‹ Etudes sur l'EspagneChapitre 84 sur 161 · L. de Salazar, Casa de Lara, t. III, p. 3o · texte numérisé non relu

L. de Salazar, Casa de Lara, t. III, p. 3o

2. Voy. A. Canovas del Gastillo, Estudios del reinado de Felipe IV. Madrid, 1888, t. I, p. 879.

CAMINHA ET REBENAC 2l3

trie. Or, cette condition n'ayant pas été remplie par les descendants des deux décapités de i64i, il en résulta que le fils et héritier de Maria Brites, notre duc de Caminha, se vit frustré de tout ce qui aurait dû lui revenir du chef de sa mère. Il se trouva donc de bonne heure dans une situation fort gênée et qui le rendait accessible aux tentatives d'embauchage d'un diplomate chargé par son souverain de lui créer des partisans en Espagne.

D'après ce que lui-même déclare dans une lettre adressée à Louis XIV, après la réussite de l'afiaire de la succession, le duc de Caminha avait déjà rendu des services au prédécesseur de Rebenac, au marquis de Feuquière, qui occupa l'ambassade de France à Madrid de i685 à i688\ Mais ce fut surtout à partir de 1688 et pendant l'ambassade de Rebenac, que le rôle du très besoigneux grand seigneur se dessina et qu'il commença d'entrer en relations suivies et secrètes avec notre ministre. Voici en quels termes ce dernier rend compte à Louis XIV de sa première entrevue avec Caminha :

Le duc de Gaminia, gentilhomme de la chambre du roy d'Espagne, a désiré de me voir en secret, mais estant obligé à garder beaucoup de mesures, il n*a pu venir

I. Le marquis de Feuquière était le père du comte de Rebenac.

2l4 VII. UN GRAND d'eSPAGNE

chez moi par un degré desrobé que de soir depuis quatre jours. Il y demeura prez de trois heures pendant lesquelles il m'entretint de force particularités qui regardent le Roy, la Reyne et les ministres. Il est mal satisfait du comte d'Oropesa*, comme de tout le monde. Son dessein est d'estre fait conseiller d'État par le moyen de la Reyne d'Espagne. C'est le seul homme que jaye veu en Espagne raisonner juste sur l'advenir au cas que le Roy d'Espagne meurre sans enfans légitimes. Je ne luy respondis pas un mot sur ce sujet... M. le duc de Caminia. Sire, n'est pas sur le pied d'un homme qui doive parvenir aux grandes dignitez par l'obstacle invincible qu'il trouve dans la haine du comte d'Oropesa, son parent et autrefois son amy. Cependant, il a beaucoup d'esprit et marque du jugement dans ses discours. Peut estre que sa conduite n'y correspond pas, comme il arrive a la pluspart des Espagnols. Il est informé de tout ce qui se passe de plus secret dans le cartier du Roy et s'est engagé à m'en advertir. Il l'a desja fait sur quatre ou cinq choses assez considérables ^.

Rebenac, on le voit, n'exagérait pas l'importance du personnage, qui ne lui paraissait pas destiné à occuper jamais des emplois de premier ordre ; mais il le recommande à défaut d'autres, et parce qu'en somme il se rend utile. Au moment de rentrer en France, après la mort de Marie-Louise d'Orléans, et pour conserver à son maître au moins un agent quelque peu sûr dans cette cour si hostile, Rebenac n'omit pas de re-

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