‹ Etudes sur l'EspagneChapitre 78 sur 161 · CONDITIONS DE LA CAPITULATION I · texte numérisé non relu

CONDITIONS DE LA CAPITULATION I

« Voire Seigneurie doit être très riche.

— Et quelle nécessité y a-t-il de richesses ?

— Oui, des richesses, et beaucoup. Les hommes, voyezvous, qui sont enfermés là-bas, vous ne les sortirez <ju'en morceaux. Or, m'est avis que d'ici à Lisbonne les piliers de vos églises doivent valoir quelque chose.

— IN'ayez crainte, répondit-il, et, comme vous pouvez le voir, j'ai déjà ordonné de donner l'assaut. »

C'était vrai, parce qu'ils avaient préparé quantité d'échelles, liant les plus courtes aux autres, et l'infanterie travaillait à cela avec ardeur.

Je me pris à rire et lui dis :

« Je ne vous crois pas assez sot pour vouloir nous accorder cette faveur.

— Et pourquoi pas ?

— Seigneur Pedro Jaques, tous ici nous sommes soldats. Ce qui nous cause du dommage, c'est votre mousqueterie. L'assaut nous serait très agréable, car seulement ainsi nous pouvons vous maltraiter, ayant les armes qu'il faut pour cela, tandis que pour vous atteindre où Yous êtes, nous ne les avons pas. Si vous êtes de mon avis, laissez-moi partir et commencez l'opération ; vous verrez ce qui en résultera. »

Nous conversâmes ainsi longtemps, et certes, pendant toute cette discussion, la très sainte Vierge m'enhardit et me soutint, car je réussis. A la lin, il me dit :

« Eh bien, que voulez-vous qu'on fasse?

— Nous sortirons du fort et vous y entrerez, à cette condition que vous ne toucherez pas à la propriété des habitants, et que chacun de nous, de son côté, s'en ira dans son pays.

— Et quel avantage obtenons-nous ainsi ?

-:- La gloire de nous avoir fait rendre le fort, n'est-ce donc rien ?

Enfin, après bien des débats, il fut arrêté que le général et nous tous, capitaines de cavalerie, nous sortirions

igS VI. SOLDATS ESPAGNOLS

avec nos armes et nos chevaux, que les soldats abandonneraient leurs chevaux et les armes offensives, mais garderaient les défensives, qu'il ne serait touché à rien de ce que les habitants avaient avec eux dans l'église, que nous pourrions nous retirer en toute sécurité à Sailices„ et qu'eux se rendraient le lendemain en Portugal.

Magallanes dit alors :

« Ecrivons la capitulation. »

Je répondis :

« Non, cette capitulation se traite de gentilhomme à gentilhomme.

— C'est bien, j'en parlerai à mes officiers et vous aviserai. »

11 s'en fut et je restai causant avec les officiers de ma connaissance. Mon compagnon, le baron d'x\ndelot, en sa qualité d'étranger, ne parlait pas bien et peut-être ne comprit-il rien à notre conférence, de sorte qu'il acquiesça à ce que je traitai. Ici, un incident plaisant. Quelqu'un ayant offert au baron un verre de vin, lui, altéré comme il était, s'avança pour le prendre. A ce moment je le regardai et aussitôt il se rappela la remontrance que je lui avais faite quand nous sortîmes. Il se contint et ne le prit pas. Et bien des années après, il me dit :

« Dieu vous pardonne ce verre de vin que vous m'avez empêché dé boire î »

Pedro Jaques de Magallanes m'envoya dire que tous étaient d'avis d'accepter la capitulation et que je pouvais me retirer. Nous partîmes et remontâmes par l'échelle dans le fort pendant que les otages en sortaient. Je rendis compte de la conférence, et l'on ne saurait croire combien le général et les autres se réjouirent, car nul ne s'attendait à une telle capitulation. Nous ouvrîmes la porte et sortîmes en la forme qui avait été arrêtée. Quand mon lieutenant sortit, je me trouvai à côté de Pedro Jaques. Je lui dis :

Page 1