‹ Etudes sur l'EspagneChapitre 54 sur 161 · De rébus gcstis, etc., fol. aaS · texte numérisé non relu

De rébus gcstis, etc., fol. aaS

LE CARDINAL -ARCHEVÊQUE JUAN TA VER A Il5

posita, quam modo intellexissel, ornate et copiose, et incredibili quadam suavitate disserebat*. )) Cela étant, il ne serait point surprenant que ses collègues l'eussent choisi pour souhaiter la bienvenue au prince Philippe et composer à cette occasion une sorte de divertissement littéraire, destiné à reconquérir au profit de l'Université les bonnes grâces du cardinal-archevêque Juan Tavera.

Ce personnage, outre ses fonctions archiépiscopales, remplissait celles de Grand Inquisiteur, et Charles-Quint l'avait investi, au moment de partir pour les Pays-Bas, en octobre lôSg, de la charge de gouverneur des royaumes de Castille et de Léon : Tavera se trouvait donc à la tète de l'administration et du gouvernement, il remplaçait l'Empereur. En partant, Charles- Quint lui ordonna d'habiter le palais royal avec le prince Philippe et lui laissa des instructions avec les pleins pouvoirs qu'il avait coutume de laisser à l'Impératrice. Pendant les deux années que dura cette régence, nous dit son biographe, Pedro de Salazar y Mendoza, le cardinal ne sortit pas une heure de son diocèse ; il séjourna toujours soit à Tolède même, soit à Alcalâ, soit à Madrid ou dans quelques autres localités de

I. De adscrenda Ilispanorum eruditioney dans Alph. Garsiae Matamori Opéra omnia, éd. de Madrid, 1769, p. 54.

Il6 IV. UNE COMÉDIE DE COLLÈGE

rarchevêché *. Ayant auprès de lui et sous sa garde le Prince héritier de la couronne, qui avait alors une douzaine d'années, on conçoit qu'il ait eu Tidée de lui montrer l'un des plus grands centres d'études de l'Espagne, la splendide fondation de Cisneros. J'ai dit plus haut que la visite pouvait se placer en ibSg : j'ajouterai ici qu'elle eut lieu, en tout cas, après la nomination de Tavera au poste de gouverneur des royaumes, qui est du commencement d'octobre, et, comme l'indique un passage de Y Aie relegata, très peu de temps après cette nomination : « Nostine, » dit Minerve à Mercure, ce virum notissimum omnibus, merito suo praesulem optimum archiepiscopum Toletanum, qàem modo Caesar regni summae praefecit » ? A la rigueur, le Cardinal et le Prince ont pu ne venir ensemble, pour la première fois, à Alcalâ, que dans les premiers mois de i54o, et nous savons qu'ils y sont venus en effet, à cette époque, par une lettre du précepteur du Prince, Juan Marlinez Siliceo, datée du 19 mars i54o, où ce dernier i^nd compte à Charles-Quint des progivs du ix)yal élève :

En lo que toca â la enseûanza dd Principe, digo que en latin va niucho adelantado, v antes de medio afio.

1. Chronico tie el cnn(enal Don Juan Tavera, Tolède, i6o3, p, aa5.

LES ARCHEVÊQUES ET l'uNIVERSITÉ II7

como creo, podrâ pasar por si todos los historiadores que han escrito, por dificultosos que sean, à lo menos con poca ayuda de maestro ; en el hablar latin ha arto aprovechado, porque no se habla otra lengua en todo el tiempo del estudio, y el uso le hara doto en el hablar tanto y mas que la leccion. El escribir en latin se ha comenzado ; tengo esperanza que le sucederâ mucho bien. Los dias pasados estuvo su Alteza en Alcalà y visito a todos los letores, y oyo lo que leian, y puede créer V. M. que a todos los entendiô, si no fué al que leia Hebrayco, y holgo tanto en los oir y entender lo que decian que ningun trabajo le fué todo el tiempo que los oyo, que serian mas de très horas * .

Comme Siliceo ne dit rien d'une comédie qui aurait été représentée ou récitée devant Philippe, il faut croire que ce n'est pas lors de cette visite que VAte relegata fut produite par son auteur : elle le fut probablement, ou un peu plus tôt, ou un peu plus tard.

L'intérêt de la composition, que je crois devoir jusqu'à preuve du contraire attribuer à Juan Pérez, réside surtout dans les allusions aux affaires intérieures de l'Université, aux rapports de ses membres avec l'archevêque de Tolède dont dépendait très étroitement la création de Cisneros. Les archevêques de Tolède étaient seigneurs au temporel et au spirituel d'Alcalâ, ils nommaient le Corregidor et le

I. Modesto Lafuente, Historia gênerai de Espana t. XII (Madrid, i853), p. 38i.

Il8 IV. UNE COMÉDIE DE COLLÈGE

Vicaire général ; mais, d'autre part, les privilèges considérables que Cisneros avait obtenus de l'autorité pontificale en faveur de sa fille chérie, l'Université, suscitaient des querelles incessantes non seulement entre les étudiants et les représentants de l'Archevêque, mais entre ceux-ci et les membres du clergé qui à un titre quelconque pouvaient se réclamer de la juridiction du Recteur. Si un clerc immatriculé encourait l'excommunication du Vicaire général, il s'adressait au Recteur, lequel faisait intervenir les Conservateurs apostoliques de l'Université, et ceux-ci excommuniaient le Vicaire pour avoir attenté contre les privilèges de l'Université. Bref, c'était un conflit permanent : faero universitaire, d'un côté, droits souverains des archevêques, de l'autre. L'histoire de ces luttes, souvent fort vives, sous les premiers successeurs de Cisneros, a été contée en détail par Alvar Gomez dans le livre VIII de sa biographie du. Grand Cardinal et a été résumée, d'après cet ouvrage, par D. Vicente de la Fucnte, dans le tome II de son Historia de las universidades (Madrid, i885).

Tavera, ayant succédé à Alonso de Fonseca sur le siège de Tolède en i534, voulut rétablir l'autorité assez ébranlée de son prédécesseur, qui avait beaucoup bataillé avec les universi-

Page 1