PANÉGYRIQUE DE MARINA
que Mendoza avait vraiment aimé Marina et avait pensé l'épouser. « Heureux ceux qui, groupés autour de toi, t'ont aidée à franchir le terrible pas!... Heureux celui dont tu pris congé, qui entendit les paroles que tu prononças et à qui en mourant tu dis adieu ! Tu as souffert des peines sans fin, tu n'as vécu que peu d'années de vie, tu as lutté incessamment contre ta destinée, rien de ce que tu désirais ne l'a réussi. »
Infinitos trabajos, pocos dias, Gontino contrastar con la fortuna Y salirte al rêves quanto querias.
a. Née sous un astre favorable, les gens t'adoraient comme une déesse, fortune à toi seule réservée. Les autres femrhes qui t'observaient s'efiforçaient de le ressembler, mais sentaient bientôt l'inutilité de leurs efforts et s'en étonnaient... L'Espagne entière a pris le deuil en apprenant ta mort, et jamais l'Ebre n'a tant crû par les pluies et les neiges que lui envoient ses montagnes que par les larmes que nous y avons versées. » Mendoza souhaiterait que l'art pût reproduire l'image de Marina et la fit en quelque manière revivre. Espoir vain : qui y réussirait .^ Ni couleur, ni pierre, ni métal, ni génie ne pourrait atteindre ce degré de perfection ; et, d'ailleurs, (( bien fou celui qui prétendrait ren-
Morel-Fatio. III. — 7
gS III. DONA MARINA DE ARAGON
dre la vie dans ce monde terrestre à celle qui dans Tautre jouit de la vie éternelle ! »
j cuidado de loco perenal, Querer en este siglo dar la vida A quien vive en el otro va inmortal !
L'élégie se termine en fait ici ; il eût mieux valu que Mendoza ne l'amplifiât pas de cette digression oiseuse sur Orphée qui affaiblit Finipression du morceau et éteint le lyrisme de bon aloi qui jusqu'alors avait soutenu le poète et lui avait inspiré des accents dont on ne saurîxit nier la sincérité ni l'éloquence. Savoir finir est un art qui n'est pas commun chez les poètes espagnols ; on peut leur appliquer en général ce que disait Graciân: « Todo se les va a algunos en començar y nada acaban ; inventan, pero no prosiguen... impaciencia de ânimo, tacha de Espafioles. »
Que conclure de tout ceci ^ Certaines expressions de l'élégie, je l'ai remarqué déjà, accusent de la part de Mendoza une affection plus que respectueuse, un attachement très réel et des regrets cuisants de s'être, à un moment de sa vie, éloigné de la jeune fille, d'avoir sacrifié à ses rêves ambitieux les années qu'il aurait dû consacrer à l'aimer et à la servir. C'est ce qu'on peut croire ; mais il faut aussi se méfier du style