‹ Études sur l'Exposition de 1878 (volume 2)Chapitre 24 sur 65 · CORRESPONDANCES · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCES

A. M. N. à Bédarieux.

Le prix d'abonnement au journal nautique le Yacht est de 20 fr. par an. On s’abonne, 12, rue de la Grange-Batelière.

A. M. I. B. à Marseille.

L’impression du Catalogue de l’Exposition Japonaise paraîtra fin du mois.

(1) Nos lecteurs se rappellent que dans ce chapitre chroniquej’insèretouteslesannonces et réclames possibles, mais je dois dire que ne les cherchant pas je n’en trouve pas, je remplis donc cette feuille de petits renseignements de mon crû ou q e je puise un peu partout.

Samedi 8 juin.

Revue de la semaine. — Variétés, Mélanges. Renseignements pour les exposants. — Annonces. — Réclames

et avis divers.

Matières contenues dans le 8me fascicule.

Chronique , par M. E. Lacroix, ingénieur civil, pages 93 à 118 du tome ix. — Météorologie , par M. Boillot, page 1 à 32 du tome vi. — Sylviculture , par M. A. Frochot, page 81 à 96 du tome h. — Arts militaires , par MM. A. de Loyette et T. Lacoutuhe, pages 49 à 82 du tome v. — Marine et construction navales, par M. G. Berthieu et Galtigny, page 83 à 96 du tome v.

Agriculture.

Les concours d'animaux. — Les opérations des jurys pour les concours d’animaux vivants de l’Esplanade des |Invalides sont terminées. La liste très-nombreuse des prix sera publiée officiellement dans un fascicule qui s’ajoutera au catalogue. Nous publierons la liste des prix d’honneur (prix d’ensemble).

Pour chaque espèce, il y a deux prix d’honneur l’un attribué aux animaux mâles et femelles de. races étrangères, nés et élevés à l’étranger, amenés ou importés en France, et appartenant soit à des étrangers, soit à des Français; l’autre attribué aux animaux de races, soit étrangères, soit françaises, nés et élevés en France.

L’Exposition houillère.

Après l’énorme bloc de charbon d’Amérique et la gaillette des Houillères- Unies, voici que le Charbonnage de Sacré-Marie, à Dampremy, expose un bloc de 4,700 kilogrammes, ayant 3 mètres de longueur, 1 m. 30 c. de largeur, 1 m. d’épaisseur. Il provient de la couche Grand-Vivier en exploitation à 700 m. de profondeur, au puits Saint-Théodore.

Au moment de l’abatage, ce bloc devait peser 7,800 kilogrammes, car il avait 3 m. 30 de long., 1 m. 80 de larg. et 1 m. d’épaisseur; mais il n’aurait pu passer par le puits d’extraction, on a dû le rogner.

A propos de l’exposition des Houillères-Unies, on nous assure que ce n’est pas un, mais quatre blocs de houille que cette administration destine à l’Exposition de Paris. Le plus gros mesure 3 m. 13 X 1 m. 18 X 0.93 et conséquemment pèse plus de 4,000 kilog. Les autres pèsent 2,300 à 3,500 kilog.

Quant aux plans que cette Société expose, tout le mérite artistique en revient à M. Toussaint, de Mons. M. Arriga en a fait quatre copies en traits fins.

Mercredi dernier, les industriels des bassins de Mons, Liège et Charleroi, étaient réunis au Cercle de la Bourse à Bruxelles, à l’effet de choisir les membres belges du jury de l’Exposition de Paris, à proposer au gouvernement. Ont été

nommés : MM. Charles Dupret, président de l’Association des Maîtres de Forges de Charleroi, Habets, secrétaire de Y Union industrielle de Liège, et Guibal, professeur émérite à l’Ecole des Mines du Hainaut.

La statuaire.

Statues de la Terrasse du Champ de Mars. — L’administration a commandé vingt-deux statues à autant de sculpteurs différents, afin de pouvoir offrir à chacune des nations qui ont pris part à l’Exposition, son image allégorique, sous les traits d’une femme debout et beaucoup plus grande que nature.

Voici les nations qui sont personnifiées dans cette galerie universelle :

Les Indes anglaises , par Léon Cugnot : moitié idole, moitié femme, figure ornée d’un système pileux en perles fines.

L’ Angleterre, par A. Allar : la main gauche tient un spectre, la droite s’appuie sur un écusson.

L 'Australie, par Roubeaud jeune : dans la main gauche un morceau de minerai, dans la droite une pince à tondre les moutons, un kanguroo mélancolique dressé en arrière.

Les États-Unis, par J. Caillé : à gauche, the constitution, à droite un drapeau roulé autour de la hampe. Quel effort d’imagination !

La Norwége, par Alexandre Lequien : la main gauche posée sur les armes norwégiennes, la droite tient un harpon.

La Suède, par Allaseur ; des noms de grands hommes et un épieu la caractérisent.

L'Italie, par E. Marcellin : Romulus et Rémus allaités par leur sauvage nounou , indiquent parfaitement que la statue qui les porte dans sa main gauche symbolise la terre des arts par excellence.

Le Japon, par Eugène Aizelin : figure charmante, très-poétique, tête expressive, corps souple et parfaitement modelé sans exagération ; des fleurs dans la main gauche, à droite un bouclier.

La Chine , par Captier', si voisine du Japon et si éloignée, contraste.

L’ Espagne) la main droite posée sur le monde porté par l’historique Santa- Maria.

L'Autriche , par Gustave Deloye\ figure altière où les traditions académiques combattent des tendances à l’art libre.

La Hongrie, par Laf rance ; composition d’un excellent caractère, très-mouvementée sans sortir des lignes générales; costume national complet, la jambe droite relève la jupe et laisse voir le pied chaussé de la botte traditionnelle posant sur la tête d’un bœuf; allure vaillante. Il est fâcheux que cette statue soit placée dans l’angle formé par la lourde maçonnerie de la porte d’entrée du milieu.

La Russie, par A. Lepère \ formes un peu grêles, main gauche posée sur les armes nationales, main droite sur un long glaive.

La Suisse, par Gruyère \ \ lourde de composition et lâchée... d'expreision et d’exécution.

La Belgique , par Étienne Leroux ; une tête de demoiselle de magasin pas jolie qui offre de la dentelle.

La Grèce ; sans nom d’auteur. On dirait un moule antique rafistolé tant bien que mal après avoir éprouvé beaucoup d’accidents.

Le Danemark , par Marqueste; figure jeune, paraissant interroger l’avenir; la main droite tient un gouvernail sur lequel s’enroule un filet ; derrière, un socle et un coutre de charrue dont le manche paraît à gauche.

L 'Amérique du Sud , par A. Bourgeois ; le beau Pâris de la Belle-Hélène ; la main droite a la chance d’avoir quelques fruits à porter, mais la gauche, qui est inoccupée, paraît se disposer à gratter nerveusement la cuisse de la statue.

La Perse , par Chatrousse ; figure typique, mais l’ensemble de la composition ne traduit aucune idée bien marquée.

V Égypte; une Égyptienne des Pharaons avec des ailes attachées aux bras, tenant dans ses deux mains le tracé du canal de Suez.

Le Portugal , par Sanson : la main droite appuyée sur les armes des Bragance, la gauche tient un parchemin où sont écrits les noms de Vasco de Gama et de Camoëns.

Les Pays-Bas , par Tournois : tournure de bonne femme, sans prétention, la main gauche appuyée sur la hanche, la droite soutenue par une rame décorée du caducée.

M. A. Dupuis dans la semaine des constructeurs, dit à ce sujet :

« Parmi les œuvres que nous venons de passer rapidement en revue, quelques-unes seulement sont dignes du talent de leurs auteurs; on sent, en général, un travail hâtif, puis une gaucherie d'exécution et une pauvreté de mouvements qui prouvent bien que nos sculpteurs ne savent pas composer en vue d’une décoration architecturale. Le cadre imposé n’avait rien d’avantageux, c’est vrai, mais le plus grand nombre en ont augmenté la rigidité par l’attitude dite académique de leur sujet. »

Le val d’Andorre, Monaco et le Luxembourg.

Le val d’Andorre, cette petite république si paisible, qu'Halévy nous a fait connaître dans un de ses meilleurs opéras-comiques, s’est alliée aux principautés de Luxembourg et de Monaco, de manière àfigurer honorablementàl’Exposition.

Les ressources d’Andorre sont modestes, et on peut en dire autant de Luxembourg et de Monaco. Mais le pavillon de cette triple alliance, n’en sera pas pour cela moins intéressant à visiter. Il occupe un espace de 435 mètres, et se présente avec une très-jolie façade dans le style des maisons luxembourgeoises. L’entrée est une copie de la porte du palais de Monaco, surmontée des armes de cette principauté, et pour éviter toute distinction jalouse, l’écusson d’Andorre figure sur la balustrade de la terrasse.

C’est au duc de Leiro-Mirepoix assisté de quelques autres notables de ces trois pays, qu’a été confiée la direction de l’installation. Les produits exposés consistent principalement en eaux minérales, saucissons, jambons, tabac, laine,

vins, fleurs artificielles ; les machines et autres avantages de notre civilisation sont à peu près inconnus, paraît-il, dans ces primitives régions. Mais le chauvinisme de ces petits États aurait eu certainement trop à souffrir, s’ils n’avaient pas été représentés dans le Temple de la Paix et de l’Industrie, et nous devons ajouter qu’ils y ont été cordialement accueillis.

