LA SUCCESSION DE CHARLES II 2X
party allemand qui se fortifie tous les jours à Madrid, et qui prendra encore plus de corps à l'arriuée de la nouuelle Reyne * par tous ceux qui en espèrent une succession.
Il est vray qu*a présent l'entreprise en parroist difficille, mais lorsque l'expérience de quelques mois aura désabusé le peuple et qu'il sera question de songer serieusennent à un successeur, s'il se trouuoit un homme qui eût assez de resolution et de courage pour représenter avec vigueur dans l'assemblée des Estats et dans le conseil le véritable interrest des peuples, leur faisant connoître qu'ilz ont toujours esté malheureux soubz la domination d'Austriche et qu'infailliblement, en prenant ce party, ilz s'attireroient une guerre continuelle et s'exposeroient à perdre leurs priuileges et leurs franchises et à estre traittés comme des sujets rebeles, au lieu que se soumettant à la France, ne pouuant pas, aussy bien, s'en deiTendre ni par force ni par justice, ilz seroient traittés comme de fidèles vassaux, maintenus dans tous leurs droits et s'assureroient pour toujours du repos et d'une tranquilité qui ne pourroit jamais estre interrompue par aucune puissance : il ne seroit pas difficile alors d'en venir à bout et de faire déclarer Monseigneur le Dauphin, ou l'un de ses filz. Prince des Asturies^. C'est là ce que le Duc s'est proposé de faire et la véritable raison pour laquelle il n'a jamais esté de sentiment qu'on déclara la guerre à l'Espagne, quelqu'auantage qu'on en put tirer, son unique objet ayant toujours esté de ménager ce tout pour Monseigneur, et c'est assurément la plus grande affaire à quoy l'on puisse jamais songer.
Pour y bien réussir, il seroit très important de fournir
I. Marie- Anne de Neubourg, née le 28 octobre 1667, mariée le 4 mai 1690 à Charles II d'Espagne. Le second mariage de ce roi fut décidé trois mois après la mort de Marie-Louise, et officiellement publié à Madrid le i5 mai 1689.
3. Titre qui fut donné à l'héritier de la couronne en Espagne dès la fin du xiv® siècle.
230 VII. UN GRAND d'eSPAGNE
au Duc les moyens d'obtenir promptement une place dans le Conseil d'Estat et de ne rien espargner pour cela. La Reyne s'en estoit autrefois raeslée et elle en connoissoit assez la conséquence, mais elle n'oza pas alors presser l'affaire de crainte de se rendre elle même suspecte par son trop d'empressement pour le Duc.
A présent que cet obstacle est leué, si Ion pousse la chose avec vigueur et que l'interrest engage Monsieur et Madame de Mandsfeld ^ a y employer la fauéur des deux Reynes^, il n'y a point de doutte qu'on l'obtiendra. Le Duc y a desja disposé Madame de Mansfeld, et c'est la plus seure guide qu'il puisse prendre pour y arriuer et pour dissiper en même temps tous les soubzons et touttes les diflîcultez qui s'y pourroient rencontrer ; car quoy qu'on puisse alléguer qu'il n'a jamais eu d'employ, on n'ignore pas qu'il a assez de capacité et de meritte pour s'acquitter dignement de celluy cv et qu'il a de plus cette prééminence en Portugal d'estre né conseiller d'Estat. Enfin il y en a plusieurs autres en Elspagne qui ont esté créés du tems de la Reyne Mère, sans avoir jamais eu aucun poste ni aucune autre prééminence semblable^ Outre que Madame de Mandsfeld ayme l'argent, le Duc s'est acquis les bonnes grâces d'une dame qui la possède entièrement et qui sçaura fort bien luy donner le tour pour le luy faire encore trouver meilleur ; il seroit fascheux de ne pas profïiter d'une si belle disposition et de laisser passer une occasion si favorable. Le marquis de Manssera, grand maître de la maison de la Reyne Mère, ne néglige rien cependant pour maintenir le Duc son beau-frère dans l'estime et dans la grâce de sa maîtresse, a qui celuy cy fait continuelement sa cour et ménage ses adherans pour les auoir à sa deuotion ; et comme personne ne
