INVENTION DE LA GOLILLE
(nueces de g ar ganta), que la mode antérieure des grandes fraises leur permettait de dissimuler ^ Quevedo aussi, dans un romance pétillant d'esprit, (Yo, cuello azul, pecador...), insiste à son tour sur certaines tares fâcheuses que les wallones mettaient trop en évidence (Desenvainen, pues, las nueces.,. Y el lampavôn ande en cueros) ; il termine par un vivat en Thonneur de la réforme et une mort aux colporteurs de toile fine (Vivan las santas valona^ Y mueran los mercan lienzos) ^ y> ! Un artisan ingénieux dont le nom ne nous est pas connu imagina alors l'appareil devenu célèbre plus tard, destiné à servir de support au col et qu'on appela du nom de golilla, parce qu'il rappelait les gorgerons (^gfo/a^j de l'ancien costume de xvi'' siècle^. Peut-être s'inspira-t-il d'une mode française, car la golille ressemblait beaucoup à notre rotonde \ et c'est de ce terme-là que les voya-
1. Notes de Juan de Manjarres, citées par J. E. Hartzenbusch, Comedias de Calderôn (Bibl. Rivadeneyra), t. IV, p. 667^.
2. Poesias, éd. Janer, n^ 494- Dans la nouvelle édition de Séville des Obras complétas de Quevedo (t. II, p. 324), on lit mercan-îienzos. Cette expression n'est pas un mot composé, c'est le cri des colporteurs qui passent de maison en maison : i mercan lienzos ?
3. Luis Fernândez-Guerra y Orbe, D. Juan Ruiz de Alarcôn y Mendoza, Madrid, 187 1, p. 409.
4. Les Lois de la galanterie françoise de i644 (citées par J. Quicherat, Histoire du costume en France, p. 495) remarquent ceci à propos des collets : « L'on a dit qu'au lieu que nos pères
Mais il doit le faire sans donner aucun ordre et son exemple suffira pour accoutumer ses sujets à s'habiller comme lui*. » La complaisance de Philippe V ne dura pas longtemps et il ne se conforma pas au conseil de son grand-père de ne rien réformer par ordre. Au mois de juillet 1701, la golille était interdite à toutes personnes autres que les magistrats des corps suprêmes ^ ; dès ce moment s'affubler de la fameuse rotonde équivalait à un crime de lèse -majesté ou tout au moins exposait le délinquant au mécontentement de la nouvelle Majesté Catholique.
Ce fut alors que la golille et l'habit espagnol devinrent comme la cocarde des partisans de l'Autriche, de ceux qui boudaient le régime français. Parmi les grands, il y en eut qui marquèrent leurs mauvaises dispositions ou leur froideur en n'acceptant pas la réforme : tel un duc de Médina Sidonia, décrit par Saint-Simon et qui du vivant de son père, grand écuyer de Philippe V, ne voulut jamais s'habiller à la française, préférant s'abstenir de paraître au palais et, chose plus étonnante encore, renon-
I. C. Hippeau, Avènement des Bourbons au trône d'Espagne, Paris, 1875, t. Il, p. 425 et 452.
a. Gazette d'Amsterdam, citée dans le Saint-Simon de M. de Boislisle, t. IX, p. i38. Dès lors el golilla devint le sobriquet du robin.