Académie des sciences.

Dans la dernière séance, M. le comte Du Moncel, au sujet des Études sur l'Exposition qu’il avait bien voulu se charger de présenter, s’exprime en ces termes :

« Je présente, au nom de M. Lacroix, les deux premiers fascicules des Etudes sur l'Exposition de i878 , dont cet éditeur a entrepris la publication sur les bases grandioses des Etudes sur V Exposition de 1867. Cet ouvrage comprendra 9 volumes grand in-8° et un atlas de 150 planches. 11 répond au vœu exprimé, il y a peu de jours, ici même; il représentera bien l’état de toutes les industries et même de toutes les branches de la science à notre époque. La rédaction en est confiée aux collaborateurs des Annales du Génie civil, dont la compétence est bien connue et parmi lesquels chacune des spécialités techniques est honorablement représentée. »

Les architectes des sections étrangères.

Voici le nom des architectes auxquels a breuses annexes étrangères :

Gilbert Redgrave, de Londres.

Alfred Vaudoyer, de Paris.

Gustave Karompay, de Vienne.

Jaulet, de Bruxelles.

Sun-Sing-Kung.

Le professeur Dahleruys, de Copenhague Villagos, de Madrid.

Paul Bénard, de Paris.

Le professeur P. Basile, de Païenne.

Alfred Vaudoyer, de Paris.

Drevet, de Paris.

Janty, de Colombes (Seine).

Thrap-Meyer, de Christiana.

Van den Bruck, de La Haye.

J. L. Pascal, de Paris.

Ropel, de Saint-Pétersbourg.

été confiée la construction des nom-

Grande Bretagne et Irlande.

Amérique centrale et méridionale.

Autriche-Hongrie.

Belgique.

Chine.

. Danemark.

Espagne.

Grèce.

Italie.

Japon.

Grand duché de Luxembourg.

Maroc.

Monaco.

Norwège.

Hollande.

Portugal.

Russie.

Paul Bénard, de Paris.

Alfred Vaudoyer, de Paris.

Drevet, de Paris.

Issœus, de Stockolm.

F. Iaœger, de Paris.

Emile Desmaret, de Paris.

Russie.

La République de Saint-Marin Siam.

Suède.

Suisse.

Tunisie.

Les délégations ouvrières.

M. Combet avait proposé au Conseil municipal de Lyon l’ouverture d’un crédit de 10,000 fr. pour faciliter l’envoi de délégations ouvrières à l’Exposition universelle.

Le Conseil sur la proposition de la commission des intérêts publics, a pris la résolution suivante :

Art. 1er. L’allocation de la somme de 10,000 fr. n’est pas consentie, mais les’ plus vives sympathies du Conseil resteront toujours acquises aux dites délégations.

Art. 2. Le Conseil décide qu’il facilitera, par l’allocation d’indemnités dont l’importance sera ultérieurement fixée, la visite à l’Exposition universelle d’un certain nombre d’instituteurs et d’institutrices des écoles communales de la ville de Lyon. L’administration est priée de s’entendre avec les autorités académiques pour lui présenter à bref délai une proposition dans le sens sus-indiqué.

L'Angleterre.

Le catalogue de la section anglaise à l’Exposition vient de paraître : c’est un document d’autant plus intéressant, qu’on en peut extraire de nombreuses informations sur la situation relative des différentes branches en Angleterre, et de l’activité qui se développe plus ou moins sur différents points.

Le nombre des exposants est de plus de 1 ,500. Londres, y compris ses faubourgs, entre dans ce chiffre pour 700 ; Manchester, 64 ; Birmingham, 56 ; Glascow, 43 ; Leeds, 40; Édimbourg, 38; Sheffield, 35; Dublin, 28; Huddersfield, 24; Liverpool, 22; Bradford, 18; Belfast, 17; Norwich, 16; Bristol, 15; Nottingham, 13.

. Dans quelques classes il y a foule; d’autres sont complètement vides, d’autres sont à peine représentées. Dans la 7e classe (organisation de l’instruction secondaire), il n’y a pas d’exposant; quatre classes sur six, dans l’horticulture, sont dans le même cas. La sylviculture n’a qu’un seul exposant ; il en est de même pour les insectes utiles ou inutiles, et pour les fruits et végétaux présentés par un seul horticulteur d’Edimbourg. Les papiers de tenture, les châles, les fleurs et plantes d’ornement n’ont que 5 exposants chacun ; la coutellerie en a 5 ; les cartes, les articles de voyage, de campement, le matériel militaire, en ont 5 chacun.

Les mines et la métallurgie comptent 108 exposants; les produits chimiques et pharmaceutiques, 80 ; l’outillage du génie civil, 81 ; les machines en général, 79 ; les tissus et filatures de laine, 69 ; l’outillage d’agriculture, 68 ; la navigation et appareils de sauvetage, 45 ; l’habillement, 44.

Si l’on veut une énumération plus générale par groupes, les appareils et procédés mécaniques comptent 530 exposants ; la fabrication des tissus, 202; l’ameublement et ses accessoires, 244 ; l’industrie des mines avec ses produits bruts et manufacturés, 241 ; les procédés de l’éducation et des arts libéraux, 208; les produits alimentaires, 98 ; et l’horticulture, 25.

Dans le groupe des beaux-arts, il y a 283 peintures à l’huile, 191 aquarelles et dessins, 46 sculptures, 171 dessins et modèles d’architecture, 42 gravures et lithographies.

250 amateurs ont contribué à ce groupe en permettant aux commissaires de choisir dans leurs collections.

La Céramique

En ce qui concerne les faïences et les céramiques en général, les expositions du Champ-de-Mars sont vraiment hors ligne. Ainsi, les faïences dans le genre du potier Bernard de Palissy , ornées de coquillages et d’animaux en relief, ont un vernis tel qu’elles sont en quelque sorte supérieures aux originaux réputés cependant jusqu’à nos jours inimitables. La mode, aujourd’hui nous reportant aux anciennes faïences, l’industrie s’est appliquée à les imiter le plus possible, résultat qu’elle a obtenu avec le plus grand succès, ainsi que nous le prouvent tous ces vases en vieille faïence, peints en majolique italienne, d'une reproduction tellement exacte, que le vrai semble faux. L’exposition de notre manufacture de Sèvres, si connue du monde entier, démontre, d’une façon victorieuse, qu’elle possède toujours le secret de la pâte tendre, contrairement à l’opinion faussement répandue du contraire.

Le» ascensions aériennes.

Ballon captif à vapeur de M. Henri Giffard. — Cette gigantesque construction aérostatique s’élève entre l’arc de triomphe de la cour du Carrousel et le palais des Tuileries. On a déjà creusé le tunnel de 60 mètres de longueur à travers lequel doit circuler le câble.

Nous empruntons au journal la Nature l’indication des principales dimensions de ce ballon, auquel on travaille actuellement avec activité.

La sphère formée par cet aérostat aura 36 mètres de diamètre et cubera 25,000 mètres. La nacelle pourra contenir 50 voyageurs environ, qui seront élevés à 60 mètres de hauteur, à l’extrémité d’un câble pesant 3,000 kil. Deux machines à vapeur de 300 chevaux actionneront le treuil autour duquel s’enroulera ce câble. Le ballon, arrimé à terre, aura 55 mètres de hauteur totale.

Nous allons examiner chacune des parties de cette belle construction à laquelle M. Giffard a consacré tous ses soins.

Le filet est formé de cordes de 1 1 millimètres de diamètre. Il a fallu éviter les nœuds des mailles, qui auraient pu user et trouer l’étoffe de l'aérostat; pour cela, on a simplement fait passer les cordes les unes dans les autres en les entrecroisant. La fabrication de ce filet, dont la longueur des cordes est de 26,000 mètres, s’opère à Vincennes, à la corderie centrale de MM. Frété et Cie, dans un vaste cirque construit au milieu de l’usine. Cent dix ouvriers, superposés les uns au-dessus des autres sur des balcons circulaires, exécutent successivement les différentes séries de la fabrication. Des ligatures faites, à l’aide de ficelles goudronnées fixent les cordes aux points de leur entre-croisement et arrêtent la forme des mailles. On fixe, en outre, des morceaux de peaux à tous ces points d’entre-croisement afin d’éviter l’usure de l’étoffe du ballon contre les saillies formées par la juxtaposition des cordes.

Le filet comptera 52,000 mailles, pèsera 3,000 kilog. environ et coûtera 50,000 fr.

Le câble qui retiendra le ballon sera légèrement conique; il aura 5 centimètres de diamètre à sa partie inférieure et 8 centimètres à sa partie supérieure.

Sa plus petite section pourra supporter une pression de 25,000 kilog. représentant un effort plus que double de celui auquel l’aérostat sera soumis pendant le service des ascensions.

M. Giffard a fait faire un grand progrès à l’aéronautique en imaginant une étoffe d’un tissu très-solide, tout à fait imperméable et pouvant conserver le gaz hydrogène pendant plusieurs mois. Cette étoffe est formée de tissus adhérents superposés dans l’ordre suivant, en allant de l’intérieur du ballon à l’extérieur : 1° une mousseline; 2° une couche de caoutchouc; 3° un tissu de toile de lin très-solide ; 4° une deuxième couche de caoutchouc naturel ; 5° une toile de lin semblable à la précédente ; 6° une couche de caoutchouc vulcanisé, et 7® une mousseline extérieure. Cette dernière est recouverte d’un vernis formé d’huile de lin cuite et contenant une certaine quantité de caoutchouc dissous dans l’essence de térébenthine. Enfin, une couche de peinture ou blanc de zinc est appliquée sur le tout.

