I. Souvenir des vers d'Horace (^Satires, I, 3, v
Nec vincet ratio hoc, tantundem ut peccet identique Qui teneros caules alieni fregerit horti Et qui nocturnus sacra divum legerit.
iSa IV. UNE COMÉDIE DE COLLÈGE
les Turcs et les Barbares pour y semer la discorde et les amener à se détruire eux-mêmes.
Après, l'Empereur n'aura plus qu'à monter au ciel, laissant au prince Philippe, délices du genre humain, la charge de maintenir les glorieuses conquêtes de son père et de régir ses peuples. » Mais Minerve ne s'apaise pas, et, apercevant Ate, elle s'élance sur elle, lui déchire le visage et la traîne par les cheveux sur le sol : « Langue impudente, qui as calomnié le cardinal en nous le représentant comme notre ennemi, tu expérimenteras aujourd'hui que la colère de la fille vaut celle du père. » Les autres dieux applaudissent, et Apollon célèbre sur la lyre la défaite et le châtiment d'Ate. Reste Momus ; mais, au moment où les dieux s'apprêtent à lui infliger la peine qu'il mérite, voici qu'apparaît Vulcain, qui leur enjoint, au nom de Jupiter, d'épargner le médisant : Momus, de par la volonté du maître de l'Olympe, doit aller à Rome, où il trouvera de quoi se repaître. Jupiter estime que les mortels ont besoin d'un censeur malveillant, d'un critique acerbe pour les rappeler de temps à autre à l'ordre : la crainte de la médisance est chose salutaire. Momus saute et danse de joie, il devient jovial : « Dis donc, Minerve, pourquoi n'épouserais-tu pas Mercure ? Ce serait la consommation de votre triomphe. — Ne vous
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Tai-je pas dit ? riposte la déesse, tant que cechicaneur sera là, nous ne pourrons pas être tranquilles. — Eh, dit Apollon, Momus n'a pas si tort. — Plût aux dieux, s'écrie Mercure, qu'il parlât sérieusement I » Et les plaisanteries d'aller leur train. Minerve, après avoir traité ses interlocuteurs d'impudents, finit par s'adoucir ; elle prête l'oreille aux raisons d'Apollon :
(( Faut-il donc, dit le dieu, que la sagesse demeure stérile, ne vaut-il pas mieux qu'elle procrée ? Et de plus, s'il t'arrivait malheur, si tu mourais sans postérité, Jupiter serait contraint d'extraire une nouvelle Minerve de son cerveau. » L'argument de Mercure semble aussi la toucher : (( Je t'épouse sans dot. » Elle se décide enfin, mais sous la condition que Mercure la réconciliera avec le cardinal. Mercure y souscrit d'autant plus volontiers qu'il sait à quel point le prélat est bien disposé : « S'il en veut ici à quelques-uns, tu es hors de cause. Comment le plus lettré des hommes ne s'en tendrait-il pas avec la protectrice des lettres .^^ » Il est décidé que tous iront présenter leurs hommages au cardinal, et déjà les dieux l'aperçoivent couvert de sa pourpre et assis sur son trône. Mais qui est auprès de lui ? a C'est, disent Mercure et Minerve, le Prince sérénissime. Oh ! imprévoyants que nous sommes ! Nous n'avons rien
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préparé, pas le moindre discours, pas le plus petit compliment qui soit digne d'une telle personne. — Ne vous tourmentez pas, répond Apollon ; vous avez une excuse toute prête, vousn'étiez pas prévenus. »
Après cette scène, nous avons une série de discours adressés par Minerve, par Mercure, par Apollon, Vulcain et Momus au Prince et au cardinal, qui n'offrent pas grand intérêt. Toute cette prose oratoire, toutes ces protestations de dévouement et de fidélité, tous ces panégyriques très enguirlandés de fleurs de rhétorique, ne contiennent aucune allusion à des détails précis du différend entre le prélat et TUniversité. Il suffit de dire que la députation, à laquelle se joignent trois Grâces, implore la protection des deux hauts personnages et les invite à présider aux noces de Minerve et de Mercure, qui coïncideront avec la réconciliation des universitaires avec leur patron. En revanche, la fin du Dialogus est assez divertissante. Vulcain veut que la fête se termine par une copieuse hbation, il veut faire déguster par ses compagnons les crus renommés de San Martin * et
I. 11 s'agit du vin de San Martin de Valdeiglesias (province de Madrid), qu'on appelait par excellence. vtno del santo. Voyez des allusions à ce cru citées par Clemencin dans son Don Quijote, t. rV', p. a3o, et qu'il serait facile de multiplier.