza.

Dans les tercets suivants, il s'applique à décrire les grâces captivantes de la jeune fille, à peindre les nuances délicates de sentiment qui apparaissaient dans sa conversaciôn. Elle a une façon douce de décourager (manso desengaiïo) les trop entreprenants qui les oblige à l'aimer, malgré qu'ils aient perdu tout espoir de l'attendrir; elle sait guérir les blessures que son simple aspect a causées. L'âme, l'allure et les pensées restent dignes du grand Ugnage dont elle descend. Mais a quoi bon invoquer l'histoire et rap-

96 m. DONA MARINA DE ARAGON

peler le souvenir de tant de rois? Ce serait faire fort à ses mérites propres. « Quel abandon dans sa parole et quel à-propos ! Quelle clairvoyance , quelle sagesse, quelle simplicité ! On eût dit <[u'elle montrait son cœur ouvert. »

; Que descuido en la habla, que concierto :

Que aviso, que prudencia, que llaneza !

Parecia inostrar el pecho abierto.

(( J'ai quitté mon pays. » dit Mendoza, ce le cœur triste, pour cliercher au loin plus de gloire, plus d'autorité : mais le destin a tellement coupé les ailes de mon ambition que je me sens vaincu. J*aurais mieux fait de suivre tes traces, de me contenter d'une plus modeste existence, de ne pas te considérer comme le couronnement suprême d'autres efforts, mais de réaliser en toi seule mon bonheur. »

Sali triste de mi oaturaleza A buscar en provincias apartadas Mavor repulacion, ina\or grandeza.

Tienennie ahora los hados tan cortadas De la gloria las alas que me canso ; Mejor tuera parar en tus pisadas,

Correr con la fortuna bajo v manso ^ no tomar * por fin merecer verte, Mas en verte poner tin v descanso.

A les pi^ndi^ ù la letti-e. ces tercets signifient

I. l*e texte de Knapp, au lieu de tomar, a temer, qui ne donne aucun sens.

Page 1