Il faudra 4,000 mètres de tissus ayant Im,10 de largeur pour la confection du ballon, qui aura une surface de 4,000 mètres carrés. Chaque mètre carré de ee tissu pèsera 1 kilog. et reviendra à 14 fr.

Vente du catalogue général.

Le premier fascicule du tome I,r du Catalogue général de l’Exposition universelle, groupe I (Beaux-Arts), est actuellement mis en vente. Prix: 2 fr. Il contient la liste des exposants français et de la plupart des exposants étrangers. Un second fascicule complémentaire sera incessamment publié.

Les autres volumes actuellement mis à la disposition du public sont :

Le tome II. — Section française : France, — Groupes II à VI. — Classes 6 à 68, — Prix : 3 fr.

Le tome III. — Section française : France. — Groupes YII à IX. — Classes 69 à 90. — Algérie, Colonies. — Prix : 3 fr.

La vente du Catalogue a lieu au bureau du garde-magasin du Trésor, rue de Rivoli, 192, à l’angle de la place des Pyramides, de neuf heures à quatre heures.

Une remise de 20 % est faite aux libraires et aux intermédiaires autorisés par l’administration des finances.

Générateurs et moteurs à vapeur donnant la force motrice.

Ce sixième groupe occupe à lui seul, dans l’Exposition, presque autant de place que tous les autres groupes réunis.

Les générateurs échelonnés le long de la grande allée extérieure pour la section française, côté de l’avenue de La Bourdonnaye et de l’avenue Suffren, pour les sections étrangères, sont divisés en 19 groupes, abrités par 19 pavillons flanqués d’une cheminée.

Ces pavillons sont au milieu des massifs et des parterres qui longent le palais et le séparent des galeries annexes de celle des machines.

En entrant par la porte Rapp et remontant vers l’école militaire, on trouve trois groupes donnant la vapeur aux moteurs des sections, 5, 6, 7, 8, 9, 10 et 1 4.

Le premier est de la maison Belleville, de Saint-Denis; ce groupe se compose de 3 générateurs de 100 chevaux.

Nous ne comptons pas dans cette évaluation de la force motrice disponible la colossale machine de MM. Farcot et fils qui, à elle seule, peut faire 700 chevaux et est disposée pour actionner la transmission.

Le montage de cette machine s’avance beaucoup.

Il n’y a pas lieu de reprocher le retard à la maison Farcot. C’est là une installation longue et difficile dans les conditions où elle a lieu. La place pour les manœuvres est restreinte, et il faut s’ingénier pour remuer ces grosses masses, au milieu d’un public curieux, sans l’incommoder.

Visite à la section métallurgiques

Le portique que la Société de la vieille montagne a fait installer dans le pavillon sud du grand vestibule de la Seine est remarquable. Il mesure 10 mètres 60 de hauteur, il est tout en zinc laminé, estampé, repoussé, découpé, perforé, travaillé de mille façons, ce qui atteste la supériorité des produits de cet établissement.

Les connaisseurs devront surtout remarquer le* arêtes vives des angles et les fortes saillies des repoussés.

Dans ce même pavillon nous sommes arrêtés par l’exposition de M. Pierre Manhès, usine à cuivre de Védenès [Vaucluse). Nous U trouvons dans l’angle gauche, précédant la galerie dos machines.

M. Pierre Manhès est le premier qui soit parvenu à implanter d'une manière définitive, dans le sud-est de la France, l’industrie du cuivre.

Tous les fours à fondie, affiner, réchauffer, des usines de Védenès, sont des fours Siemens, chauffés au gaz de lignite et tous les cuivres et laitons exposés, ont été travaillés uniquement dans ces fours.

Les usines de Védenès fabriquent d’une façon courante et industrielle un alliage de cuivre et de manganèse (cupro-manganèse à 25 °/o) qui sert à introduire dans le cuivre et le bronze le manganèse nécessaire à cette réaction.

Ces usines peuvent produire annuellement 1,200 tonnes de cuivre laminé; 400 tonnes de laiton laminé ou étiré ; 350 tonnes de tuyaux sans soudures.

Le personnel comprend 200 ouvriers.

Les ateliers sont mis en mouvement par une force hydraulique régulière de 220 chevaux.

Nous nous arrêtons devant la panoplie de boulons et de pièces diverses de ferronnerie et de matériel de chemin de fer de M. Dervaux-Ibled de Vieux - Coudé (Nord).

Dans la salle n° 5, n° 151, nous trouvons une exposition modeste, mais dont l’importance est grande par l’utilité des produits exposés, qui consiste en un procédé de doublage en étain pur des métaux susceptibles de s’oxyder (procédé Lhoste).

M. Lhoste a obtenu des iésultats qui seront fort appréciés par les distillateurs et les raffineurs, et aussi par tous les industriels qui font usage d’appareils susceptibles d’oxydation.

Ce doublage fait de feuilles d’étain pur, laminées aux épaisseurs voulues, répond aux exigences de l’hygiène et de l’économie.

Dans la classe n° 7 au n° 404, on remarque les fils et les toiles métalliques de la maison Amédée Roswag fils et Cie.

Autrefois les toiles métalliques étaient tissées à la main, aujourd’hui elles le sont au métier. Les études, les recherches de M. Amédée Roswag lui ont permis de surmonter toutes les difficultés que le fil tréfilé présentait au tissage. La régularité de leur outillage perfectionné est telle qu’ils obtiennent jusqu’à 144 mailles dans un millimètre carré et des fils d’une finesse telle qu’on ne peut les jauger.

Manufactures Nationales.

AVIS

Pendant la durée de l’Exposition, le public pourra visiter sans cartes ni permissions les manufactures nationales de Sèvres et des Gobelins, de midi à cinq heures.

Les dimanches et fêtes, les ateliers seront fermés, mais le musée et les galeries resteront ouverts.

Heures des Etudes.

A partir du 9 mai, le public est prévenu que de huit à dix heures du matin (heures réservées aux études) les visiteurs seront admis dans l’enceinte de l’Exposition, moyennant le payement de deux tickets de 1 fr.

Conservation du Palais du Ghamp-de-Mars

Dans une de ses visites aux travaux de l'Exposition, le président de la République avait émis l’idée de la conservation partielle du palais du Champ de Mars, dont les grandes galeries au moins pouvaient être conservés pour servir de magasins, en laissant un emplacement suffisant pour lés manœuvres à l’intérieur.

Ce projet recevra sans doute son exécution ; des négociations sont entamés par les ministres de l’agriculture et des travaux publics avec le ministre de la guerre et la Ville de Paris.

On propose la destruction des galeries intérieures et la conservation des deux galeries vestibulaires, et des galeries des machines.

Les galeries conservées serviraient aux magasins militaires ou à des entrepôts, soit même à des expositions spéciales annuelles ou des concours agricoles.

Gomment quelques exposants comprennent leurs intérêts.

Si on vient à grands frais montrer au public les produits de son industrie, c’est évidemment où ce doit être pour lui faire connaître et apprécier les avantages de tel ou tel objet, de telle ou telle fabrication.

Eh bien si vous vous arrêtez devant une vitrine, d’abord il arrive souvent que vous n’y trouvez personne pour vous répondre ; mais si vous trouvez quelqu’un, vous n’êtes pas plus avancé, ce quelqu’un vous refusant parfois toute espèce de renseignement.

C’est à leur dire : Alors restez chez vous.

Exemple : — Je m’arrête en Belgique devant une grille en fer d’un assez joli modèle. La personne qui représente l’exposant, ou peut-être l’exposant luimême a l’air de me prendre pour un malfaiteur, il se renferme dans sa coquille et je ne puis rien obtenir de lui. Combien coûte cette grille, où a-t-elle été fabriquée, par quels procédés, quel est son poids, en avez-vousune photographie? etc., etc.

Réponse nulle. On aurait dit que je lui demandais la bourse ou la vie. Vous comprendrez que ce système facilite peu les Etudes en ce sens qu’il faut chercher et tout deviner soi-même.

Heureusement que le nombre de ces exposants soupçonneux est restreint.

Visite en Autriche.

Les maisons d'école. — La ventilation des écoles autrichiennes est traitée avec beaucoup de soin. Deux tuyaux, débouchant à ras de terre, montent dans l’épaisseur du mur et amènent en abondance l’air frais dans la classe : l’un d’eux sert pour l’été et débouche sous la chaire du professeur ; l’autre sert pour l’hiver, à amener l’air entre le poêle et son revêtement en tôle; cet air sort par des ouvertures pratiquées en haut de ce revêtement, de sorte qu’il ne se répand dans la classe qu’à l’état d’air chaud. On laisse échapper constamment l’air vicié par une ouverture à grillage placée dans le plafond. Cette ouverture

communique avec les combles et débouche dans la base d’une assez large cheminée en maçonnerie où arrivent aussi les tuyaux de poêle des deux étages ; la chaleur entretenue par ce voisinage détermine un tirage qui appelle l’air de la classe, fig. 1.

À côté de la classe se trouve une petite pièce (3 mètres sur 6m,90) : qui sert tout à la fois de salle de collection et de salle de couture. A ses parois sont adossées des armoires vitrées qui contiennent les instruments de physique, les spécimens d’histoire naturelle et une bibliothèque communale.

