‹ Etudes sur l'EspagneChapitre 69 sur 161 · SOLDATS ESPAGNOLS DU XVIP SIÈCLE · texte numérisé non relu

SOLDATS ESPAGNOLS DU XVIP SIÈCLE

La littérature espagnole est, on le sait, assez pauvre en mémoires ; cela tient à ce que les Espagnols, par un sentiment mêlé de pudeur et de dédain, une certaine retenue hautaine, n'ont jamais aimé à se raconter. A quoi bon entretenir les autres de ses pensées intimes ou des incidents quelconques de son existence? Si ce qu'un de nous a fait est sans importance appréciable et n'a rien changé au cours des choses, pourquoi prendre la peine de le révéler au public ? Voilà ce que se disent volontiers nos voisins, peu curieux d'analyse psychologique, et voilà pourquoi il est si difficile de se représenter exactement l'ancienne société espagnole, de pénétrer dans sa vie quotidienne, d'apprécier les mobiles qui faisaient agir ces hommes dont souvent un abîme nous sépare. Quand un Espagnol se décide à parler d'événements auxquels

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il a élé mêlé, il évitera le plus possible de décrire les sensations qu'il a éprouvées sous le coup de ces événements, il tendra à rester impersonnel; ou bien, s'il s'est trouvé très directement mis en cause, son récit prendra alors la tournure d'un plaidoyer et en offrira tous les inconvénients : plus de mémoires en ce cas, mais des états de services rendus, des revendications à perte de vue, des factums interminables à l'appui de ses prétentions. En un mot, se disséquer devant le public uniquement pour se donner à soi-même ce plaisir, ouvrir aux autres son cœur ou son cerveau et les admettre dans le sanctuaire de sa conscience, est un procédé qui paraîtra volontiers à l'Espagnol indélicat ou puéril, et pour lequel il éprouvera toujours une instinctive répugnance. Même dans le genre de la confession littéraire, de l'analyse psychologique en forme de fiction, la littérature péninsulaire jusqu'à nos jours ne fournit presque rien : un Richardson, par exemple, est imjiossible à concevoir en Espagne.

Soyons donc heureux et reconnaissants quand un chercheur exhume par hasard une relation historique où l'auteur a vraiment mis quelque chose de son for intérieur, une autobiographie digne de ce nom, et où, à côté de faits plus ou moins intéressants, se détache avec quelque

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