FABRICATIONS
IMPORTATIONS
(commerco spécial).
EXPORTATIONS
(commerco spécial).
De l’état comparatif qui précède, il résulte :
Que la fabrication indigène est restée stationnaire ;
Que nos exportations sont en décroissance ;
Que les provenances de l’étranger augmentent depuis ces dernières années, plutôt qu’elles ne diminuent ;
Que la brasserie française n’a pas participé au mouvement général des autres industries nationales. Rester stationnaire, n’est-ce pas décroître ?
A quelles causes faut-il attribuer cette fâcheuse situation ?
Est-ce que nos brasseurs ne sont pas aussi intelligents, aussi soucieux de leur réputation et de leurs intérêts que leurs concurrents d’Allemagne et d’Angleterre !
Est-ce que les capitaux nécessaires à une bonne installation et à une bonne fabrication font défaut dans notre pays ?
Est-ce que les découvertes de nos praticiens et de nos savants sont inférieures à celles des étrangers ?
Qu’il nous suffise de rappeler ici les œuvres d’un illustre savant que notre Comité s’honore de compter parmi ses membres, M. Pasteur, dont les remarquables travaux sur les phénomènes de la fermentation ont rendu de si grands services à la science et au commerce.
Non ! ce n’est pas là qu’il faut chercher la cause de nos souffrances et du peu de progrès de notre industrie.
Elles sont tout simplement la conséquence d’une législation surannée ; la loi du 28 avril 1816, dont les prescriptions étroites enferment le fabricant dans une impasse dont il ne peut toujours sortir, sans s’exposer à des obstacles et à des prohibitions qui se traduisent trop fréquemment pour lui, en des poursuites et des procès qu’il lui est bien difficile d’éviter.
Est-ce à dire que nous soyons le moins du monde disposé à nous constituer le défenseur de la fraude ! Loin de là ! Nous considérons, au contraire, que rien n’est plus opposé aux intérêts de notre profession que la fraude. Elle provoque à une concurrence regrettable entre fabricants de mêmes produits; elle met obstacle aux progrès et aux améliorations dont la recherche constante est l’unique souci des brasseurs consciencieux, et tout changement de législation qui aura pour but de la supprimer, sera accueilli avec reconnaissance par la brasserie.
Mais il ne faut pas accepter toutes les accusations répétées dont les agents du fisc se sont si souvent fait les échos, et considérer comme fraude, certains procédés de fabrication et de manipulations qui ont pour but de livrer, en quantités suffisantes, les bières à bon marché, pour les besoins des populations ouvrières.
La loi du 28 avril 1816 est, du reste, depuis longtemps reconnue insuffisante, en raison surtout des nouveaux procédés de fabrication.
L’administration ainsi que la brasserie est d’accord sur ce point, et déjà quelques modifications, les unes légales, les autres résultant de certaines concessions obtenues à grand’peine, sont venues apporter quelques améliorations à l’ancienne législation.
Le principe sur lequel repose cette loi, c’est l’impôt sur la chaudière, quelle que soit la bière fabriquée.
Il existe bien une taxe différentielle entre la forte bière et la petite, mais cela ne fait qu’augmenter le réseau des formalités, dans lesquelles le brasseur se trouve enfermé.
Nous pensons que, dans la nouvelle législation dont nous demandons la création, toutes ces formalités, toutes ces entraves devront disparaître complètement, et que la liberté du travail du fabricant sera absolue.
Avec la liberté du travail, tous les progrès peuvent être appliqués, toutes les améliorations obtenues. Dès lors, l’envahissement des bières allemandes sera paralysé et nos produits pourront rivaliser avec avantage avec ceux de l’étranger.
Nous trouvons dans le journal le Brasseur, la critique du rapport de l’honorable président de la chambre syndicale des brasseries de Paris, M. Dumesnil, nous le reproduisons in-extenso.
M. Dumesnil est un homme d’une très-haute capacité, d’une honorabilité exemplaire; les brasseurs parisiens l’ont choisi avec juste raison comme président de leur chambre syndicale ; ils se félicitent de ce choix, parce que M. Dumesnil combat pour leurs intérêts avec une énergie éclairée. Son rapport sur les bières à l'Exposition universelle de 1878 ne me parait pas à moi remplir son objet. Ce n’est pas au point de vue de la brasserie parisienne qu’on doit envisager toutes les bières produites en France, ce n’est pas au point de vue non plus des tracasseries de la régie et des exigences ruineuses de l’octroi de Paris, qu’on doit considérer les bières parisiennes à l’Exposition.
M. Dumesnil a bien fait de jeter son cri d’alarme, je l’en félicite de tout mon cœur, parce que l’étranger saura que si les bières de France ne lui sont pas agréables, ce n’est point par la maladresse et l’ignorance des brasseurs français, mais c’est parce que les exigences de la régie et des octrois leur lient les bras et les empêchent de travailler au perfectionnement de leur art.