Le milieu de cette pièce est occupé par une table autour de laquelle sont placés douze sièges à dossier arrondi. C’est par groupes de douze au maximum, que la maîtresse de couture, ordinairement la femme de l’instituteur, réunit les élèves.

Le logement de l’institution occupe le rez-de-chaussée. C’est un appartement relativement confortable.

L’aquarium

La berge de la Seine, au pied du quai de Billy, offrira du trottoir longeant le parapet du quai où sont les annexes agricoles, le plus charmant coup d’œil par la vue de l’ensemble; mais l’examen du détail, facilité par six escaliers en bois reliant dans toute la longueur la berge avec le quai, est des plus intéressants. D’abord, l’aquarium marin : c’est une rivière factice en élévation le long de la Seine, construite au moyen de madriers de sapins solidement réunis, boulonnés et soutenus par des charpentes extérieures vers la Seine. Cette rivière à ciel ouvert a le fond arrondi pour supporter une garniture de grève, elle est

Fig. 2. — Spécimen de machine à gaz (système Lenoir).

divisée en 25 compartiments dans lesquels sont réparties les nombreuses variétés d’animaux marins qui constituent les habitants de cet aquarium dont la vue est procurée au moyen de glaces ménagées dans la façade intérieure donnant dans une belle galerie couverte. Le tout d’une longueur de 80 mètres environ, une hauteur de 2 mètres et une largeur de 2 à 3 mètres. Une machine à gaz (système Lenoir), fig. 2, s’installe à l’extrémité pour l’alimentation et le renouvellement de l’eau. Depuis longtemps déjà les compartiments ont été garnis de grève et remplis d’eau de Seine; ils viennent d’être vidés et nettoyés pour y introduire de nouveaux graviers avec l’eau de mer qui y est aujourd’hui et va être suivie des pensionnaires qui lui sont destinés. Entre la galerie couverte et le mur du quai, faisant face à l’aquarium, l’on a construit une série de bassins en maçonnerie hydraulique destinés à l’exposition d’ostréiculture. Au bout de l’aquarium, un grand bassin, aussi en élévation et à ciel ouvert, de 6 m. sur II, avec une estrade en bois disposée pour les ébats des phoques, puis vient la construction modèle des égouts de la Ville de Paris. Ces modèles sont les types des nos 1 et quatre. Ce sont des galeries voûtées à plein cintre, construites en meulières et ciment. Le n® 4 a une longueur de 25 m. sur un développement de 4 m. 20 sous clé, et une largeur de 4 m. 50; une galerie est pratiquée au centre et à une profondeur de 4 m. 20 sur 4 m. 30 de large, au-dessus de laquelle passe le wagon-Vanne allant se décharger dans le collecteur. Ce dernier, type

n° 14, se raccorde avec l’autre dont il reçoit le contenu. Il a une section plus grande, 5 m. sous clé, sur une môme largeur. Ce modèle a 15 m. de longueur. La série sur cette berge se termine actuellement par la Turbine Eolienne , de

M. Ernest Bollée, du Mans, annexe de la classe 54. Cet appareil qui a tant éveillé la curiosité et que l’on prenait généralement, au début, pour un sémaphore, sert à monter l’eau au moyen du vent. Il représente une force de 15 chevaux, son usage peut être utilisé 20 heures sur 24, moyenne de l’année; son produit est de 40 mètres cubes par heure.

A propos de Laquai ium nous rappelons l’idée de M. Toselli, qui jusqu’à ce jour est restée à l’état de projet. Notre figure 3 aidera à la compréhension du texte qui va suivre.

Cet aquarium sera formé d’une immense enveloppe en tôle de fer, dont le fond sera parsemé de rochers, de bancs de sable, d’herbes et de toutes les variétés aquatiques que M. Toselli a pu observer dans ses nombreuses et longues excursions sous-marines.

La grande cuve sera entourée de plusieurs galeries sur lesquelles le public pourra se promener et voir à travers des lunettes grossissantes l’intérieur de l’aquarium, peuplé des animaux aquatiques les plus variés.

A l’étage supérieur on verra fonctionner la Taupe-marine. M. Toselli a découvert le moyen de rester sous l’eau autant qu’on le veut sans communication avec l'air extérieur. Cette expérience sera, sans aucun doute, une des plus curieuses de l’Exposition.

Après les expériences de la Taupe-marine et des engins saisisseurs , on descendra au deuxième étage. Cette descente correspond à là profondeur de 35 mèt. dans la mer, et l’on voit que l’eau à cette profondeur a encore une teinte bleuâtre. Au troisième, c’est-à-dire à la profondeur de 75 mèt., on peut remarquer que l’eau de la mer a pris une couleur verdâtre ; et quoique le milieu soit très-sombre, on pourra apercevoir les gros poissons et le sommet des montagnes sous-marines.

Enfin les visiteurs atteindront la quatrième galerie, ou galerie du rez-dechaussée, correspondant au fond de la mer, à une profondeur de 140 mètres, profondeur à laquelle on ne peut plus rien distinguer. Mais M. Toselli, de l’intérieur de sa Taupe-Marine , fera jaillir la lumière électrique, et l’on verra sur es rochers, les éponges, les coraux, les huîtres et tous les différents zoophites dignes d’exciter la plus vive curiosité. Il est évident que ces profondeurs de 35, 75 et 140 mètres ne sont que figurées puisque l’aquarium aura tout au plus 10 m., ce qui est déjà assez joli; mais c’est à l’aide de la lumière venue de la Taupe marine que M. Toselli se propose d’indiquer les différentes nuances de l’eau aux différentes- profondeurs.

M. Toselli indiquera comment la Taupe-marine à l’aide de ses organes cachés de locomotion et de ses griffes, peut saisir et emporter les différents objets qui gisent au fond des mers.

On assistera enfin au sauvetage d’une chaloupe coulée à fond sous une charge de 8 à 10 tonnes de pierres. Ce sauvetage s’opérera par la chaîne air hydrique, et l’on verra la chaloupe s’élever d’elle-même à la surface de l’eau, sans qu’il soit nécessaire de la tirer par des cordes ou des chaînes.

Toutes ces expériences seront d’un intérêt capital.

Le projet de ces exhibitions est formé dans le but de fonder une société qui, en connaissance de cause, exploiterait les engins Toselli d’une manière sérieuse et productive.

Les trains de plaisir.

Beaucoup de personnes à l’étranger et tout le monde en province, ont projeté de venir à Paris cet été; chacun se prépare, réunit ses économies, fixe le jour du départ. La grande préoccupation est de savoir si les compagnies de chemins de fer organiseront des trains de plaisir.

La plupart des compagnies ont déjà résolu la question.

La compagnie Paris-Lyon-Méditerranée va organiser tous les huit jours des trains de plaisir entre Marseille et Paris. Le premier est parti le 30 mai.

Elle vient en outre de décider qu’une réduction de 50 % sur Ie prix ordinaire des billets de 3e classe sera accordée, à l'aller et au retour, aux ouvriers qui seront envoyés à l’Exposition universelle, par groupes de quatre personnes au moins, aux frais des établissements industriels, des chambres de commerce et des comités départementaux constitués spécialement pour faciliter le voyage des ouvriers à l’Exposition.

La compagnie du chemin de fer du Nord vient de faire savoir à la chambre de commerce de Lille :

1° Qu’elle transportera à moitié prix du tarif, en troisième classe, les ouvriers qui, des diverses localités situées à plus de 100 kilomètres de Paris, seront envoyés à l’Exposition, par groupe de quatre au moins, aux frais des établissements industriels auxquels ils appartiennent ;

2° Que, périodiquement, suivant les demandes, des trains de plaisir à prix réduits, composés de voitures de deuxième et troisième classes, seront organisés par la compagnie.

Cette compagnie est disposée à accorder une réduction de 50 % sur Ie prix des billets de troisième classe aux ouvriers des établissements industriels qui seront envoyés à l’Exposition aux frais de leurs patrons, par groupe de quatre personnes au moins appartenant au même établissement, et ces billets auraient une durée de huit jours.

La compagnie des chemins de fer de l’Est mettra en marche, chaque mois, pour Paris, des trains spéciaux pour le transport des voyageurs à qui elle délivrera des billets à prix très-réduits en 2e et 3e classes, comprenant l’aller et le retour. La mise en marche de chaque train sera annoncée à l’avance par des affiches.

De son côté, la compagnie des chemins de fer de l’Ouest ne s’est pas mise en retard pour être agréable au public.

Des billets à demi-prix seront délivrés par elle, à l’aller et au retour, aux ouvriers et délégués qui seront envoyés par les chambres de commerce, Conseils municipaux ou corporations, à l’Exposition universelle.

De plus, des trains spéciaux seront faits le vendredi soir de chaque semaine, sur Paris, avec retour le lundi soir. On aura ainsi trois journées de séjour dont un dimanche.

Les prix des billets seront réduits de 65, peut-être de 70 %, c’est-à-dire des deux tiers. C’est à peu de chose près le prix des trains de plaisir.

Ces trains ne contiendront que des voitures de 2e et 3* classes.

Seule, la compagnie du chemin de fer d’Orléans n’a pas encore pris de décision à l’égard des voyageurs pour l’Exposition. Se ferait-elle tirer l’oreille?

Elle ne se l’est pas fait tirer pour favoriser le pèlerinage qui vient d’avoir lieu à Bourges à l’occasion des fêtes du millénaire de Sainte-Solange; elle a délivré des billets d’aller et retour de toutes les classes pour Bourges, avec une réduction de 40 % sur Ie Yrix du tarif général.

