D. FÉLIX NIETO DE SILVA
Comme troisième spécimen du genre de littérature trop négligé par les Espagnols, nous avons à présenter les mémoires de D. Félix Nieto de Silva, marquis de Tenebron*; encore est-il bon d'observer que ce personnage ne mit la main à la plume que pour accomplir un acte de pure dévotion* pour rendre un solennel hommage à la Vierge qui le protégea et à l'intervention continue de laquelle il attribue tout ce qui a pu lui arriver en bien ou en mal pendant tout le cours da son existence. Son livre, dédié en effet à la Yierge de la Penade Francia, image célèbre d'un sanctuaire des environs de Salamanque, semble au premier abord un recueil de miracles. Il est divisé en chapitres assez courts, tous invariablement terminés par la pieuse formule : Bénie soit la Vierge de la Pena de Francia et sa miséricorde ! quels que soient d'ailleurs les incidents qui s'y trouvent relatés et dont quelques-uns méritent peu à coup sûr d'être placés sous un si auguste patronage.
Cadet d'une très bonne famille noble et destiné
I. Memorias de don Félix Nieto de Silva ^ marqués de Tenehrôrij publiés pour la Sociedad de bibliôjilos espanoles, par don Antonio Canovas del Gastillo, Madrid, 1888, 1 vol. in-80.
igO VI. SOLDATS ESPAGNOLS
tout jeune au métier des armes, ce grand* refuge des segundones, — comme on nomme les cadets en Espagne — notre don Félix, né à Ciudad- Rodrigo en i635, ne dut certes pas à Texemple de son frère aîné, don Luis, ce sentiment religieux si vif, cette absolue soumission à la Vierge qui l'accompagnèrent dans toute sa carrière et dictèrent toutes ses actions, du moins ses actions réfléchies.
Un vrai bandit titré que ce don Lui^, qui fut vicomte de San Miguel, chevalier de Calatrava» gentilhomme de Philippe IV et, pour comble, corregidor, c'est-a-dire juge et administrateur royal à Zamora pendant trois années consécutives : jamais homme de son rang n'abusa plus insolemment de sa naissance et de ses charges. Qu'on lise, dans la publication de M. Canovas, le mémoire en vingt-huit articles où l'évêque de Zamora expose au roi les méfaits du représentant de l'autorité et de la loi. Vierges déflorées, religieuses poursuivies par-delà la grille du couvent, épouses enlevées de force du lit conjugal, maris bâtonnés et exilés, femmes galantes appelées de Madrid et de Valladolid et publiquement affichées, insultes au clergé, à la milice et aux régidores de l'endroit, abus de pouvoir de tout genre, violations de domicile, vénalité, etc., etc., voilà ce dont il est très explicitement parlé dans cet