‹ Etudes sur l'EspagneChapitre 70 sur 161 · LE CAPITAINE ALONSO DE CONTRERAS · texte numérisé non relu

LE CAPITAINE ALONSO DE CONTRERAS

précision la personnalité du héros. On a publié dans ces dernières années en Espagne troiî^ autobiographies de soldats qui se recommandent en tout cas par une grande sincérité et, Ton peut bien dire, au moins pour les deux premières, par un cynisme inconscient, qui en font des documents humains d'une réelle valeur et des plus instructifs.

Nous commencerons par celle d'un capitaine Alonso de Contreras, dont les prouesses en tout genre avaient déjà excité l'admiration d'un fin connaisseur, Lope de Vega, qui, dans la dédicace d'une de ses pièces* à l'aventureux capitaine, nous en donna un résumé assez alléchant. Le récit complet, rédigé par Contreras lui-même, a été publié par un érudit de mérite, D. Manuel Serrano y Sanz^

Très représentatif de son temps, de son pays et de sa catégorie sociale, cet Alonso de Contreras naquit à Madrid, en i582, l'aîné de seize enfants, et de parents de condition fort modeste,

1 . El Rcy sin reino^ tragicomédie insérée dans la Parle XX des Comedias de Lope de Vega Carpio (i63o).

2. Boletin de la Real Academia de la Uisioriay livraison de juillet-septembre 1900.

lyO VI. SOLDATS ESPAGNOLS

mais qui étaient tenus pour vieux chrétiens, ce (|ui, plus lard, lui facilita ses preuves pour entrer dans Tordre de Malte. Son tempérament tout à la fois violent et froid se révèle de bonne heure. Etant à Técole, il tue un de ses camarades, fils d'un alguacil ; après Favoir jeté à terre, il le frappe d'abord dans le dos, puis comme il lui semble que Tenfant n'a pas de mal, il le retourne hoca arribaj et lui plante son couteau dans le ventre. Après quoi, il va se cacher chez sa mère ; mais Talguacil arrive et découvre sous un lit l'assassin de son fils ; il le prend et le traîne en prison. Là se trouvent d'autres garnements qu'on a arrêtés aussi ; celte marmaille fait un tapage d'enfer, chacun accusant l'autre du meurtre.

Enfin, l'enquele aboutit, notre Alonso est convaincu et condamné, vu son âge tendre, à un an d'exil à cinq lieues de la capitale. Il s'exécute et tout ce qu'il trouve à dire sur son exécrable forfait tient en une ligne : « Monsieur l' alguacil demeura sans son fils qui mourut au troisième jour. ))

Et le voilà lancé dans la vraie vie picaresque ; d'abord galopin de la cuisine du cardinal archiduc Albert qu'il suit aux Pays-Bas, il gravit ensuite quelques degrés et passe au service d'un capitaine qui l'emmène en Italie, oii il sert de page à un officier catalan en garnison à Palerme.

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