Visite en Portugal.

De V éducation des femmes. — Dans la section portugaise nous avons remarqué un tableau où sont classés quelques échantillons de travaux industriels faits par des élèves de l'Ecole centrale de l'Association du sexe féminin à l’île Madère.

Ce sont des tresses en paille , des soies grèges, des filoselles , des floches de différentes teintes, des tissus de coton, etc.

Ces travaux sont remarquables, parce qu’ils représentent les premiers produits d’une industrie naissante, sortis des mains de petites tilles, sous l’influence du souffle bienfaisant d’une association qui a en vue un grand progrès social.

On trouve des renseignements assez détaillés sur cet Institut, dans une brochure que l’on voit dans la même vitrine, et que j’ai sous les yeux. Elle renferme le discours prononcé, à l’occasion de l’installation de cette école, par son fondateur, M. Joao da Camara Leme Homem de Vasconcellos, docteur en médecine de la Faculté de Montpellier, directeur de l’Ecole de médecine de Madère, chirurgien en chef de l’hôpital principal de Funchal, lauréat et membre de plusieurs académies et sociétés savantes, françaises et portugaises.

11 y a environ quatre ans, une dame distinguée de Madère, Mme d’Athouguia Almeida, ayant le désir d’assurer dans son pays, à toutes les femmes laborieuses le secours dont elles ont si souvent besoin, surtout quand la maladie leur paralyse les bras, pria M. da Camara de l’aider à organiser une association du sexe féminin, afin de procurer aux femmes un secours mutuel. *

M. da Camara adopta chaleureusement cette idée, et, après l’avoir profondément étudiée, il en fit jaillir une association qui a pour but non-seulement le secours mutuel, mais encore pour résultat de donner à la femme la santé, la force et l’indépendance. 11 a voulu la rendre bonne épouse, bonne mère, bonne ménagère ; l’élever moralement ; la préparer, en un mot, au moyen d’une bonne éducation physique, intellectuelle, morale et religieuse, à concourir, en même temps, pour le bonheur de la famille et l’amélioration de la société.

Cette association fut fondée le 9 mai 1875, sous la dénomination d 'Association de protection et d'instruction du sexe féminin à Funchal , par 34 dames des plus distinguées de la ville de Madère.

C’est spécialement par le mode d’éducation que cette association se recommande.

Je vais donner une idee succincte de la manière dontM. da Camara a envi sagé a question quand il vint à, s’occuper de l’organisation de cet Institut.

« L’éducation de l’enfant commence au moment de sa naissance ; mais c’est à la mère, spécialement, que cette première éducation appartient. C’est la mère qui dirige ses premiers instincts, qui guide ses premiers pas, qui imprime dans son cœur tendre les traits les plus difficiles à effacer.

« Cette première éducation, Y Association du sexe féminin ne peut pas la donner, évidemment, mais elle y contribue beaucoup en formant les bonnes mères de famille , qui sont les vraies éducatrices de l’enfance.

Après l’éducation qui appartient à la famille, vient la première éducation de l’école, l’instruction primaire élémentaire.

Quelle influence cette association du sexe féminin a-t-elle sur cet enseignement primaire ?

En France, il y a, pour environ 500 habitants, une école d’instruction primaire. M. Guéroult disait à la Chambre, dans la séance du 3 décembre 1867, que dans un village du Berry, il n’y avait pas une seule femme qui sût lire. On comprendra donc que, dans le Portugal, où il n’y a qu’une école primaire pour environ 1,000 habitants, l’instruction populaire ne soit pas encore suffisamment répandue, spécialement en ce qui regarde le sexe féminin, pour lequel on compte une seule école pour 6,000 habitants.

Cependant, à Madère, dans la commune de Funchal , siège de l’association, il y avait proportionnellement un bien plus grand nombre d’écoles d’instruction primaire que dans la plupart des autres localités du Portugal. Plus de 40 écoles de filles étaient établies dans les neuf paroisses de la commune, et il n’y avait pas une seule paroisse qui n’eût au moins une de ces écoles entretenues aux frais de la municipalité.

Il ne manquait pas d’écoles de filles à Funchal ; mais ces écoles mal organisées, étaient très-peu fréquentées.

Il aurait d’ailleurs été trop onéreux, il aurait même été impossible à cette association naissante de fonder des écoles bien organisées qui pussent répondre, d’une manière satisfaisante, aux besoins de l’enseignement des associées dans les différentes localités.

M. da Camara a résolu la difficulté d’une manière praticable, en imposant à l’Association l’obligation de concourir, autant que ses fonds le lui permettront, à l’amélioration des écoles, entretenues aux frais de la commune ; les associées, elles-mêmes, s’étant obligées, sous des peines rigoureuses, d’envoyer leurs filles à l’école primaire, depuis 1 âge de 6 ans jusqu’à 9 ans.

Ainsi cette association a aussi une influence importante sur l’instruction primaire élémentaire.

Mais, c’est après cette instruction qu’elle remplit sa plus haute mission, en complétant sous les rapports les plus utiles dans la vie commune, l’éducation physique, morale, intellectuelle et religieuse de la femme, en s’appliquant à faire, non pas des femmes savantes , mais des femmes robustes, habiles, indépendantes ; de bonnes ménagères, de bonnes épouses, de bonnes mères.

Il y eut un temps, où l’éducation physique, si négligée généralement aujourd’hui, était la partie principale de l’éducation de l’homme. Aussi, les organismes des peuples civilisés d’aujourd’hui, ne sont pas les organismes des peuples d’autrefois. L’industrie elle-même, cette inépuisable source de la richesse publique, ne contribue malheureusement que trop à affaiblir de plus en plus IXPOSITION DI 1878. — TOMI IX. 8

l’organisme déjà naturellement si faible de la femme, en abusant de ses forces dès l’âge le plus tendre, souvent dans les plus mauvaises conditions hygiéniques. »

M. da Camara entend qu’il faut utiliser convenablement les aptitudes de la femme. Moi-même, je l’ai bien fait sentir encore dernièrement, dans la 2e livraison de cette publication, en parlant d’une École 'professionnelle de jeunes filles pour l'étude de l'art typographique , dirigée par des dames, école que j’ai instituée à Paris, dans mes ateliers, rue des Saints-Pères. Mais j’entends qu’il faut utiliser la femme, non pas dans le but de l’exploiter, mais dans le but de la protéger et de l’aider à se créer une position libre et indépendante.

11 n’est cependant que trop vrai, malheureusement, qu’un grand nombre de jeunes filles perdent leur santé dans les ateliers industriels.

Voyez ce que disait à ce sujet, lors de l’Exposition de 1867, Mmc Pape Carpentier, directrice du cours normal des salles d’asile, à qui avait été confiée la partie du rapport général sur l’exposition scolaire, concernant spécialement les travaux à l’aiguille.

Après avoir parlé des réponses faites par soixante-trois écoles de filles au questionnaire qui leur avait été adressée par les ordres du Ministre, Mme Pape s’écrie :

« C’est un nouveau chapitre du martyrologe des enfants.

« On y trouve avoué, que disons-nous, avoué! proclamé, avec un naïf contentement de soi-même, que de pauvres petites filles de cinq ans, au lieu de s'employer à pousser et à fleurir, de s’ébattre en gaieté, au grand air, pour se faire selon le vœu de la nature, des muscles et du sang, et se constituer des éléments indispensables de la santé qui sera pour elles plus tard, le point d’appui de la fermeté morale aussi bien que de la force physique ; que ces pauvres petites, disons-nous, pour gagner dès le début, l’entretien d’une vie qui leur rapportera toujours si peu, sont, dès l’âge de cinq ans, clouées au travail pendant une durée de trois à sept h jures par jour ! qu’à six ans, il y en a qui travaillent dix heures ! à huit ans, douze heures !

« Plus tôt on les y met, répond une directrice, mieux cela vaut. »

« Plus longtemps elles travaillent, dit une autre, moins elles désertent de la bonne voie. »

« Comme si l’honneur et la moralité de la jeune fille, ne pouvaient résulter que de l’écrasement de toutes les forces vives que Dieu a mises en elle 1 »

« Si l’exposition avait été plus complète, et qu’elle eût été scrutée sous toutes ses faces, comme nous avons essayé de le faire, elle eût pu s’élever à la hauteur d’une enquête. On aurait vu probablement pour la totalité, comme on l’a vu dans ce qui est parvenu à notre connaissance, que l’enseignement professionnel des femmes est, sauf quelques exceptions, livré partout aux exigences de la misère et de la spéculation ; que l’enfant y est appliqué, dès ses plus jeunes années, en vue d’un salaire qui varie, selon les fluctuations du commerce, de b à 30 centimes par jour, et que partout l’enfant est considéré comme producteur, ce qui nous semble contraire à toute sagesse, à toute bonté, aussi bien qu’à toute science économique.

