SÉVÉRITÉ DU CARDINAL TAVERA II
laires et tenté, à ses dépens, de tirer parti des rivalités entre étudiants ultramon tains et cismontains, c'est-à-dire entre Castillans et Andalous. Homme intègre, laborieux et consciencieux, mais d'un esprit étroit, intransigeant et assez intéressé, plus même, dit Alvar Gomez.
qu'il ne convenait à un prélat de son rang, le nouvel archevêque Tavera n'était pas d'humeur à se laisser faire la loi par un recteur de collège. Son austérité ne s'accommodait pas non plus des fredaines des étudiants dont Foiiseca, homme du inonde et de mœurs faciles, ne s'étail guère inquiété, et que Cisneros lui-même avait souvent tolérées et pardonnées. Il menaça rUniversité de lui donner, comme à Salamanque, un maeslrescuelas pour la ramener dans l'ordre. Ce projet et d'autres causèrent un gros émoi parmi les professeurs : on discuta beaucoup des deux côtés, et, dans la chaleur de ces controverses, Tavera laissa échapper parfois des paroles assez blessantes et dures : « Cisneros n'a jamais rien fait de plus préjudiciable à la dignité du siège de Tolède qu'en fondant cette Université, » ou bien : « Si vous voulez quitter Alcalâ : à votre aise ; la ville ne s'en portera pas plus mal, et moi je n'en demeurerai pas moins archevêque de Tolède et primat. »
Les universitaires alors cherchèrent un appui à
Rome, mais le vieux cardinal continua avec opiniâtreté à défendre ses prérogatives, notamment en ce qui concernait la juridiction de l'ordinaire sur les clercs : il aurait peut-être obtenu gain de cause, lorsqu'une fièvre l'enleva le I" août i54o. (cEius morte Academia respiravit et veluti longa tempestate iactatis lumen quoddam affulsisse visuin est, » écrit avec une satisfaction non dissimulée Alvar Gomez. L'Université, ajoute-t-il, eut en lui un terrible adversaire, car ses qualités de probité et de sagesse donnaient lieude croire qu'il jugeait plus équitablement et voyait mieux ce qui était à faire que les autres. UAte relegata est d'avant la période aiguë de la lutte ; elle a été écrite précisément au début de ces querelles. Le Cardinal a déjà manifesté des intentions inquiétantes, mais il est permis d'espérer que de bons procédés et des compliments bien tournés le ramèneront à des sentiments plus doux ; la j)aix peut être conclue sous les auspices d'un prince royal, il faut en profiter. Voilà ce que devait penser 1 improvisateur en composant son Dialogus, dont je reproduirai le prologue, qui donne le canevas de la pièce.
Ate, noxae * et maleficii dea, Minervae invidens, quam m Complutensi Academia honorifice collocatam videbat,