MIGUEL DE CASTRO A NAPLES
récoice. Contreras n'était pas écrivain, mais il donnait naturellement un tour assez heureux à ses souvenirs, ne s'écoutait pas trop parler et savait parfois résumer une situation en quelques phrases concises et fortes qui font tableau.
L'autre soldat, Miguel de Castro, qui n'a pas plus d'art ni de science, est, en outre, incapable d'exprimer intelligiblement une idée quelle qu'elle soit. Ses discours sont diffus, enchevêtrés, par moments inextricables, et sans aucune saveur de langage ; en revanche, il a quelques prétentions au style et se hasarde à tirer de certaines circonstances de sa vie des moralités qui deviennent sous sa plume un effroyable galimatias. 11 n'importe ; il faut le lire pour s'instruire. Comme il met tout sur le même plan et conte avec une prolixité inouïe des détails infimes, on peut recueillir dans son récit une grande quantité de renseignements précis sur toutes sortes de choses : costume, armement, cuisine, mœurs de la soldatesque en Espagne et en Italie, coutumes populaires, personnel de la prostitution, etc., etc.
La plus grande pailie de sa vie active s'étant passée à Naples, c'est Naples surtout, le Naples des vice-rois espagnols qui revit dans ces pages. Soldat de fortune comme Contreras, il a toutefois plutôt combattu sous les étendards de Vé-
nus que sous ceux de Mars, et ses conquêtes ne se sont guère étendues au delà du milieu féminin très abondamment fourni de la grande cité et de ses alentours : si Contreras était lui surtout un hardi aventureux, Castro mériterait Tépitliète qu'un romancier du jour a accolée à son héros ; il se nommerait bien Miguel l'Avantageux. Les (( histoires de femmes » tiennent une place très prépondérante dans le livre et il en est pour tous les goûts : beaucoup sont agrémentées d'enlèvements, de poison, de procès et de violences de tout genre, qui témoignent à la fois de la licence effrénée de ces aventuriers qui se prétendaient les maîtres du pays, de la vénalité admise, reconnue, presque affichée des fonctionnaires espagnols ou italiens et de l'avilissement de la population indigène, subissant sans révolte le joug de l'étranger et capable seulement d'exploiter les vices de ses gouvernants. Tout cela sous le ciel bleu de la baie, dans ce merveilleux décor de féerie, au milieu des chants, des rires, des danses de Piedigrotta et autres lieux, où Pulcinella étalait sa bruyante gaîté aux yeux étonnés et charmés des Espagnols qu'il tirait de leur dédaigneux sosiego.
Les aventures de Miguel de Castro ne se laissent guère analyser, d'abord parce qu'elles sont généralement en elles-mêmes d'une grande