« Non, l’enfant ne peut équitablement devenir producteur, c'est-à-dire avoir

quelque chose à donner en dehors de lui, qu’après avoir acquis préalablement tout ce dont il a besoin en lui-même et pour lui-mème. Est-ce que le ver à soie file avant de s’être nourri des feuilles dont il tire son tissu précieux ? Ne faut-il pas que l’enfant, comme la terre, soit cultivé avant de produire ? Et que peut produire un enfant à l’âge où tout chez lui est frêle, tendre et rempli encore du lait maternel ? Ce qu’il produit ? on nous l’écrit: «quelques centimes par jour. » Quelques centimes ! est-ce donc là un revenu indispensable ? Et comment parvient-on à lui faire gagner ce misérable salaire? En le soumettant à remplir le rôle d’un instrument à vil prix; en contraignant sa jeune turbulence à n’exercer que tels muscles, à n’exécuter que tels mouvements, qu’il devra répéter tous les jours de sa vie; en développant à l’excès, chez lui, le ressort dont le métier a besoin, au préjudice de ceux dont il n’a que faire; enfin, en rompant sans scrupule, dans les jeunes organisations, cet équilibre, cette pondération des forces qui est la force elle-même, et la plus admirable manifestation de Dieu dans l’univers ? »

Dans la séance du 10 septembre 1867, delà Société de protection des apprentis et des enfants des manufactures , M. Charles Robert, conseiller d’État, secrétaire général du Ministère de l’instruction publique, occupant le fauteuil de la présidence, prononça une remarquable allocution, dont je mettrai sous vos yeux le passage suivant :

« Nous entendions naguère, sous les voûtes de Saint-Eustache, retentir la voix du père Hyacinthe. L’orateur expliquait l’œuvre de la Société de protection , et il en faisait ressortir les bienfaits ; son discours qui a été sténographié et que votre Bulletin publiera, je l’espère, nous pénétra d’une émotion profonde; il montrait les liens sacrés par lesquels l’enfant appartient à la famille, à la patrie, à Dieu: d’un autre côté, il faisait apparaître à nos regards les magnificences de l’Exposition universelle, les merveilles de l’industrie accumulées dans le palais du Champ-de-Mars; mais bientôt, il nous entraînait dans ces réduits obscurs et malsains, où dépérit trop souvent la population ouvrière; et soudain, adressant une interpellation solennelle à cette industrie dont la main si habile, si puissante, est pleine de trésors et de chefs-d’œuvre, il lui rappela les malédictions terribles dont le Dieu tout-puissant avait frappé la main criminelle d’un roi d’Israël : cette main, pour avoir opprimé l’innocent, était desséchée et maudite.

« Puisse, disait l’éloquent prédicateur, à l’auditoire suspendu à ses lèvres, puisse la main de l'Industrie française ne jamais mériter une pareille condamnation ! et il la conjurait au nom des choses les plus saintes, d’épargner le faible, de ménager l’enfant, de respecter l’âme et le corps des générations naissantes ! Ah, Messieurs, si la chaire chrétienne, dans toutes les communes où l’industrie règne, pouvait étendre ainsi un bouclier protecteur sur l’enfant; si les prêtres, pasteurs des âmes, et les instituteurs, représentants des pères de famille, pouvaient devenir partout d’un commun accord, les défenseurs efficaces de ces petits êtres sans défense, un grand pas serait fait dans la voie où nous marchons. »

M. da Camara, en sa qualité de médecin, a compris parfaitement l’importance de l’éducation physique des enfants. Aussi s'en occupa-t-il d’une manière toute particulière, en introduisant dans son Institut l’enseignement théorique

et pratique des préceptes hygiéniques les plus utiles dans la vie ordinaire, des exercices gymnastiques appropriés, des jeux, des danses, la récitation, la déclamation, le chant en chœur, etc.

Pour les exercices gymnastiques, il organisa, d'après le système de Schreber, un tableau synoptique représentant 44 exercices qui peuvent être exécutés partout, sans aucun appareil ; ils remplissent parfaitement le but que l’on cherche à atteindre au moyen d’appareils compliqués, assez coûteux, et qui demandent un grand espace.

L’instruction morale et religieuse y est aussi très-soignée.

L’instruction intellectuelle comprend non-seulement les choses les plus importantes pour les mères de famille, mais aussi tout ce qui prépare la femme pour l’exercice des principales professions propres à son sexe, pour les industries qui, dans les circonstances spéciales de la localité, peuvent lui offrir le plus d’avantages.

Des conférences hebdomadaires et une bibliothèque de livres choisis , complètent les moyens de l’enseignement actuel, que M. da Camara se propose d’élargir plus tard, en y annexant une Ferme-école pour les filles ,

Les renseignements suivants, extraits du règlement interne de cette école, donneront une idée très-complète de son organisation :

Les matières comprises dans le cadre des études sont enseignées, les unes par le mode simultané , les autres, par le mode mutuel.

Le mode simultané consiste : 1° dans les cours de catéchisme, de morale, de bienséance, d’hygiène familière, d’économie [domestique, l’étude du système métrique des poids et mesures ; 2° dans les jeux, danses, exercices gymnastiques, chant, récitation, déclamation; 3° dans les conférences hebdomadaires.

Le mode mutuel est suivi dans les six classes d’études suivantes:

1° Sériciculture, vannerie, tissage et chapeaux de paille, blanchissage, repassage, filage au fuseau et au rouet, dévidage et moulinage de la soie, tissage, métiers de cuisinière et de femme de ehambre ;

2° Couture à l’aiguille, marque à l’aiguille, reprisage et raccommodage du linge, crochet, tricot, filets et autres travaux du même genre;

3° Dessin linéaire appliqué à l’ornement, à la broderie et aux fleurs, broder en blanc, art de tailler sur mesure et de confectionner la lingerie, corsets, etc. 4° Couture mécanique ;

5° Art de tailler sur mesure et de confectionner des robes, manteaux et autres vêtements ;

6° Art de confectionner des bonnets et coiffures de femmes, fleurs, dentelles, broderie fine, chapeaux, ouvrages en cheveux, et autres travaux féminins, utiles ou lucratifs.

Dans l’enseignement de toutes ces matières, les notions théoriques sont toujours accompagnées ou suivies d’une étude pratique, tout le matériel nécessaire étant fourni par l’Association.

Cette école est fréquentée par des élèves de trois ordres : ordinairest volontaires, temporaires.

Les élèves ordinaires suivent le cours régulier de l’école, et ne peuvent pas changer de classe sans qu’elles en soient jugées capables.

Les élèves volontaires fréquentent régulièrement l’école; mais elles ont la faculté de choisir la classe qu’elles veulent suivre.

Les élèves temporaires ne fréquentent pas régulièrement l’école ; mais y vont seulement quand elles veulent ou peuvent y aller, durant le temps des classes, pour apprendre ou en pratiquer une étude à son choix.

. On admet aussi comme ouvrières , des associées suffisamment habiles, ayant droit à la moitié du pioduit de leur ouvrage, spécialement dans les ateliers de lingerie et de modes .

Les élèves peuvent s’inscrire dans cette école à toute époque de l'année scolaire. Il y a pour cela un livre spécial où l’on consigne: le nom, l’âge, la filiation, le lieu de naissance, la résidence des élèves ; l’ordre où elles s’inscrivent la classe dont elles font partie ou les études qu’elles veulent suivre; la résidence des parents, tuteurs ou autres personnes chargées de leur éducation; le jour de l’entrée, le numéro correspondant et leur degré d’instruction.

Les exercices scolaires commencent à 8 heures du matin.

On passe d’abord la revue des élèves, pour constater si elles sont convenablement mises ; après quoi elles prennent place dans la salle principale de l’école.

Immédiatement après, une des institutrices, se mettant à genoux et faisant signe aux élèves pour qu’elles suivent son exemple, récite à haute voix une prière, que toutes les élèves répètent.

Après la prière, a lieu une leçon orale qui dure une demi-heure et sur une des matières suivantes : catéchisme, morale, bienséance, hygiène familière, économie domestique, système métrique des poids et mesures.

On fait ensuite l’appel général, et on prend note de toutes les élèves absentes.

A 9 heures du matin, commence l’enseignement mutuel.

Les élèves sont alors disposées en cercles, dans lesquels chaque élève a un numéro, qui, dans les cercles formés autour des tables, correspond au numéro du tiroir où elle garde son travail et autres objets.

Les numéros sont distribués selon les progrès et la conduite de l'élève, de de telle façon que le mérite supérieur correspond au chiffre le moins élevé.

La première élève du cercle a pour devoir : 1° de diriger les travaux; 2° de maintenir l’ordre et de prendre note des faits méritant louange ou réprimande, pour en faire part opportunément à l’institutrice; 3° de faire chaque jour un contre-appel des élèves de son cercle avec 9 colonnes : la lr® pour le numéro d'ordre des élèves du cercle ; la 2e pour le nom des élèves ; la 3e pour le jour de l’entrée dans le cercle ; la 4e pour le numéro primitif ; la 5® pour le numéro du registre général ; la 6« pour les présences et absences ; la 7e pour les progrès faits par les élèves ; la 8e pour la conduite; la 9e pour des observations spéciales.

Les progrès faits par les élèves et leur conduite sont notés par l’institutrice à chaque séance, par des bons points. A la fin de la semaine, on additionne ces points : celles qui en ont le plus obtenues passent aux premières places, et la quote-part du produit du travail est proportionnellement distribuée d’après le chiffre des points obtenus par chaque élève.

A la fin du mois, il est adressé à la direction centrale un tableau indiquant les progrès et le mérite des élèves et leur assiduité ; et à la fin de l’année scolaire, un tableau général résume les heures de présence et les progrès de chaque élève.