11 y a deux points de vue dans la fabrication de la bière: le premier a pour but la fabrication des bières de consommation dans le pays, le second la fabrication des bières d’exportation.
Les lois françaises sont une prohibition infranchissable de la fabrication de cette bière extra-forte. L’Angleterre, l’Allemagne peuvent travailler en vue de la consommation française, et il est défendu de parles lois et règlements à tout français de travailler pour la consommation allemande et anglaise ainsi que pour tous les autres pays.
De là, M. Dumesnil conclut que depuis l’Exposition de 1867, la fabrication indigène des bières, est restée stationnaire ;la preuve, c’est que nos exportations
sont en décroissance. On a exporté 39,000 hectolitres de bières en 1869 et seulement 27,790 en 1876. Donc il y a décroissance, et cette décroissance signalée par l’honorable M. Dumesnil semble être attribuée à la mauvaise fabrication française, dont les brasseurs seraient responsables, c’est au contraire la mauvaise législation qu’il faut accuser. Les brasseurs qui ont exporté en 1869 ont perdu de l’argent dans la fabrication des bières exportables ; ils n’ont pas voulu recommencer, ce qui le prouve, c’est la décroissance de la quantité de bière exportée.
Maintenant, pour Paris, le tableau que présente le très-savant rapporteur sur la situation des brasseurs de Paris est vraiment lamentable ; il est évident que d’après les citations véridiques, très-clairement et très-spirituellement exposées des causes de souffrance de la brasserie parisienne ; que l’Administration municipale de Paris a tué sa poule aux œufs d’or, et qu’elle est en train d’étrangler les derniers poussins. Mais la ville de Paris est égoïste, elle s’inquiète fort peu des brasseurs établis dans son sein, elle a porté son octroi à 15 fr. l’hectolitre pour la forte comme pour la petite bière. Ce qui étonne beaucoup les brasseurs exposants, qui m’envoient un hectolitre de bière de 12 fr. c’est que je suis obligé de payer 15 fr. d’entrée, c’est là une anomalie qui en apparence semble inexplicable, une barbarie sans nom qui atteint les ouvriers et la plus grande masse des consommateurs, mais c’est là une conséquence toute naturelle de l’égoïsme de la ville de Paris ; les bières de l’Allemagne, de l’Autriche, de l’Angleterre qui se vendent très-cher l’hectolitre, peuvent supporter ces droits excessifs d’octroi, voilà pourquoi Paris est encombré de toutes ces bières. Les riches ont pris goût à cette consommation, c’est avec les riches que la ville de Paris veut vivre, parce qu’ainsi que le dit un vieux proverbe : où il n’y a rien, le Roi perd ses droits. Et comme la ville de Paris ne veut pas perdre les siens, elle s’adresse aux riches, à ceux qui peuvent payer cher la bière, et elle sacrifie les pauvres qui ne peuvent pas payer beaucoup d’argent aux brasseurs et conséquemment à l’octroi.
Voilà pourquoi les brasseurs de Paris sont sacrifiés, et qu’un seul représentant de notre corporation parisienne expose ses bières.
De tout cela doit-on conclure comme l’honorable et savant M. Dumesnil qui prétend que :
« La brasserie française n’a pas participé au mouvement général des autres industries nationales. Rester stationnaire, n’est-ce pas décroître ? »
Non, la brasserie française n’est pas restée stationnaire, non, la brasserie française n’est pas attaquée d’une décroissance funeste, au contraire, depuis 1867, elle a modifié ses procédés, elle a écouté les principes applicables de la science, si elle n’a pas appliqué toutes les théories de l’honorable et savant M. Pasteur, c’est parce que jusqu’à présent ces théories si savantes sont réfractaires à l’application manufacturière.
Mais elle a modifié et changé son outillage, les usines des brasseurs sont à la hauteur des plus grandes usines de France, l’ingénieur des arts et manufactures, l’ingénieur-mécanicien, les savants brasseurs, tous ont apporté leur pierre à l’édifice, et les brasseries créées en 1877 ne ressemblent en rien aux brasseries existant en 1867.
Il est vrai que la fabrication desÿûères en France n’a augmenté depuis dix ans
que de 619,000 hectolitres. Mais fera-t-on un reproche au Bordelais s’il ne fabrique pas du vin de Champagne, et si la fabrication du champagne augmente tandis que la fabrication du vin de Bordeaux reste stationnaire, devra-t-on en conclure que le vin de Bordeaux perd de sa réputation, non certainement. En France et surtout à Paris on préfère les bières étrangères de plus grand luxe, cela ne nuit en rien aux bières de consommation courante, au contraire on doit s’en réjouir parce que la mauvaise législation qui nous régit ne sera pas éternelle, et lorsqu’elle sera modifiée, les brasseurs prouveront qu’ils sont aussi capables que les Autrichiens et les Anglais de fabriquer des bières supérieures. Ils en fourniront d’aussi bonnes et meme de meilleures, et ils profiteront de la clientèle acquise, parce que le nombre des consommateurs de bière n’a pas diminué depuis 1867, puisqu’on en a bu en 1876, 863,644 hectolitres en plus qu’en 1867.