1. Henri- François comte de Mandsfeld, ambassadeur extraordinaire de l'Empereur à Madrid, de i683 à 1691.
2. La reine Marie-Anne de Neubourg et la reine mère Marie- Anne d'Autriche.
DEMAISDE DE SUBSIDES 22 1
•cônnoit les intentions du Duc, ilz seront peut estre tous bien ayses de luy rendre ce seruice dans la croyance de le pouuoir attirer par ce moyen là a leur party et de s'en servir puis après pour y engager plus fortement le comte -de Baîios * son amy, celuy cy ne faisant rien que par l'organe du Duc, qui ne le perd presque point de veûc, dans celle qu'il a de proffiter des confidences que le Roy ^on maître luy fait journellement, estant certain qu'il ne luy cache rien.
Pour ne pas perdre tous ces avantages, le Duc se voyant obligé, par le retardement de ce qu'on luy auoit fait espérer, de se retirer a ses estats, ne se trouuant pas ^vec les moyens de se mettre en despense pour parroistre au mariage du Roy Catholique, suiuant sa qualité et son rang, il a encore engagé le comte de Bafios a luy faire un prest considérable, estant fort persuadé qu'on ne le laissera pas dans l'engagement, après tant d'auances faittes, et que ses propositions seront bien receûes.
Il s'est d'autant plus fortifié dans cette opinion par la manière obligeante avec laquelle Monsieur le comte de Rebenac, quelques jours avant son départ de Madrid, ■ayant sceu l'embarras ou il se trouuoit, luy enuoya une bourse de 5oo pistolles que le Duc ne voulu pas néanmoins receuoir et s'en excusa, disant qu'il n'estoit pas juste de l'incommoder à la veille de son départ et qu'il attendroit bien encore quinze jours ou trois semaines pendant lesquelles il luy pourroit faire sçauoir la resolution de Vostre Majesté, ne croyant pas alors pouuoir demeurer dauantage a la cour sans estre assuré de se pouuoir mettre en équipage pour le mariage.
Tout cela, Sire, fait connoistre que l'intention du Duc
I . D. Pedro de La Cerda y Leiva, troisième comte de Bafios, premier écuyer du roi Charles II. « C'est famy intime du duc -de Caminia », écrit Rebenac à Louis XIV, à la date du a3 septembre r688 (A.fiF. étr. Correspondance d'Espagne, t. LXXV, fol. 8a yo).
q34 VIII. GOLILLE ET HABIT MILITAIRE
geurs français se servent souvent quand ils parlent de cette partie du costume espagnol- Il serait vraiment curieux que le trait le plus caractéristique de riiabillement de nos voisins au xvii* siècle fût d'origine étrangère * !
La réforme de 1628 ne contenta pas tout le monde. D'abord, elle causait un préjudice sérieux, non seulement aux marchands de linge fin et de dentelles, mais à certains industriels» notamment à ceux qu'on appelait « ouvreurs »
ou (( ouvreuses de cols » abridores de cuellosy dont le métier très fructueux ^ était expressé-
en portoient de petits tout simples ou de petites fraizes semblables à celles d'un veau, nous avons, au commencement , porté des rotondes de carte forte sur lesquelles un collet empesé se tenoit estendu en rond en manière de théâtre. » Il s'agit donc d'une mode fort antérieure au milieu du xyii^ siècle, et, en effet, il est dit dans la Seconde partie du Dictionnaire français de Richelet (1679) qu'a il y a 5o ans qu'on ne porte plus de rotonde ». On la portait en France dès les premières années du xvii« siècle, comme en témoigne la huitième satire de Régnier (il monstre sa rotonde} publiée en 1608.
I. Un auteur du xyiii* siècle donne sur l'apparition de la golille en Espagne ce renseignement dont j'ignore la source et par conséquent la valeur. « En el ano 1628 se vieron las primeras golillas en Espana, y noticioso de la novedad el Gonsejo Real mandé emplazar al artifice, y examinado, reconocidos ios instrumentos de que usaba, y vistasdos golillas, que alli tambien se llevaron, se mandaron quemar publicamente y fué desterrado el golillero. Despues se contemplaron de menos gastos y ma» duracion que Ios cuellos, lechuguillas y valonas, por cuyas razones se permitiô continuara la moda « (Felipe Rojo de Flores^ Invectiva contra el luxo, Madrid, 1794? p. 98).