A onzeheuresdu matin, les travaux des cercles sont suspendus. Puis commencent les exercices gymnastiques et récréatifs, les jeux, les danses, le chant, la récitation, la déclamation, sagement combinés et variés dans les différents jours de la semaine, de manière à ne pas fatiguer les élèves et à ménager leur santé tout en les récréant.

A 1 heure de l’après-midi on passe au réfectoire, où les élèves prennent aux frais de l’Association, un repas qui, non-seulement les nourrit, mais aussi leur sert d’école 'pratique pour la cuisine et le service de la table.

A 2 heures de l'après-midi commence la séance du soir, qui consiste en des Etudes pratiques et qui finit à 4 heures.

Il y a ensuite, pendant une heure, des exercices récréatifs. AK heures on sort.

Il y a des punitions et des récompenses.

Les punitions, qui sont appliquées selon la gravité de la faute, sont : 1° une mauvaise note ; 2° passage dans une place inférieure ; 3° réprimande particulière-^0 inscription du nom dans le tableau noir; 5° réprimande publique; 6° lettre adressée aux parents ou représentants; 7° exclusion de l’école.

Les récompenses sont : 1° bonne note; 2° passage à une place supérieure; 3° inscription du nom dans le tableau d’honneur; 4° éloge public; 5° diplôme de mérite. A la fin de l’année scolaire, il y a des examens; et, à la rentrée de l’école, distribution de prix et mentions honorables aux élèves qui les ont mérités.

Voilà une idée très-succinte et incomplète de cet institut remarquable par son but et son organisation, et on peut la considérer comme une école modèle dans son genre. Ce n’est pas une école destinée aux filles des classes riches ou à celles qui, dans des vues spéciales, veulent faire principalement des études littéi aires, ou se perfectionner dans les arts d’agrément. C’est une école d’enseignement populaire qui donne l’instruction la plus utile à la femme en général, celle dont elle a suitout besoin dans la vie pour l’accomplissement de ses plus importants devoirs.

L’Association du sexe féminin de Funchal a déjà plus de mille associées inscrites sur ses registres, et tous les jours de nouvelles adhérentes viennent en grossir le nombre.

M. le docteur da Camara, fondateur de cet Institut, [a. bien mérité les paroles d’approbation et d’éloge que, par ce fait, Sa Majesté, le roi du Portugal, lui a fait adresser par le Ministère chargé de l’instruction publique, en date du 30 août 1876.

J’appelle sur l'objet de cet article, l'attention du public et celle des membres du jury de l’Exposition.

Concert.

Jeudi a eu lieu le concert d’inauguration de la salle des Fêtes. Voici le prix

des places :

Fauteuils de parquet . 3 fr.

Loges couvertes et découvertes . 4 »

Stalles d’amphithéâtre . 2 »

Stalles de tribune . 1 »

Agriculture.

Réunion d'un Congrès d'agriculteurs dans le Palais du Trocadéro, du iO au 20 juin prochain.

Ce Congrès se divisera en 11 sections :

lrc section. — Agriculture proprement dite (assolements, systèmes de défoncements et de labours, engrais).

2e section. — Économie du bétail (production et alimentation économique du bétail, importation des viandes d’Amérique, mesures internationales contre les épizooties).

3e section. — Viticulture (ennemis de la vigne, phylloxéra, plants américains, impôts sur les boissons).

4e section. — Sylviculture (influences météorologiques sur la végétation forestière, distribution géographique des forêts et répartition des essences. Déboisement, son influence sur les inondations, repeuplement des vides dans les forêts).

5e section. — Horticulture et cultures arbustives (culture maraîchère et fruitière en vue de l’alimentation des marchés, utilisation des eaux d’égout pour la production maraîchère, conservation et transport des fruits et autres produits horticoles).

6e section. — Génie rural. (Labourage à la vapeur, aménagement des eaux et irrigations, usage des voies ferrées dans les exploitations agricoles, matériel agricole et notamment moissonneuses et faucheuses).

7e section , — Industries agricoles. (Divers procédés d’extraction du jus de betterave, recherche du meilleur mode d’appréciation de la richesse saccharine de la betterave au point de vue de l’industrie sucrière. Procédés de fabrication de l’alcool, législation sur l’alcool, procédés de fabrication des huiles végétales. Production et traitement préparatoires des matières fertiles).

8e section. — Sériciculture et entomologie. (Du meilleur mode de vérification des graines de vers à soie et répression des fraudes. Influence des diverses espèces de feuilles de mûrier sur la production de la soie. Méthodes vicieuses de l’apiculture et notamment étouffage, insectes nuisibles).

9e section. — Économie et législation rurales. (Institutions agricoles, rapports entre l’agriculture et l’État, crédit agricole, cadastre statistique, agricole, métayage et fermage, règles et coutumes qui régissent la situation du fermier surtout).

10e section. — Enseignement agricole. (Procédés et méthodes à recommander pour le développement de l’instruction agricole à tous les degrés, stations agronomiques, unification des méthodes de constatation dans ces établissements).

IIe section. — Production chevaline (moyens scientifiques et pratiques d’aSsurer la bonne production suivant les contrées : du cheval de selle, du cheval d’attelage, du cheval de trait proprement dit).

Le Pavillon de la Presse.

L’inauguration du pavillon de la Presse n’a eu lieu qu’un mois après l’ouverture de l’Exposition universelle. C’est là un fait regrettable qu’il est bon de signaler en passant, avant de parler de son aménagement*

M. Aldrophe, qui a été chargé, en qualité d’architecte, de disposer et d’orner le pavillon, a du moins fort bien rempli sa mission, et le jour de l’inauguration du premier étage, des félicitations lui ont été adressées par les directeurs d’un grand nombre de journaux de Paris, sans distinction de nuance.

Le pavillon de la Presse est situé avenue de la Bourdonnaye, dans une des ailes du bâtiment qui contient le service médical, celui des postes et du télégraphe. Il fait pendant au pavillon de la commission générale. On y entre par la porte Rapp, on en sort immédiatement, ainsi que du Palais, par une porte ouverte tout près.

Il a été décidé dans cette séance que chaque rédacteur en chef accréditerait tous les collaborateurs de son journal en envoyant la liste de leurs noms au secrétaire du syndicat de la presse.

Il a en outre décidé que le syndicat insisterait, au nom des journaux, auprès de M. le commissaire général pour l’obtention de deux nouvellesjentrées personnelles par journal, le nombre de quatre cartes ayant été à l’unanimité reconnu très-insuffisant.

L’acceptation de tickets a été repoussée comme constituant pour la presse plutôt un affront qu’une faveur, 'si bien justifiée pourtant par les services incontestables de la publicité.

La réponse de M. le commissaire général n’est pas encore connue.

Peut-être, chacun de nous croit-il que le Syndicat de la Presse a pour objet de protéger et de grouper les intérêts de la Presse en général, politique, scientifique ou littéraire , que les feuilles, soit quotidiennes, hebdomadaires, mensuelles ou bi-mensuelles, et que le pavillon dit de la Presse, édifié à propos de l’Exposition, devrait appartenir indistinctement à tous rédacteurs de journaux. Mais il n’en est rien. Lorsque nous avons demandé, à titre de Directeur des Annales du Génie civil , à pouvoir, nous et nos rédacteurs, être admis, et nous conformant aux règlements, à travailler dans ce sanctuaire, le seul endroit en définitif, où il soit possible de résumer tranquillement les notes prises au vol, il nous a été répondu que le syndicat n’existant que pour les feuilles quotidiennes, nous ne pouvions en faire partie, nous voilà donc réduits à travailler sur le pouce. Cependant je dirai qu’il n’est pas moins fort étrange qu’un pavillon dit de la Presse étant donné, les rédacteurs des feuilles scientifiques 11’y puissent avoir accès.

Samedi 29 juin,

Revue de la semaine. — Variétés, Mélanges. Renseignements pour les exposants. — Annonces. — Réclames

et avis divers.

Matières contenues dans le 9me fascicule.

Chronique , par M. E. Lacroix, ingénieur civil, pages 117 à 132 du tome ix. — Météorologie , par M. Boillot ( suite et fin ), pages 33 à 80 du tome vi. — Hygiène, par le Dr Nicolas, pages 33 à 64 du tome vm. — Sylviculture , par M. A. Frochot {suite et fin), pages 97 à 110, tome ii. — La Distillation, par M. HorsIn-Déon, pages 111 et 112.

AVIS

Nous avons reçu plusieurs réclamations au sujet d© l’expédition des derniers fascicules de nos Études, notamment pour le 7me. Vous y avons fait droit tout en les reconnaissant mal fondées.

Le Tme fascicule est formé des 141 premières planches do l’Atlas, il a été expédié comme nous en avions donné primitivement avis sous forme de rouleau, afin que les planches ne soient ni ployées, ni froissées, pour, chacun, les faire relier à sa fantaisie une fois l’ouvrage terminé, c’est-à-dire sous forme d’atlas in-4° oblong ou gr. in-8°. Cette expédition a été faite le juin , Ce service est pointé et vérifié 2 fois avec le plus grand soin, et si les numéros n’arrivent pas à destination, c’est au bureau de poste de la localité, que les abonnés servis irrégulièrement doivent réclamer.

Le &mc fascicule porte comme date de distribution, samedi S juin, mais comme il n’était pas prêt à cette époque, il n’a été éxpédié que le samedi 1 ü juin.

