Abrir el cuello, componerle, como oy dia se haze, de
PARENTÉ DE CAMINHA 2^3
j>ar la liberté que leur donnait le traitté cy dessus mentionné.
C'est pour cette raison mesme que le Duc se trouue aujourd'hui avoir si peu de bien, son pere ayant perdu par sa faute les estats qu'il avoit en Portugal et engagé la plus part des revenus de ceux qu'il possedoit dans l*Estremadure, ou sa comté de Medellin seulement luy rapportoit plus de 80000 ducats, dont le Duc n'en retire pas a présent 12000, et le comte d'Oropessa^ d'ailleurs luy ayant fait perdre par la dernière reforme qui se lit des finances, il y a environ deux ans, les pensions dont il jouissoit en Gastille, qui estoient assignées sur des fonds dont le revenu est présentement employé pour les nécessitez de la chose publique, sans que depuis ce tems là on aie songé à les lui reassigner autre part.
Voilà Testât et la disposition ou se trouve le Duc. Sa naissance est assez connue ; son nom est Dom Pierre Damien de Menesses, Portocarrero et Norona, duc de Camina, comte de Medellin et d'Alcoûitin, Marquis de Villareal, commandeur de l'ordre d'Alcantara, gouverneur perpétuel et seigneur des villes de Santarem, Leyria, et seigneur des sept bourgs de..., grand eschanson de la maison du Roy 2, capitaine d'une compagnie de loo gentils-hommes des gardes-nobles de Gastille et gentilhomme de la chambre. Il est grand d'Espagne de la première classe, marié à la 2® fille du duc de Gardonne ^ (le duc de Medinaceli* ayant espousé la i*"^), et est au-
1. D. Manuel Joaquin Alvarez de Toledo, huitième comte d'Oropesa, premier ministre de Charles II, de i685 à 1691.
2 . Ce grand officier se nommait en espagnol repostero mayor. Sur la charge du repostero mayor, voir L. de Salazar, Adverteneias histôricas, p. 4o.
3. Le duc de Caminha épousa en 1662 D» Teresa Maria Manuela d*A.ragon y Sandoval, fille de D. Luis d'Aragon, sixième duc de Cardona.
4. D. Juan Tomas Lorenzo de La Cerda, huitième duc de Medinaceli, premier ministre de Charles II, de 1680 à i685.
224 VU. UN GRAND d'eSPAGNE
jourd*hul allié aux meilleures maisons de ioutte l'Espagne. Avec toutes ces qualités, il est pauure, parcequ'il a toujours préféré l'honneur à Tinlerest : une marque infaillible de cela, c'est que depuis qu'il s'est voué au seruice de Vostre Majesté, il n'a jamais prétendu aucun poste, quoy qu'on luy en ait offert des plus considérables en Italie et aux Indes, ou il pouuoit s'enrichir en peu de temps, ses pensés ne tendant à d'autre fin qu'à celle d'entrer dans le Conseil d'Estat, pour venir plus facilement a bout de son grand dessein et travailler avec plus de succez a la satisfaction et a la gloire du plus grand roy du monde et du plus digne de régner.
C'est dans cette confiance, Sire, et que Vostre Mageslé luy fera l'honneur d'agréer ses seruices, qu'il a pris la hardiesse de dépescher cet esprès (ne pouuant faire confiance d'aucun autre) pour représenter ce que dessus auec tout le respect et la soumission possible, suppliant 1res humblement Vostre Majesté d'auoir la bonté d'y vouloir faire les reflexions que demande une affaire de cette conséquence et d'ordonner ensuite ce qu'elle jugera estre le plus conucnable pour son service.
Ce qui advint de la supplique de Gaminha ne nous est pas connu. Aussi bien, les relations diplomatiques entre l'Espagne et la France ayant été rompues pendant dix ans,.de 1689 à 1698, Louis XIV ne pouvait tirer grand parti des avis secrets du duc, qui, n'étant pas membre du Conseil d'Etat, n'exerçait d'ailleurs aucune influence directe sur la marche des afTaires. Peut-être lui fit-il tenir quelques secours d'argent, mais il ne le pensionna point, et le pauvre Caminha dut attendre la reprise des relations officielles et ré-
LE MARQUIS d'hARCOURT 2 25
gulières entre les deux puissances pour s'insinuer dans les bonnes grâces du nouvel ambassadeur de France, marquis d'Harcourt, et lui prôner les services que, contre récompense honnête, il ne manquerait pas de rendre à la cause française. Il est question du duc dans plusieurs lettres d'Harcourt, qui intercède en sa faveur, conseille au roi de lui venir en aide, non pas qu'il attache beaucoup d'importance aux allées et venues du personnage, mais parce qu'il convient à la réputation de Louis XIV en Espagne de ne pas abandonner ses clients quels qu'ils soient.
« Le duc de Cameniez (sic) vient ici en secret, à son ordinaire... Le duc de Cameniez est un homme de soixante ans, dont les biens sont confisqués en Portugal depuis le changement de domination. 11 est des anciens grands de ce pays ci, extrêmement pauvre, fort mordicant et ennemi des Portugais et des Allemands. Dans cette dernière conversation, il me dit qu'il ne savait que devenir en cas de la mort du roi d'Espagne, qu'il priait Votre Majesté de l'assurer de quelque chose en ce cas-là, qu'il avait toujours eu un commerce secret avec les ambassadeurs de Votre Majesté, aussi bien qu'avec moi, et qu'il espérait qu'elle aurait quelques bontés pour lui. Votre Majesté me donnera ses ordres là-dessus *. »
I. Lettre d'Harcourtà Louis XIV du 6 janvier 1700 (G. Hippeau. Avènement des Bourbons au trône d'Espagne, Paris, 1876, t. II, p. 174). Le commencement de la lettre prouve que cette entrevue n'avait pas été la première.
Morel-Fatio. III. — i5
226 VII. UN GRAND d'eSPAGNE
Louis XIV n'en donna aucun, et c'est pourquoi Harcourt revint à la charge :
« A propos du duc de Cameniez, Votre Majesté ne m'a point fait Thonneur de me répondre sur ce que j'en ai écrit. Cependant cet homme est malheureux, et du moins faudrait-il lui faire entrevoir quelque chose*. »
La nouvelle requête n'eut sans doute pas plus de succès que la première, et l'ambassadeur comprit qu'il était inutile d'insister. Le fait est qu'il ne mentionne plus le solliciteur dans sa correspondance ; nous apprenons seulement par une lettre de Blécourt, chargé d'affaires après le départ d'Harcourt, que Caminha fut un des premiers grands qui accoururent à l'ambassade de France le i""" novembre 1700, jour du décès de Charles II, pour annoncer au représentant de Louis XIV la fameuse clause du testament qui instituait le duc d'Anjou héritier de la couronne d'Espagne ^
Après l'événement, et dès 1701, eut lieu la grande curée. Tous les membres de l'aristocratie espagnole qui prétendaient avoir soigné les intérêts du nouveau souverain, et plus encore ceux qui avaient travaillé contre lui, se jetèrent aux pieds de Louis XIV, — le vrai roi d'Espagne
1. Lettre du 24 février 1700(0. Hippeau, l. c, t. II, p. 194).
2. Lettre de Blécourt à Louis XIV, du 1er novembre 1700 (G. Hippeau, /. c, t. II, p. 298).