PRIVILÈGES UNIVERSITAIRES I
passée de mode, que Tétude des langues présente de grands dangers. — Et tu crois qu'un homme comme lui se laissera convaincre par tes raisons ? — J'ajouterai que l'importance prise par l'Université, ses richesses el ses privilèges vont à rencontre des droits de Tarchevêque, que cette Université n'est plus qu'un asile pour les scélérats et les contempteurs des lois, — Comment, parce que trois ou quatre étudiants ont été punis par leur recteur, tu parles du mépris des lois ? Il importe au bon fonctionnement des universités et aux intérêts des gens de bien qu'elles aient leurs privilèges et leurs statuts particuliers. Quelles lois a-t-on violées, queLs homicides, quels sacrilèges a-t-on commis? Quoi, parce que quelques clercs auront coupé des choux ou cueilli des pommes dans le jardin d'autrui, on dira que l'ordre public est menacé I Les universités ne doivent pas être régies par des magistrats du dehors, même si de cette entorse au droit commun devaient résulter quelques inconvénients. — Eh bien I je tâcherai de provoquer sa jalousie, en lui montrant que la splendeur de l'Université obscurcit la sienne propre. — Tu ne réussiras pas ; il n'est pas de ceux qui souffrent de la gloire des autres. — On dirait vraiment que tu cherches à me contrecarrer en tout I — Non, je voudrais seulement t'éviter de fausses
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r3o IV. UNE COMÉDIE DE COLLÈGE
démarches. Je ne désire rien plus que d'avcir, grâce à toi, des sujets d'exercer ma moquerie sarcastique. Au surplus, éloignons-nous d'ici ; l'endroit n'est pas propice. Mêlons-nous à la foule de ces beaux seigneurs qui se croient audessus de l'humanité : ceux-là excitent toujours ma verve. — Mais, que vois-je.^ Minerve cl Mercure, accompagnés d'Apollon, viennent à nous. Préparons-nous, Momus, aide-moi et sers mon dessein. » Voici, dans le texte latin, les passages les plus curieux de cette scène :
Momus... Quid illi [Gardinali] dices ? Qua orationc nleris ? — Aie. Primum haec omnia Gomplutensia sordida esse et vilia et indigna quod ille prove[h]at suo favore ; nam nil aliud sunt quam nugamenta quaedani dialectica et philosophica inepta et sine ullo usu in vita. Tum theologicis studiis minime est opus, consenuit iani klhaec disciplina et minime grata est vulgo, tum linguac suspectae sunt et intérim perniciosae. Deniquc, ita rem Iractabo, ut verissima videatur. — Mo. Quasi vero is ille est qui facile verbis capiatur ac non norit calumniam a veritate distinguere ! Ego tibi nunc pro illo respondeo : omnem istam orationem experientia réfutât, nam videmus, postquam haec gimnasia erecta sunt, barbariem pulsam ex Hispania, sacrarum litterarum florere studia (uberrimum sacrae doctrinae pabulum), cum vix .'^nlea unus au t al ter reperiretur qui plebem instrueret, ^n n linguae ita excoluntur ut nunc pueri in utraque lingua praestent quod mirentur senes. Quid habes ad haec quod respondeas? — Ate. Sine me progredi. Addam non axpedire nec esse tutum satis eius gloriae aut nomini tantas hic opes in medio coalescere, exultare illos impune et in
MISSION DE LA DEESSE ATE l3l
aliéna ditione exercere imperium, nam hic nihil aliud quam asyluin nefariis hominibus erectum qui, conlemplis legibus et magistratibus, in publico grassentur. — Mo. Qua de causa ? Quod très aut quatuor scolastici a suo magistratu puniantur, quae hic violantur leges cuius dignitas aut imperium imminuitur ? Haec fuit bonorum immunitas et studiorum libertas ut haberent privatas leges priva taque instituta, etiam si nonnulli facinorosi ac sediciosi homines reperirentur. Tamen hi in studiorum et bonorum gratiam suis erant dedendi magistratibus, sed quam multos, quaeso te, huius modi reperisti ? Quos vidisti excitatos tumultus ? Quas leges violatas ? Quam rempublicam eversam ? Quae homicidia ? Quae -sacrilegia ? Quae stupra ? Quod teneros caules alieni fregerit horti* quispiam aut poma decerpserit, haec sunt nefaria illa et in quae, si non animadvertatur, actum sit de republica ? Nescis dis[s]ol\i conventus studiorum si alienis magistratibus liceatin ipsa exercere imperium, etiam si quis in ipsis parum dignus reperiatur ? Quam multi mali bonorum gratia tollerantur !
De la rencontre d'Ate et de Momus avec les dieux naît un conflit des plus vifs. Minerve, au paroxysme de la colère, interpelle Apollon :
<( J'espère bien, lui dit-elle, que Jupiter t'a chargé de précipiter Ate dans le Tartare. — Elle y ira sans doute, mais un peu plus tard ; Jupiter veut d'abord qu'elle travaille au triomphe du christianisme, il veut qu'elle se rende chez