Enfin, il m’est très-difficile de paraître tous les samedis, c’est le graveur, c’est l’autographie ou l’absence d’un auteur qui m’arrête très-souvent. Aujourd’hui c’est une avarie survenue à ma machine à vapeur. Mais le principal n’est pas en définitif de paraître juste à l’heure, puisque nous ne sommes pas un journal, c’est de paraître complètement et de donner à nos lecteurs des articles sérieusement étudiés, ce à quoi nous continuerons à nous attacher spécialement.

Edification du Palais du Tïocadéro Compte rendu fait par M. DaViûud à la Société d’encouragement.

« Ayant l’honneur d’ être un des architectes du Palais du Trocadéro pour l’Exposition universelle, j’ai pensé que la Société d’encouragement entendrait avec intérêt quelques détails sur l’historique des travaux de cette construction et sur l'ensemble des dispositions adoptées par M. le commissaire général sous l’approbation de M. le ministre de l’Agriculture et du Commerce.

« Je dois, tout d’abord, m’excuser de me présenter seul devant la Société. Malheureusement mon collaborateur et ami, M, Bourdais, a fait une chute dans le chantier, ce qui l’a mis dans l’impossibilité de se joindre à moi.

« S’il me fallait entrer dans le détail des constructions et des solutions préparées pour le bon acoustique de la grande salle du Palais du Trocadéro, et pour, le chauffage et la ventilation de cette grande enceinte, une seule séance ne me suffirait pas; je suis donc obligé de me borner et de restreindre cette communication au côté historique et descriptif de l’opération. D’ailleurs, avec le concours de mon collaborateur je demeure à la disposition de la Société pour l’exposition des études techniques qui ont été faites; mais il me semble qu’au point où en sont les travaux, il serait préférable de n’aborder cet examen qu’après les résultats des expériences qui pourront être faites lorsque l’achèvement complet de la salle aura permis d’en entreprendre.

« Rappelons, tout d’abord, que le choix des meilleures dispositions à adopter pour l’Expositiion universelle de 1878 a fait l’objet d’un concours public, clos le 45 mai 1876, et pour lequel 74 projets ont été adressés. Le projet présenté par M. Bourdais et par moi ayant obtenu un des premiers prix ex œquo, nous avons été invités à faire des études préliminaires, sous la direction de la sous-commission émanée de la commission supérieure de l’Exposition. C’est au mois d’août suivant, que nous avons été chargés définitivement par M. le commissaire général des études définitif de la partie des travaux à exécuter au Trocadéro. »

Après avoir décrit l’ensemble des constructions en cours d’édification pour l’Exposition universelle, tant au Cliamp-de-Mars qu’au Trocadéro, M. Davioud explique, sur des plans exposés dans la salle des séances et que reproduisent en réduction la planche A, l’usage et le fonctionnement de toutes les parties du Palais qui s’achèvent sur le coteau de Passy. Il fait remarquer que la forme curviligne des ailes était presque une nécessité pour le plus grand emploi du sol de l’ancienne promenade de Passy ; il montre l’usage projeté de ces ailes, celui des portiques, des pavillons de tête, des perrons et escaliers qui les complètent. Il analyse la disposition des vestibules séparant la salle des fêtes des galeries d’ailes et celles des salles de conférences, situées au premier étage de ces vestibules.

Passant à la description de la grande salle des fêtes et de ses annexes, il explique la forme de la salle, celles des gradins, loges et amphithéâtres, la disposition du cul-de-four devant recevoir l’orchestre et le grand orgue. Il fait comprendre l’ajustement des escaliers, couloirs et dégagements placés sous le rampant des amphithéâtres. Il analyse les portiques qui entourent la salle, la galerie qui réunit les vestibules, les galeries d’exposition sur la place du roi de Rome, les grands escaliers et les deux tours qui flanquent le pignon sur cette place. Il explique l’usage de ces tours, surmontées d’élégants belvédères, ainsi que le fonctionnement des ascenseurs. « Je ferai remarquer, dit M. Davioud, que les tours de Notre-Dame ayant 66 mètres du sol à la plate-forme, les tours du Trocadéro les surpassent de 14 mètres, sans tenir compte des 24 mètres de différence de niveau entre le quai de Billy et le sommet du Trocadéro. »

M. Davioud termine sa description en ajoutant l’exposé des dispositions de la cascade, des objets d’art qui doivent la décorer et de la quantité d’eau qu’elle doit déverser sur ses bassins.

Passant ensuite à l’exposé des difficultés rencontrées dans l’exécution, M. Davioud rappelle que la première adjudication a eu lieu en octobre 1876, et que les travaux ont commencé en novembre suivant. Il décrit les variétés de sol trouvées sous les ailes et la salle des fêtes, les carrières remblayées, dont le ciel était maintenu par des piliers, et les carrières effondrées qu’il a fallu consolider ou déblayer. Il expose le système général de construction admis pour les fondations, la nature du mortier de ciment employé à cette occasion et le dosage qui a été suivi et fixé proportionnellement aux charges supérieures.

M. Davioud dit ensuite l’importance des dépenses faites dans les divers mois qui se sont succédé et il rend compte du traité intervenu entre la Ville et l’Etat, qui assure la conservation du Palais du Trocadéro ; traité dont l’intelligente rédaction satisfait tous les intérêts, puisqu’il laisse la faculté d’option à la Ville de Paris, sans pour cela compromettre le principe de l’utilisation de constructions élevées à grands frais.

M. Davioud reprend en détail, et par nature d’ouvrage, l’exposé du mode de construction aussi économique que solide, employé pour l’édification de ce monument, dont la surface est de près de 16,000 mètres carrés et dont les dépenses n’excèdent pas 9 millions.

En ce qui concerne la maçonnerie, il indique quelles sont les parties construites en petits matériaux hourdés en mortier de ciment, celles en pierre dure et en pierre tendre ; il dit que toutes les assises sont réglées de hauteur, les linteaux exécutés en pierre d’un morceau et que les voûtes des dômes sont en brique. Il explique également que les bandes, qui séparent de deux en deux le moellon piqué apparent, sont des bancs dérochés de Sampans (Jura), susceptibles de recevoir le poli et que l’on conserve ainsi afin de maintenir le ton actuel qui a paru satisfaisant. Il ajoute que la cascade et son château d’eau, qui avaient été prévus primitivement en meulière enduite de ciment ont pu être exécutés en roche de Bellevoye des carrières de M. Violet et que l’exécution de ce travail, accompli à Bellevoye (Jura), ne laisse rien à désirer, les pierres arrivent de l’usine toutes taillées et sont posées en place sans retouche.

« La charpente de tout l’édifice, continue M. Davioud, est exécuté en fer forgé et assemblé ; les planchers sont en partie apparents ; les vides du fer sont décorés en staff, plâtre moulé. Le comble de la grande salle, qui n’a pas moins de 60 mètres de diamètre, est un travail remarquable. Il se compose de douze fermes en tôle et cornières sans entraits, surmontées d’une lanterne à jour, portant à son sommet une statue en cuivre repoussé au marteau, dont le modèle a été modelé par le sculpteur Mercié. Les fermes des galeries des ailes sont exécutées également en fer forgé et tôle découpée ; elles sont posées sur des corbeaux en pierre et sont sans entraits.

« Toute la couverture du Palais du Trocadéro est en forte ardoise anglaise, posée à crochet avec arêtier en plomb : les chêneaux sont en métal ; les petits portiques des ailes doivent être couverts en tuiles grand modèle, 'faites exprès et émaillées*

« Les dallages sont généralement exécutés en mosaïque de marbre, d’un dessin simple, mais en harmonie avec la décoration générale.

« La menuiserie est en chêne ciré partout où la peinture n’est pas nécessaire;

« Les grilles, les rampes, les marquises sont en fer forgé, exécutées avec art

sur modèles spéciaux; on prépare également des modèles de candélabres pour être fondus en bronze.

« La simplicité extérieure des lignes du Palais du Trocadéro exigeait une décoration colorée qui, tout en enrichissant certaines parties, accentuerait les formes monumentales. Cette décoration qui devait être primitivement en faïence, est définitivement en mosaïque de verre, dit mosaïque de Murano. Ce procédé, nouveau dans notre pays, est appelé à un certain succès et les architectes du Trocadéro sont heureux d’avoir coopéré avec l’architecte de l’Opéra à la remise en honneur de ce puissant moyen de décoration.

« La peinture décorative des galeries et de la grande salle s’exécute en ce moment; c’est elle qui fait l’objet des plus vives préoccupations des architectes ; ils espèrent, grâce aux talents des artistes éminents qui ont accepté ces travaux, pouvoir l'amener à bien.

« En résumé, les travaux du Trocadéro marchent avec mesure et régularité ; il y a tout lieu d’espérer qu’ils seront accomplis dans la limite de temps qu’on a accordée. Le résultat obtenu jusqu’ici est dû à la haute et bienveillante direction de M. Duval, directeur général des travaux de l’Exposition, de M. de Dion (1) ingénieur des constructions métalliques et tout particulièrement au dévouement, et au zèle des agents du bureau des études et des entrepreneurs, dont quelques-uns, notamment, ont fait preuve d’une intelligence exceptionnelle. Une œuvre comme celle-ci, entreprise dix-huit mois seulement avant son inauguration, est un fait exceptionnel dans l’histoire de la construction ; mais il ne faut pas oublier quelle l’exécute à Paris où l’esprit d’initiative, la concurrence et le talent existent au plus haut point; il suffit de les exciter et de les grouper. Paris n’est pas seulement la capitale géographique et politique du pays, c’est véritablement la capitale de l’intelligence française. »

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