Non, la brasserie n’a pas dégénéré depuis dix ans, elle a accompli des tours de force incomparables, avec un prix de vente stationnaire et à peine rémunérateur, elle a perfectionné ses produits, maintenant la classe moyenne reçoit à très-bon marché des bières très-saines, très-agréables et relativement fortifiantes. A un prix encore très-faible, le bourgeois, le propriétaire consomme des bières fortes, spiritueuses, d’une limpidité admirable. Les bières du Nord autrefois si dures se sont avancées comme les mœurs ou plutôt en raison inverse de l’irritabilité morale. Les bières du Centre et du Midi autrefois si lourdes, si pâteuses, si indigestes, sont devenues légères et digestives, et certes, les personnes qui ont goûté les bières destinées à l’Exposition, que j’ai maintenant dans mes caves, ont été ravies de leur perfection et de leur finesse, bien que ces bières soient des bières appelées courantes et destinées aux ouvriers.
Non, la brasserie française n’est pas restée stationnaire, ses progrès sont évidents, indiscutables, et si la statistique démontre que la consommation n’a pas augmenté par millions d’hectolitres, c’est que les consommateurs de bière n’ont pas augmenté beaucoup en nombre. Ce n’est pas par dédain de la boisson, c’est parce que les Français, ayant le vin et le cidre à leur disposition, abandonnent la bièie pour le vin aussitôt que la prospérité rentre dans le ménage.
Mais enfin si l’augmentation dans la fabrication des produits n’a pas atteint 1,600,000 hectolitres, elle approche de 900,000.
L’ouverture de l’Exposition universelle approche, la commission d’installation de la classe 76 a terminé ses travaux, je n’ai pas trouve que la disposition de la grande salle puisse convenir aux brasseurs que j’ai l'honneur de représenter, et les membres présents de la commission d’installation, lors de ma visite, m’ont dit qu’on mettrait à ma disposition le grand salon carré. C’est dans ce grand salon que je veux représenter dignement l’industrie de la brasserie, et l’installation des brasseurs sera splendide. J’ai visité la cave de l’Exposition destinée aux brasseurs, mais cette cave qui n’est pas voûtée n’est pas assez froide, c’est un cellier très-bon pour le vin, la bière ne se conserverait pas quinze jours.
J’engage donc mes chers confrères qui m’ont accordé leur confiance à m’adresser chez moi leurs bouteilles et leurs tonneaux, afin que je les soigne dans mes caves pour les faire porter avec la précaution d’usage quand elles seront à point dans la cave de la dégustation.
En présence de l’immensité du Palais de l’Exposition au Champ de Mars, il est difficile de trouver le salon de la classe 76 qui contiendra l’exposition des bières;
pour y arriver, il faut prendre l’avenue delà Bourdonnaye. Si l’on arrive par l’Ecole militaire, on entre par la porte qui précède les bureaux de l’administration. Si au contraire on veut parvenir par les quais ou l’avenue Rapp, on prend la porte qui suit les bureaux de l’administration, très-reconnaissable au drapeau placé au-dessus de la porte d’entrée.
Quand on entre dans l’intérieur du Palais, on se trouve en face d’une exposition horticole d’un caractère particulier. Ce sont des arbres fruitiers cultivés en pots ; les poiriers, de 4 à 5 mètres de hauteur, sont recourbés en spirale sur euxmêmes comme une vis d’Archimède, et n’atteignent plus que 1 mètre à 1 mètre 50 de hauteur. Et cependant ils sont d’une végétation magnifique, il y a autant de boutons de fleur qu’il y a de centimètres dans toute la longueur de la spire. On prend à gauche, on est guidé par une longue file de rosiers, qui contient 1,000 à 1,200 espèces de roses; à la fin de ces rosiers on se trouve en face d’une grande cheminée, et à droite on entre dans le grand salon carré mis à ma disposition si gracieusement pour l’exposition des brasseurs qui m’accorderont leur confiance.
Je veux entourer l’exposition des brasseurs, non pas d’un luxe ruineux, mais enfin la grande industrie que je représente mérite bien qu’elle fasse toilette pour recevoir les visiteurs du monde entier.
Il faut se hâter, parce que les étiquettes, les dorures et les vitrines demanderont beaucoup de temps. Il ne faut pas que la corporation des brasseurs soit taxée d’indolence ou d’insouciance. »