‹ Etudes sur l'EspagneChapitre 63 sur 161 · HISTOIKE DE DEUX SONNETS · texte numérisé non relu

HISTOIKE DE DEUX SONNETS

Parmi les sonnets des Antiquitez de Rome, de Joachim Du Bellay, publiés pour la première fois à Paris, chez Frédéric Morel, en i558, figure celui-ci qu'on me permettra de reproduire d'après Tédition originale * :

Sacrez costaux, et vous sainctes ruines, Qui le seul nom de Rome retenez.

Vieux monuments, qui encor soustencz L'honneur poudreux de tant d'ames divines,

Arcz triomphaux, pointes du ciel voisines. Qui de vous voir le ciel mesme estonnez, Las, peu a peu cendre vous devenez, Fable du peuple et publiques rapines !

I. Depuis la publication de cette petite étude, dans la Revue d'histoire littéraire de la France, M. Joseph Vianey a disserté avec beaucoup d'érudition sur les sources latines et italiennes des Antiquitez de Rome (^Bulletin italien de Bordeaux, t. I, p. 187).

l 'iJ V. HISTOIRE DE DEUX SONNETS

Et bien qu*au temps pour un temps facent guerre r^es bastimens, si est-ce que le temps (JEuvres et noms finablement atterre.

Tristes désirs, vivez donques contents :

Car si le temps Qnist chose si dure.

Il finira la peine que j'endure.

Il y avait lieu assurément — et surtout à <*ause du dernier vers qui sent son Pétrarque — de tenir a priori ce sonnet pour une traduction de l'italien. Toutefois cette hypothèse paraît avoir été écartée par les éditeurs de Du Bellay depuis que M. de Montaiglon a trouvé dans un manuscrit de la Bibliothèque Nationale (franc. 884, anc. 7287^) quelques vers italiens fort semblables à ceux de ce sonnet, vers qu'il a considérés comme nous représentant très probablement un exercice de Du Bellay lui-même, qui se serait ainsi essayé à mettre dans la langue du pays où il passa plus de quatre ans (i552i556) le sujet de sa composition française*.

Voici les vers italiens tels qu'ils se Usent dans le manuscrit de la Bibliothèque Nationale au verso du feuillet chiffré aujourd'hui 329. Ma transcription diffère un peu de celle de M. de Montaiglon, mais cela n'importe guère :

I. Hvit sonnets de loachim Dv Bellay ^ gentilhomme angevin publiés pour la première fois d'après un manuscrit de la Biblioiheque Nationale. Paris, mars 1849, P* 1 5- 17. (Extrait du journal L'Amateur de livres^ et tiré à 5o exemplaires.)

JOACHIM DU BELLAY l43

Siiperbi colli e uoi sacre ruine

Ghe Tgran nome di Roma ancor lenclle

Hai che miserando hauetle

Di tante anime excelse e peregrine

Teatri archi colossi opre diuine Triumphal pompe gloriose et liete Et fatti al volgo vel favola al fine

Cosi si ben un*tempo al tempo giierra Fanno l'opre famose a passo lenti Il nome et le grandezze il tempo aterra Viuro dunque tra miei marlir conlenti

M. de Montaiglon a parfaitement vu qu'il se trouvait là en présence d'un sonnet incomplet et estropié: (( Je ferai remarquer aussi qu'en restituant le vers évidemment sauté dans la seconde strophe, celle-ci, réunie à la première, forme les deux premiers quatrains d'un sonnet. » Mais le savant maître a eu tort d'ajouter : a Ce serait alors un essai non venu, et à la fin duquel, au lieu de deux tercets. Du Bellay, encore peu maître de l'instrument, n'a su écrire que quatre vers ».

Non, le plus ou moins d'adresse et d'expérience de Du Bellay n'est pas en cause, et l'explication proposée des lacunes de la pièce en question ne saurait être admise, par la raison fort simple que ces vers italiens ne sont pas de Du Bellay : ils appartiennent à un sonnet célèbre, et qui passe pour l'œuvre d'un personnage assez connu, Baldassar Gastiglione, Fauteur du Cortegiano.

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Reste à montrer que Du Bellay, pendant son séjour en Italie, a pu connaître le sonnet. Il a pu le connaître, c'est certain ; il a pu même le lire dans un livre imprimé, dans le recueil intitulé Délie rime di diversi nobili huomini et eccellenti poeti nella lingua thoscana... Libro seconda, et publié à Venise, pour la première fois, en iS/Jy, par les soins de Gabriel (îiolito de Ferrari*.

Voici le texte du sonnet italien, non pas d'après l'édition princeps de iSAy que je n'ai pas vue, mais d'après une réimpression de l'année suivante :

Siiperbi colli, e uoi sacre ruine, Che'l nome sol di Roma anchor tenete ; Ahi che reliquie miserande hauete Di tante anime eccelse e pellegrine !

Theatri, archi, colossi, opre divine.

Triomphal pompe gloriose e lie te, in poco cener pur conuerse sete E faite al uulgo uil fauola al fine.

Cosi si ben* un tempo al tempo guerra Fan no Topre famose, a passo lento E Topre e i nomi insieme il tempo atterra.

^ iuro dunque fra miei martir contento, Che se*l tempo da fine a cio ch*è in terra, Darà forsi anchor fine al mio tormento -

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